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Poutine, Trump et les réfugiés : le cauchemar qui pourrait nous attendre au réveil

Michael Millard
La récompense ultime du dirigeant russe et de ses ambitions d'expansion impériale serait que Donald Trump devienne président des États-Unis

Le président syrien Bachar al-Assad a lancé une féroce offensive terrestre contre les bastions des rebelles à l’est d’Alep, où résident environ 250 000 civils dont des femmes et des enfants, avec l’aide létale de son fervent allié la Russie et de son dirigeant Vladimir Poutine.

Si en novembre le pire devait se produire et que Trump était élu président, il serait un larbin très, très riche pour la Russie, et le monde appartiendrait alors très probablement à Poutine

Les responsables de l’UE ont décrit l’assaut comme une « brèche du droit international » mais, bien entendu, le problème du droit international est qu’il n’y a pas de véritable shérif pour le faire appliquer.

Aux Nations unies, l’ambassadrice des États-Unis Samantha Power a accusé la Russie de « barbarisme » lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité convoquée pour exiger que Moscou contienne Assad et cesse ses frappes aériennes. En réponse, la Russie a déclaré que le ton d’une telle rhétorique était « inacceptable ».

Pour sa part, Assad, déconnecté de la réalité, a tout simplement nié, demandant dédaigneusement dans une récente interview : « comment [les habitants d’Alep] pourraient-ils être encore en vie ? » s’ils étaient en état de siège.

« Une guerre sans merci »

Les différentes trêves et accords diplomatiques se sont récemment effondrés dans les décombres des immeubles d'habitation, des hôpitaux et des centres de secours qui sont devenus la cible de la puissance aérienne moderne de la Russie et de ses bombes antibunker, munitions incendiaires et bombes à sous-munitions tueuses de masse.

Un demi-million de personnes ont déjà trouvé la mort dans cette guerre civile brutale qui s’enchevêtre dans la multiplicité des acteurs militants et des gouvernements marionnettes au service de leur maître.

Des civils syriens et des sauveteurs se rassemblent sur le site de récentes frappes aériennes gouvernementales dans le quartier d'al-Shaar tenu par les rebelles à Alep (AFP)

« Déplacés internes » est le nouveau terme employé pour désigner ceux qui fuient leurs habitations afin de sauver leur vie, s’amassant souvent dans des camps de réfugiés où ils deviennent de nouvelles cibles pour les bombardiers fous de Poutine et d’Assad. La Syrie compte près de sept millions de ces personnes déplacées, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR).

Cette guerre civile, provoquée par les manifestations du Printemps arabe de 2011 que le dictateur Assad trouvait si déplaisantes, a véritablement dégénéré en une « guerre sans merci » qui a balayé la Syrie telle une peste virulente.

De la guerre à l'instabilité

Lorsque le désespoir des déplacés syriens – beaucoup ayant dû quitter leur domicile, subi de multiples bombardements et perdu des membres de leur famille – devient trop fort, certains prennent le chemin du refuge vers l'UE, où ils espèrent contre toute attente trouver un peu de répit à la guerre, une sorte de havre de paix où ils pourraient élever leurs enfants. Environ 5 millions d’entre eux ont fui vers les pays voisins et un million se sont dirigés vers l'UE en quête d'asile.

Le gouvernement de la Première ministre allemande Angela Merkel, qui a accepté un million de réfugiés l’an dernier, beaucoup d'entre eux syriens, est devenu de plus en plus impopulaire auprès des électeurs de diverses régions du pays, alors que le parti anti-immigration AfD est ressorti victorieux des élections locales et menace désormais de faire tomber la coalition au pouvoir lors des prochaines élections nationales.

Certains pays d'Europe de l'Est refusent tout simplement d'accepter les réfugiés, le Royaume-Uni est encore sous le choc du Brexit et les partis politiques anti-immigrés gagnent du terrain en France, en Hollande et dans d'autres pays qui se retrouvent aux prises avec la gigantesque marée de réfugiés et de migrants fuyant la guerre, l'instabilité politique et la pauvreté au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Afghanistan et au Pakistan – environ 21 millions d'âmes, selon le HCR.

Merkel a endossé la responsabilité des pertes subies par son parti aux élections locales et aurait déclaré : « Si je le pouvais, je remonterais le temps de nombreuses années en arrière pour mieux me préparer moi-même et l'ensemble du gouvernement allemand à la situation qui nous a pris au dépourvu à la fin de l'été 2015. »

La grande vision de Poutine

Poutine observe la situation avec son visage de poker, semblant lécher occasionnellement ses babines à la perspective d'une instabilité politique croissante entre les pays européens de l'OTAN.

Les chances semblent donc plutôt minces pour que la Russie, tout en prétendant rechercher une solution pacifique en Syrie, cesse effectivement de réduire les populations civiles en cadavres, déplacés internes et réfugiés

Alors que les pays occidentaux sont préoccupés par un Moyen-Orient en feu et par le successif afflux de réfugiés qui représentent d’épineux problèmes politiques en leur sein, Poutine a annexé la Crimée et a mené une offensive dans l'est de l'Ukraine.

Une intensification du problème des réfugiés et de l'instabilité dans l’Union européenne au cours des prochains cycles électoraux pourrait éventuellement permettre à l'ancien agent du KGB de commencer à reconstituer sa propre version personnelle de l'Union soviétique. Les chances semblent donc plutôt minces pour que la Russie, tout en prétendant rechercher une solution pacifique en Syrie, cesse effectivement de réduire les populations civiles en cadavres, déplacés internes et réfugiés, car cela ne servirait en aucune façon les ambitions d'expansion impériale de Poutine.

Le prix ultime

Quant à son allié Assad, il ne semble avoir aucun problème avec le fait que ses adversaires sur le sol syrien soient abattus en masse ou chassés du pays. Si on donnait enfin à la « solution politique » la possibilité de prendre forme, Assad pourrait même remporter une victoire écrasante lors d'élections libres et démocratiques, après avoir enterré ou chassé plusieurs millions des électeurs potentiels qui lui étaient opposés.

Une affiche du président syrien Bachar al-Assad et du président russe Vladimir Poutine visible à Palmyre en mai (AFP)

Cependant, le prix ultime que Poutine pourrait remporter serait d’avoir comme président américain Donald Trump – lequel entretient des liens financiers avec les oligarques russes ayant des connections avec l’establishment politique, et a déjà déclaré son admiration servile pour l'homme fort de Russie, suggérant à plusieurs reprises lors de meetings de campagne « combien il serait agréable » de travailler avec Moscou plutôt que de s’opposer à ses objectifs.

Pas étonnant que les Russes soient en train de s'insérer habilement dans le processus électoral américain à travers des cyber-attaques, des fuites dans les médias d'informations dommageables et la pure propagande de ses « agences de presse », qui s’efforcent de faire pencher le vote en faveur de l'escroc milliardaire, un homme qui ment la plupart du temps, ainsi qu’il l'a toujours fait au cours de son implacable et éternelle poursuite de richesses. Le site PolitiFact, lauréat du prix Pulitzer, a ainsi classé 70 % des déclarations de Trump qu’il a vérifiées comme étant essentiellement fausses, fausses, ou mensongères.

Trump a en outre effectivement encouragé la Russie à espionner son adversaire – du jamais vu dans l'histoire des États-Unis – et a déclaré que les alliés de l'OTAN lui importaient peu.

À la lumière de ces développements, le magnat de la technologie de centre-gauche Rob Glaser a financé un nouveau site web, PutinTrump.org, qui selon The Atlantic est « destiné à mettre en évidence les liens entre le candidat républicain à la présidentielle et l’autoritaire président de la Russie ».

Si en novembre le pire devait se produire et que Trump était élu président, il serait un larbin très, très riche pour la Russie, et le monde appartiendrait alors très probablement à Poutine.

Michael Millard est rédacteur à Middle East Eye. Il a auparavant travaillé pour Bloomberg et Reuters.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : une femme passe devant une peinture murale, sur le mur d’un restaurant de la capitale lituanienne Vilnius, représentant le candidat américain à la présidentielle Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine en train de se saluer par un baiser (AFP).

Traduit de l’anglais (original).