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Au Liban, le succès de Nadine Labaki fait réagir le Hezbollah

L’engouement autour de la réalisatrice libanaise Nadine Labaki, lauréate du prix du jury à Cannes pour son film Capharnaüm, a suscité une polémique sur les réseaux sociaux
Nadine Labaki lors de la cérémonie de clôture du festival de Cannes, le samedi 19 mai 2018 (capture d'écran)

Tout a commencé par un tweet de Manar Sabbagh, journaliste et présentatrice de la chaîne Al-Manar, l’organe de communication du mouvement politique libanais, le Hezbollah. 

Dans son tweet, la présentatrice télé a rappelé aux « intellectuels » et aux « fils de la Phénicie » que devant le déferlement des félicitations adressées à la réalisatrice Nadine Labaki, « la gloire des martyrs du Hezbollah est suffisante pour le Liban pour les siècles à venir » en référence à l'engagement militaire du Hezbollah en Syrie aux côtés du régime de Bachar al-Assad. 

La journaliste a tenté de minimiser l’enthousiasme des Libanais autour de Nadine Labaki et du prix qu’elle a remporté (le prix du jury), en postant une photo de dizaines de combattants du Hezbollah décédés au premier jour de la bataille de Qousseir (en Syrie) en 2013. 

Traduction : « À l'occasion des discussions à profusion sur les personnalités qui portent haut le nom du Liban pour avoir remporté un prix ou gagné une compétition. Je rappelle ci-dessous aux intellectuels et aux fils de la Phénicie une photo des martyrs tombés lors du premier jour de la bataille de Qousseir (en Syrie) en 2013. Après eux, plusieurs de nos martyrs se sont sacrifiés pour le Liban. Cette gloire est suffisante pour le Liban pour les siècles à venir »

Après le tweet de Manar Sabbagh, la réaction d’un député du Hezbollah a encore avivé la polémique. Le député Nawaf Moussaoui a appelé à arrêter « ces casse-têtes » en référence aux acclamations des Libanais pour le film de Nadine Labaki, en affirmant : « Il n’y a que tes armes qui te protègeront lorsqu’il le faut ».

Traduction : « Pas de casse-tête et pas de mal de tête : il n'y a que tes armes qui te protègeront lorsqu'il le faut »

Une vague d’indignation a alors submergé de la toile libanaise dénonçant la réaction de la journaliste Manar Sabbagh et du député du Hezbollah. Certains internautes ont insisté sur l’importance de l’art et de la culture « devant celle des armes ».

Traduction : « L’art et la culture sont les armes les plus importantes dans une société. On n’aura pas besoin des armes si on renforce notre système éducatif et notre culture. Félicitations à Nadine Labaki et merci pour cette lumière qui dissipera les ténèbres de notre vie quotidienne » 

Des personnalités politiques ont également réagi à cette polémique, à l’instar de Joumana Haddad, ancienne candidate aux législatives libanaises.

Traduction : « Nous continuerons à célébrer fièrement les réalisations des Libanais et des Libanaises dans le domaine de l'art et de la culture parce que nous sommes les fils et les filles de la vie. La gloire de notre pays est dans son art, sa culture et non pas dans la célébration des morts » 

Dans un communiqué diffusé et relayé sur les réseaux sociaux, le Hezbollah a déjà répondu à la controverse. « Les opinions exprimées dans cette polémique ne représentent pas celles du parti », est-il écrit. « Le Hezbollah n’a jamais été contre l’art ou la culture », ajoute le parti qui rappelle : « Les martyrs de la résistance sont la fierté de la patrie. On espère ne pas les instrumentaliser dans ces polémiques ». 

Le film de Nadine Labaki, Capharnaüm, retrace l’histoire d’un enfant syrien de Deraa qui a fui la guerre dans son pays. Samedi, lors de la cérémonie de clôture, la réalisatrice, découverte en 2007 à Cannes avec son premier film, Caramel, a appelé à « ne plus continuer à tourner le dos et rester aveugle à la souffrance » des enfants des rues et maltraités.