Aller au contenu principal

Agriculture, éducation et bons salaires : la formule pour vaincre l’EI selon un rapport

Selon deux études de la London School of Economics, ce sont le renforcement des institutions étatiques et le développement économique qui permettraient de lutter au mieux contre l’État islamique, pas les bombes
Photo fournie par Welayat Raqa, branche de l’État islamique en Syrie, qui montrerait des combattants du groupe parader dans une rue de la ville de Raqqa, au nord de la Syrie, le 30 juin 2014 (AFP)
Par

Un processus de construction étatique dynamique et une aide concrète, plutôt que des bombes, seraient les moyens les plus efficaces de combattre l’État islamique (EI) en Syrie, selon deux études publiées par la London School of Economics (LSE).

Basées sur des entretiens approfondis conduits auprès de Syriens vivant dans trois zones contrôlées par l’opposition, les études concluent que de bons salaires et la capacité de restaurer l’ordre porteraient considérablement atteinte à l’influence de l’EI.

Les recherches menées par la LSE indiquent que ces deux facteurs – couplés à la capacité à fournir des services étatiques – ont alimenté la montée en puissance de l’État islamique et seraient donc essentiels pour diminuer le soutien au groupe.

Les personnes interrogées ont indiqué que malgré la violence et la cruauté des miliciens de l’EI, ces derniers avaient réussi à mettre à leur disposition des hôpitaux propres et fonctionnels, ainsi qu’à améliorer la sécurité. L’EI est également parvenu à attirer de nouvelles recrues en leur fournissant un salaire – un élément crucial compte tenu du taux de chômage extrêmement élevé en Syrie, atteignant 80 % dans certaines zones.

Les secteurs d’emploi traditionnels que sont l’agriculture, le tourisme, la fonction publique et la petite industrie ont été sévèrement affectés par le conflit en Syrie, qui a débuté en mars 2011. L’« économie de guerre » qui en a résulté mêle corruption, extorsion de fonds et trafics d’êtres humains, d’antiquités et de carburant.

Le manque de carburant dans les zones rebelles non tenues par l’EI aggrave la situation, d’après les chercheurs, qui expliquent que l’essence et le gaz n’étant pas produits dans les zones contrôlées par l’opposition, les autorités locales, les populations et les milices ont toutes été forcées de s’approvisionner soit auprès du gouvernement de Bachar al-Assad, soit auprès de l’EI, renforçant ainsi leurs ennemis.

« La Syrie est en train d’être détruite par ses propres ressources, qui sont utilisées pour financer la guerre plutôt que pour servir l’intérêt public », a déclaré le Dr. Rim Turkmani, chercheuse au département du Développement international de la LSE.

« Les civils souffrent à un niveau inimaginable à cause des réseaux des profiteurs de la guerre, qui incluent notamment des acteurs armés et leurs partenaires commerciaux de tous bords.

« [Par exemple,] lorsqu’ils cuisinent, les civils financent indirectement ces réseaux, y compris l’EI, vu que même le gaz est disponible uniquement sur le marché noir, ce qui bénéficie à ces acteurs. »

 « Notre étude montre que l’EI est un produit de la guerre et de l’effondrement de l’État, a ajouté Mary Kaldor, professeure de Gouvernance mondiale. La seule manière d’empêcher qu’il ne se développe davantage est de bâtir un gouvernement et une économie légitimes. »

Pour contrer l’EI, les deux études de la LSE exhortent aussi les organisations internationales et les associations locales à relancer l’agriculture et à développer l’économie et le secteur de l’éducation, plutôt que dépendre de la seule aide humanitaire.

Traduction de l’anglais (original).