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Washington, Paris et Londres ont frappé la Syrie : ce qu'il faut retenir

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont lancé ce samedi des frappes ciblées en Syrie. Damas dénonce une « agression barbare et brutale », la Russie menace
Un avion de chasse français s'apprête à décoller dans le cadre de l'opération conjointe avec les États-Unis et le Royaume-Uni pour frapper la Syrie (Reuters)

Qu’est-ce qui s’est passé dans la nuit de vendredi à samedi ?

« J'ai ordonné aux forces armées des États-Unis de lancer des frappes de précision sur des cibles associées aux capacités du dictateur syrien Bachar al-Assad en matière d'armes chimiques ». Au moment où le président américain faisait cette déclaration, Washington, Paris et Londres lançaient une attaque conjointe – bombardements et tir de missiles – pour sanctionner Damas de l’attaque présumée aux gaz toxiques contre Douma, dans laquelle au moins 40 personnes ont été tuées le 7 avril.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), plusieurs bases militaires, des centres de recherche scientifique et des locaux de la Garde républicaine ont été ciblés. 

Traduction : « Urgent : les bombardements américains ciblent les centres de recherche scientifique, plusieurs bases militaires, le quartier général de la Garde républicaine et la 4edivision dans la capitale et les régions voisines de Damas »

Selon le général Joe Dunford, chef d'état-major américain, les forces occidentales ont visé trois cibles liées au programme d'armement chimique syrien, l'une près de Damas et les deux autres dans la région de Homs (centre).

Paris a indiqué de son côté que la France avait frappé avec des frégates multimissions en Méditerranée et des avions de chasse. Selon le président Emmanuel Macron, les frappes ont été « circonscrites aux capacités du régime syrien permettant la production et l’emploi d’armes chimiques ».

Selon le quotidien Le Monde, la France a procédé au « tout premier tir d'un missile de croisière naval », permettant selon la marine nationale des « frappes dans la profondeur » à terre, soit à très longue distance et avec une grande précision. « Jusqu’à présent, les États-Unis et le Royaume-Uni avec les missiles Tomahawk, la Russie avec les Kalibr, étaient les principaux pays maîtrisant cette capacité militaire. »

« Plus de 100 missiles de croisière et missiles air-surface ont été tirés par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France depuis la mer et l'air sur des objectifs syriens militaires et civils », a indiqué le ministère dans un communiqué cité par l'agence de presse officielle RIA Novosti.

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Selon le Pentagone, ces frappes ont été plus lourdes qu’en avril 2017. À l’époque, les États-Unis avaient frappé la base militaire d’Al-Chaayrate près de Homs après l’attaque chimique imputée à Damas à Khan Cheikhoun qui avait fait plus de 80 morts. 

« Il est clair que le régime Assad n'avait pas reçu le message l'an dernier », a commenté le ministre américain de la Défense Jim Mattis

Comment le Royaume-Uni a-t-il a finalement participé ? 

Depuis Londres, la Première ministre britannique a affirmé qu'il n'y avait « pas d'alternative à l'usage de la force ». Theresa May n’a pas attendu l’aval du Parlement pour lancer ces frappes. 

Londres a annoncé que quatre avions de chasse Tornado GR4 de la Royal Air Force avaient bombardé un « complexe militaire » près de Homs après décollé de Chypre.

La Russie a-t-elle répondu à ces frappes ? 

Selon le ministère russe de la Défense, la Russie n'a pas utilisé ses systèmes de défense antiaérienne en Syrie pour contrer les frappes occidentales contre des installations du régime de Damas. Mais « un nombre significatif » de ces missiles ont été abattus par la défense aérienne syrienne, a ajouté le ministère qui précise qu’aucun des missiles occidentaux n'a touché les zones couvertes par les défenses aériennes de la Russie autour de ses bases de Tartous et de Hmeimim en Syrie. 

Selon les observateurs, cela est vu comme une volonté des Occidentaux de ne pas envenimer la relation avec les Russes. 

« Nos mises en garde n'ont pas été entendues » et ces frappes sont une « insulte » au président Vladimir Poutine, a réagit Anatoli Antonov ambassadeur de la Russie aux États-Unis

Sur Twitter, il a prévenu : ces bombardements « ne seront pas sans conséquences ». 

« Un coup a été porté contre la capitale d'un État souverain qui a tenté pendant de nombreuses années de survivre au milieu d'une agression terroriste », a écrit sur Facebook la porte-parole du ministère, Maria Zakharova. « Les médias américains et d'autres médias occidentaux doivent comprendre leur responsabilité dans ce qui vient de se passer ».

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« C'est un scandale absolu, une violation flagrante du droit international. C'est un pas vers un conflit à grande échelle (...) et cela ne peut en aucun cas bien finir », a précisé le vice-président du Conseil de la Fédération, la chambre haute du Parlement, Vladimir Djabarov.

Comment a réagi Damas ? 

Le régime syrien a dénoncé une « agression barbare et brutale » des Occidentaux, a rapporté l'agence officielle Sana.

Ces frappes visent à « entraver » une mission de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), qui devait entamer samedi son enquête à Douma sur une attaque chimique présumée, selon Sana. Au lever du soleil à Damas, des dizaines de partisans de Bachar al-Assad arborant des drapeaux syriens, se sont rassemblés sur l'emblématique place des Omeyyades, au son des klaxons et de musiques patriotiques, rapporte l’AFP. 

L'armée russe affirme que la défense antiaérienne syrienne est parvenue à intercepter 71 des 103 missiles.

Vidéos du « Média militaire central », proche de Damas et du Hezbollah, montrant les défenses antiaériennes syriennes réagissant aux frappes

« Le champ est devenu beaucoup plus propice à un front de la résistance pour répondre à l’Amérique et ses alliés », a déclaré un commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). 

Le mouvement chiite libanais du Hezbollah, un allié de Damas, a estimé que « la guerre menée par les États-Unis contre la Syrie n'atteindra pas ses objectifs ».

Que disent l'ONU et l'UE ? 

Pour rappel, l'intervention militaire occidentale contre la Syrie n'a pas été autorisée par le Conseil de sécurité.

« J'appelle tous les États membres à faire preuve de retenue dans ces circonstances dangereuses et à éviter tous les actes qui pourraient entraîner une escalade de la situation et aggraver les souffrances du peuple syrien », a déclaré dans un communiqué le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. Le secrétaire général a reporté un voyage prévu en Arabie saoudite pour gérer les suites de l'opération militaire.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a promis samedi que l'Union européenne (UE) « se tiendra aux côtés de ses alliés du côté de la justice ».