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Islamophobie : pourquoi tant de gens sont-ils si effrayés ?

Par essence, l’islamophobie est une manifestation du déséquilibre mental des élites qui nous manipulent afin que nous obéissions à leurs ordres insensés

L’islamophobie est devenue un facteur significatif de la vie politique dans les pays occidentaux.

L’islamophobie – la peur des musulmans – est désormais fortement visible au sein des populations européennes inquiètes des réponses terroristes de groupes islamiques revendiquant des liens djihadistes.

Cependant, elle est également évidente au sein de ces mêmes populations en relation avec les flux de réfugiés en provenance du Moyen-Orient.

En outre, l’islamophobie est flagrante parmi certains secteurs de la population des États-Unis en cette période électorale. Il s’agit aussi d’une question significative en Australie. En dehors de l’Occident, même les Rohingyas (musulmans) en Birmanie sont craints par certains moines bouddhistes et d’autres.

Étant donné que la crainte généralisée des musulmans dans le monde occidental n’existait pas avant la « guerre contre la terreur » instiguée par les États-Unis, on peut se demander si les musulmans à travers le globe représentent une plus grande menace pour les intérêts occidentaux que par le passé. Ou si le problème est ailleurs.

En bref, pourquoi tant d’Occidentaux (entre autres) ont-ils désormais si peur des musulmans ? Laissez-moi commencer par le commencement.

La socialisation humaine est essentiellement un processus consistant à terroriser les enfants afin qu’ils « pensent » et fassent ce que veulent les adultes autour d’eux (peu importe la fonctionnalité de cette pensée et de ce comportement en termes évolutionnaires).

Par conséquent, les attitudes, les croyances, les valeurs et les comportements qu’exhibent la plupart des humains sont impulsés par la peur, ainsi que par la haine de soi qui accompagne cette peur. Pour une explication exhaustive de ce point, lire « Why Violence? » (« Pourquoi la violence ») et « Fearless Psychology and Fearful Psychology: Principles and Practice » (La psychologie du courage et la psychologie de la peur : principes et pratiques »).

Toutefois, parce que cette peur et cette haine de soi sont si désagréables à ressentir de façon consciente, la plupart des gens les refoulent en-deçà du seuil de conscience puis les projettent (inconsciemment) sur les victimes « légitimées » (c’est-à-dire les personnes dont les parents et/ou la société en général « approuvent » la victimisation).

En bref : la peur et la haine de soi sont projetées en tant que peur, et haine, de groupes sociaux particuliers (que ce soit les membres de l’autre sexe, d’une autre nation, d’une autre race, religion ou classe).

Tout ceci se produit parce que, virtuellement, tous les adultes sont (inconsciemment) terrifiés et nourrissent de la haine envers eux-mêmes, et que donc ils terrorisent inconsciemment les enfants pour que ceux-ci acceptent les attitudes, croyances, valeurs et comportements qui permettent aux adultes de se sentir en sécurité. Un enfant qui pense et agit de façon différente est source de peur et n’est donc pas autorisé à s’épanouir.

Une fois que l’enfant a été à ce point terrorisé, toutefois, ils répondront à leur peur et haine de soi en diminuant les stimuli adultes. Ce qui est important, sur le plan émotionnel, est que la peur et la haine de soi aient un exutoire afin qu’elles puissent être libérées et pratiquées.

Et puisque les parents ne laissent pas leurs enfants ressentir et exprimer leur peur et leur haine vis-à-vis des parents eux-mêmes (qui, fondamentalement, veulent juste être obéis, sans comprendre que l’obéissance est enracinée dans la peur et génère une formidable haine de soi parce qu’elle elle nie la volonté individuelle), les enfants se retrouvent avec pour seule alternative celle de projeter leur peur et leur haine dans des directions socialement approuvées.

Dès lors, une fois adultes, leur propre peur et haine de soi sont inconscientes précisément parce qu’ils n’ont jamais été autorisés à les ressentir et à les exprimer sainement en tant qu’enfants. Ce qu’ils ressentent en revanche consciemment est leur haine des victimes « légitimées ».

Par le passé, différents groupes sociaux dans différents contextes culturels ont été les victimes de cette peur et de ce cette haine projetées mais « socialement approuvées ». Les femmes, les peuples indigènes, les catholiques, les Afro-Américains, les juifs, les communistes, les Palestiniens… La liste est longue. Le groupe qui domine dans cette catégorie est, bien sûr, les enfants (dont l’« incontrôlabilité » effraie virtuellement tous les parents jusqu’à ce que les enfants soient terrorisés et domptés avec succès).

Les groupes qu’il est socialement approuvé de craindre et de détester sont choisis par les élites. Ceci est dû au fait que les membres de l’élite sont eux-mêmes terrifiés et emplis de haine de soi et qu’ils utilisent les divers instruments de puissance à leur disposition – du contrôle des politiciens aux médias à la solde des multinationales – pour susciter la peur et la haine de soi de la population en général afin de concentrer cette peur et cette haine sur ce qui effraie l’élite. Ceci permet ensuite à l’élite d’attaquer plus aisément le groupe sur lequel elle a projeté sa peur.

Pour le moment, bien sûr, les musulmans sont la cible principale de cette peur et de cette haine de soi projetées, ce qui explique la guerre occidentale menée par les États-Unis contre le Moyen-Orient. L’islamophobie permet ainsi aux élites et à d’autres de projeter leur peur et leur haine de soi sur les musulmans afin que les élites puissent ensuite chercher à détruire cette peur et cette haine de soi. De toute évidence, ceci ne peut fonctionner.

Vous ne pouvez pas détruire la peur, ni la vôtre ni celle de quiconque. Vous pouvez en revanche causer des dégâts phénoménaux à ceux envers qui votre peur et votre haine de soi sont projetées. Bien évidemment, il n’y a rien d’intelligent dans ce processus. Si tous les musulmans du monde étaient tués, les élites projetteraient simplement leur peur et leur haine de soi sur d’autres groupes et entreprendraient également de les détruire.

En fait, alors que maintenant les élites occidentales diabolisent la Russie et l’encerclent à l’aide de leurs armes nucléaires et de leurs systèmes de défense antimissiles, nous assistons simplement à un autre exemple de projection par ces élites de leur peur et haine de soi.

Si vous commencez à vous poser des questions sur le bon sens de tout ceci, soyez assurés qu’il n’y en a pas. Les élites sont insensées. Si vous souhaitez lire une explication plus complète de ce point, consultez « The Global Elite is Insane » (« L’élite mondiale est folle »).

Il y a-t-il alors quelque chose que nous puissions faire ? Fondamentalement, nous devons arrêter de terroriser nos enfants. Pour cela, nous pouvons fournir des espaces sécurisés tant pour les enfants que pour les adultes afin qu’ils puissent ressentir leur peur et leur haine de soi de façon consciente (ce qui permettra à ces émotions d’être libérées sainement). Ce faisant, nous pouvons éviter de créer des individus perturbés mentalement qui projetteront leur peur et leur haine de soi sur les cibles approuvées par l’élite.

Par ailleurs, si vous êtes assez intrépides pour reconnaître que les élites vous manipulent de sorte que vous ayez peur des musulmans et d’autres dont nous n’avons pourtant aucune crainte à avoir, le moment est venu de vous manifester publiquement et de démontrer votre solidarité. Vous pourriez notamment signer l’engagement online de la People’s Charter to Create a Nonviolent World (« Charte populaire pour créer un monde non-violent »).

La peur et la haine de soi réprimées doivent être projetées et elles le sont habituellement de manière socialement approuvée (bien que les maladies mentales et certaines formes d’activités criminelles soient des manières non approuvées socialement de manifester cette peur refoulée).

Par essence, l’islamophobie est une manifestation du déséquilibre mental des élites qui nous manipulent afin que nous obéissions à leurs ordres insensés. Malheureusement, de nombreuses personnes se révèlent être des victimes faciles de cette manipulation.

- Roberto J. Burrowes a réalisé des recherches approfondies sur la violence humaine. Il est l’auteur de « Why Violence? » (« Pourquoi la violence ? »). Vous pouvez visiter son blog ici. Cet article a été publié initialement sur The Inter Press Service.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : des manifestants tiennent une banderole où est écrit « Plus de mosquées » lors d’une manifestation de la branche britannique du groupe allemand Pegida dans le centre-ville de Newcastle upon Tyne, au nord de l’Angleterre, le 28 février 2015 (AFP).

Traduit de l’anglais (original).