Arabie saoudite : la peine de mort requise contre Salman al-Ouda est un « mauvais présage »

Arabie saoudite : la peine de mort requise contre Salman al-Ouda est un « mauvais présage »

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Connu pour ses opinions progressistes, Salman al-Ouda est le premier érudit sunnite à être condamné à la peine capitale dans le cadre de la vague de répression orchestrée par le prince héritier saoudien Mohamed ben Salmane

Salman al-Ouda est un érudit musulman sunnite de renommée internationale (Twitter)
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05 septembre 2018
Last update: 
Friday 7 September 2018 10:05 UTC
Last Update French: 
07 septembre 2018

Un procureur saoudien a requis ce mardi la peine capitale à l’encontre de l’éminent érudit sunnite Salman al-Ouda, ont confirmé son fils et des groupes de défense des droits de l’homme saoudiens.

Al-Ouda, 61 ans, est un érudit et responsable religieux sunnite de renommée internationale connu pour ses opinions progressistes sur des questions sociales controversées.

Il a été soumis à un procès à huis-clos à la mi-août à Riyad après près d’un an de détention sans inculpation.

Les médias officiels saoudiens ont annoncé mardi qu’« une personne affiliée à une organisation terroriste » avait été condamnée à mort, sans toutefois nommer al-Ouda.

Des activistes saoudiens ont cependant déclaré à Middle East Eye que des informations provenant d’un tribunal de Riyad avaient confirmé que cette personne était bien Salman al-Ouda, lequel est affilié à l’Union internationale des universitaires musulmans, qualifiée par le royaume wahhabite d’organisation terroriste.

Alors que les charges à son encontre n’avaient pas été indiquées au début du procès, mardi, le procureur de la République a fait état de 37 chefs d’inculpation, dont celui d’être « à la tête d’un groupe terroriste » et d’avoir « incité l’opinion publique à s’opposer au dirigeant ».

Traduction : « Le Tribunal pénal spécial saoudien a entamé le procès secret du cheikh Salman al-Ouda et, à ce jour, 37 accusations de ‘’terrorisme’’ ont été portées contre lui. Le procureur général requiert sa condamnation à mort sur la base de ces accusations. »

En réponse, des milliers de Saoudiens ont participé à un hashtag intitulé « Salman al-Ouda n’est pas un terroriste » et demandé sa libération.

« Faire taire tout le monde »

« La peine de mort prononcée contre al-Ouda serait un mauvais présage pour l’avenir », a déclaré à MEE Yehia Assiri, militant et directeur de l’organisation de défense des droits de l’homme basée à Londres AL-Qist.

Selon lui, Ouda est un adversaire politique atypique. Il n’a critiqué publiquement ni le prince héritier Mohammed ben Salmane, ni le gouvernement saoudien, mais ses opinions réformistes représentent une menace pour l’État.

« En déclarant de telles peines, les autorités saoudiennes cherchent à faire taire tout le monde ou à contraindre les gens à recourir à des moyens d’opposition non pacifiques »

- Yehia Assiri, directeur d’AL-Qist

« En déclarant de telles peines, les autorités saoudiennes cherchent à faire taire tout le monde ou à contraindre les gens à recourir à des moyens d’opposition non pacifiques », a-t-il ajouté.

Salman al-Ouda a été arrêté le 10 septembre 2017 avec vingt autres personnes dans le cadre d’une vague de répression qui a conduit à l’arrestation de nombreux religieux islamiques modérés depuis que Mohammed ben Salmane est devenu le prince héritier du royaume et l’héritier du trône en juin 2017.

La vague d’arrestations a également visé des militants des droits des femmes et des défenseurs des droits de l’homme ainsi que des personnalités du monde des affaires dans ce qui a été considéré comme une campagne visant à purger l’Arabie saoudite de toute forme de dissidence.

Al-Ouda, qui compte plus de 14 millions d’adeptes sur Twitter, a été arrêté après avoir tweeté une prière en faveur de la réconciliation entre l’Arabie saoudite et son voisin qatari. « Que Dieu harmonise leurs cœurs pour le bien de leurs peuples », appelait-il de ses vœux.

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En juin 2017, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar, accusant l’émirat de soutenir des militants armés islamistes et de déstabiliser la région au travers de ses médias, notamment Al Jazeera.

Le 6 août dernier, un procureur saoudien a requis la peine de mort à l’encontre de la défenseuse des droits de l’homme Israa al-Ghamgham, qui faisait campagne pour les droits de la minorité chiite saoudienne, marginalisée dans le royaume.

Selon le groupe d’opposition à la peine de mort Reprieve, les taux d’exécution ont doublé dans le pays depuis que Mohammed ben Salmane a été nommé prince héritier en 2017

Un éminent religieux chiite saoudien, Nimr al-Nimr, a quant à lui été exécuté en janvier 2016 après avoir été reconnu coupable de « terrorisme ».

Selon les données les plus récentes de l’Organisation saoudienne des droits de l’homme, au moins 58 personnes seraient actuellement condamnées à mort en Arabie saoudite, la plupart membres de la minorité chiite.

Selon le groupe d’opposition à la peine de mort Reprieve, les taux d’exécution ont doublé dans le pays depuis que Mohammed ben Salmane a été nommé prince héritier en 2017.

L’ambassade saoudienne à Londres n’avait pas répondu à la demande de commentaires de MEE au moment de la publication de cet article en anglais.

 

Traduit de l’anglais (original).