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Le monde doit durcir sa posture envers le Myanmar

Faire pression sur le régime ne garantit peut-être pas de rendre immédiatement justice aux Rohingyas, mais cela contribuerait à prévenir de nouvelles atrocités

Lundi, une Mission d’établissement des faits (MEF) de l’ONU a conclu que les généraux de l’armée birmane devaient rendre des comptes pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre contre les minorités ethniques que sont les Rohingyas, les Kachin et les Shan.

Il y a un peu plus d’un an aujourd’hui, une commission sur l’État de Rakhine, mise en place sous le défunt secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a publié une série de recommandations pour remédier à la persécution de la minorité rohingya. Le lendemain, plutôt que d’accepter ces recommandations, l’armée birmane a perpétré sa plus grande vague de meurtres contre les Rohingyas dans l’histoire récente.

Crimes contre l’humanité

Lors de cette répression brutale, l’armée birmane a abattu, brûlé et battu à mort plus de 10 000 Rohingyas, dont au moins 730 enfants de moins de 5 ans (dont certains ont été arrachés des bras de leurs mères), au cours du premier mois de répression, et a forcés plus de 700 000 personnes à fuir l’État de Rakhine, dans l’ouest du Myanmar. Selon un rapport de l’ASEAN Parliamentarians for Human Rights, plus de 43 000 parents rohingyas sont portés disparus et 28 300 enfants rohingyas sont devenus orphelins.

Ces actes constituent des crimes contre l’humanité et, selon les termes du responsable des droits de l’homme de l’ONU, Zeid Ra’ad al-Hussein, constituent un « parfait exemple de nettoyage ethnique ». En réponse à la requête de la Cour pénale internationale relative à la compétence pour enquêter sur ces crimes, le Myanmar a rejeté l’affaire, la qualifiant « sans fondement ».

Même si le monde a dit « plus jamais » après le Rwanda et Srebrenica, la communauté internationale semble manquer de la volonté politique de tenir le Myanmar responsable des crimes contre l’une des minorités les plus persécutées au monde

Même si le monde a dit « plus jamais » après le Rwanda et Srebrenica, la communauté internationale semble manquer de la volonté politique de tenir le Myanmar responsable des crimes contre l’une des minorités les plus persécutées au monde. Depuis les crimes violents contre les Rohingyas l’année dernière, la communauté internationale n’a rien tenté pour faire pression sur le régime.

Continuer à ignorer ce nettoyage ethnique perpétue les erreurs que la communauté internationale a déjà commises par le passé. Rendre des comptes est nécessaire, plutôt que de continuer sur la voie actuelle, alors que la situation se détériore chaque jour pour les Rohingyas.

Diabolisation et persécution

Alors que de nombreux membres de la communauté internationale avaient de grands espoirs de réforme au Myanmar, la réalité est que l’armée n’a fait que renforcer son pouvoir. Alors que le monde persistait à s’investir pour aider le Myanmar à devenir un pays plus libre et plus prospère, ils se sont retrouvés à enrichir ses généraux tout en ignorant l’aggravation de la diabolisation et de la persécution de la minorité rohingya, lesquelles ont entraîné des massacres, des viols collectifs et déplacements de masse.

Cette inaction insensible qui a provoqué les événements du 25 août 2017 ne doit pas perdurer.

Après des décennies d’attaques par l’armée, d’émeutes antimusulmanes et de dégradation constante de leurs droits, les Rohingyas souffrent aujourd’hui plus que jamais auparavant dans leur histoire. Plus d’un million de Rohingyas ont été déplacés du Myanmar, et plus de 723 000 personnes ont été expulsées cette année.

Des réfugiés rohingyas à Kuala Lumpur protestent contre le traitement des Rohingyas en Birmanie en septembre 2017 (AFP)

Des ONG internationales travaillant au Bangladesh voisin pour aider ceux qui fuient la répression ont reçu des informations indiquant que des villages rohingyas avaient été brûlés par la police birmane et des milices locales, des femmes et des enfants violés et des villages entiers, des maisons et des biens appartenant aux Rohingyas détruits. Le DrSidney Wong, directeur médical de Médecins sans frontières (MSF), a déclaré : « Nous avons entendu des personnes raconter que des familles entières avaient péri après que les forces armées les ont enfermées dans leurs maisons avant d’y mettre le feu. »

Cette problématique est aggravée par un mémorandum d’accord entre les agences des Nations unies et le Myanmar concernant le rapatriement de 1,1 million de Rohingyas vivant en tant que réfugiés au Bangladesh. Le document secret, qui a été divulgué à la presse, n’offre aucune garantie solide quant à la sécurité, à la liberté de mouvement, aux droits de l’homme ou aux droits de citoyenneté des Rohingyas qui reviendraient. Il a été signé alors que plusieurs problèmes graves ne sont toujours pas résolus pour les Rohingyas qui vivent encore au Myanmar, sans parler de ceux qui reviennent. Human Rights Watch a rapporté que les rapatriés rohingyas sont soumis à la torture et à l’emprisonnement par les forces de sécurité birmanes.

De graves atteintes aux droits de l’homme

Depuis 2012, plus de 120 000 Rohingyas dépérissent dans des camps sordides pour les déplacés. Les efforts les encourageant à rentrer les exposeraient à de graves atteintes aux droits de l’homme. Les Rohingyas qui sont restés dans l’État de Rakhine, dans le nord du pays, à la suite des violences d’août 2017 ont été confrontés à de graves pénuries d’aide et à des restrictions de voyage leur interdisant de chercher de la nourriture ou du travail pour nourrir leurs familles.

Les Rohingyas vivant du côté birman de la frontière avec le Bangladesh ont été victimes de violences persistantes de la part des forces de sécurité, notamment un garçon de 11 ans qui a été blessé par balles le 28 juin, quelques heures à peine après des discussions entre les organismes bangladais et birmans de contrôle des frontières concernant le retour des Rohingyas vivant dans la région. Malgré cela, la communauté internationale milite pour le retour des Rohingyas vivant au Bangladesh.

La communauté internationale a envoyé le mauvais signal à l’armée birmane, qui se sent libre de continuer à violer les droits de l’homme dans l’État de Rakhine et ailleurs dans le pays

Le Myanmar doit être tenu responsable des crimes contre l’humanité commis par l’armée contre les Rohingyas. Que la communauté internationale fasse pression sur le régime ne garantira peut-être pas une justice immédiate pour les victimes, mais cela contribuerait à prévenir de nouvelles atrocités, car le régime saurait que le monde regarde.

De façon tragique, la communauté internationale a envoyé le mauvais signal à l’armée birmane, qui se sent libre de continuer à violer les droits de l’homme dans l’État de Rakhine et ailleurs dans le pays. En omettant de prendre des mesures efficaces contre les auteurs de ces actes, d’autres personnes innocentes risquent d’être menacées à l’avenir, tandis que les Kachin et les Shan se heurtent à des atrocités pendant que le monde se concentre sur le problème des Rohingyas.

Absence d’opposition sérieuse

Il est impératif que les mesures visant à poursuivre les auteurs à la Cour pénale internationale soient fermement soutenues par les pays qui ont le pouvoir de faire la différence, en particulier le Royaume-Uni, qui a une relation historique avec le Myanmar.

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Enhardie par le manque d’opposition internationale sérieuse, l’armée birmane continue de procéder à un nettoyage ethnique contre la population civile rohingya. Il est temps que la communauté internationale reconsidère son approche laxiste envers le Myanmar et adopte une stratégie plus affirmée.

Comme Zeid Ra’ad al Hussein l’a souligné dans son discours au Conseil des droits de l’homme en juin : « Si un État membre de cette organisation peut expulser 700 000 personnes en presque trois semaines, avec une réaction pratiquement minime de la communauté internationale, alors combien d’autres dans cette assemblée commenceront à envisager quelque chose de similaire ? » Le monde ferait bien d’écouter son avertissement.

- Kyaw Win est un militant des droits de l’homme vivant au Royaume-Uni. Il est né et a grandi à Rangoon. En 2012, il a fondé le Burma Human Rights Network (BHRN) à Londres. En tant que directeur exécutif du BHRN, il dirige plusieurs équipes au Myanmar qui documentent les violations des droits de l’homme.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : un réfugié rohingya dans le camp de réfugiés de Kutupalong, à Cox’s Bazar, au Bangladesh, assiste à une cérémonie à l’occasion du premier anniversaire de la répression militaire des Rohingyas (AFP)

Traduit de l’anglais (original).