Aller au contenu principal

Aucun matériel, aucun chirurgien, aucun espoir : les infirmiers d’Alep sont submergés

Le personnel médical raconte à MEE qu'il se débat devant les attaques aériennes russes et regarde les civils mourir faute de médecins et de matériel

Les civils jonchent le sol d’un hôpital de fortune après les attaques aériennes sur Alep le 24 septembre (AFP)

Par

Le personnel de l’hôpital d’Alep, confronté à des conditions effroyables et à l’amenuisement de ses fournitures, se dit submergé par les blessés pendant que les forces des gouvernements russes et syriens poursuivent leur assaut. Hier, les Nations unies ont qualifié ces attaques de « barbares » et de « crimes contre l’humanité ».

Le personnel médical raconte à Middle East Eye que les gens meurent faute de chirurgien, d’électricité, de médicaments. Selon les témoignages, la plupart des blessés victimes des frappes aériennes doivent subir des amputations d’urgence pour des blessures que l’on pourrait en théorie soigner, en raison du manque de compétences et d’approvisionnement en sang.

Mohammed Zain Khandkany explique que son hôpital, le M2 dans l’est d’Alep, aux mains des rebelles, a été attaqué lundi alors que le personnel tentait de prendre en charge la dernière vague de victimes causée par les attaques renouvelées qui ont fait plus de 100 morts depuis jeudi.

Le directeur de l’hôpital affirme que les médicaments essentiels qui lui restent, comme les calmants, ne lui permettront de tenir que quelques jours, et que les médecins qui restent ne sont pas qualifiés pour soigner la plupart des mauvaises blessures causées par les techniques de guerre modernes.

Fenêtres et portes soufflées

« Les seuls médecins qui restent ne sont pas qualifiés pour pratiquer des interventions chirurgicales », souligne-t-il. « Quant aux fournitures qui nous restent, nous n’avons pas d’autre choix que de les utiliser. Nos appareils ont besoin d’électricité et d’essence pour faire fonctionner les générateurs ».

« Hier, nous n’avions pas de chirurgien, or 50 à 100 personnes étaient blessées et ont été envoyées dans les quatre hôpitaux de la ville. Cinq sont décédées parce qu’il n’y avait qu’un seul docteur pour les aider. »

Le responsable rapporte aussi que les bombes russes ont commencé à pleuvoir près de son hôpital lundi matin, soufflant les fenêtres et les portes de son immeuble.

Traduction : « Quinze personnes ont été tuées et 35 blessées dans plus de 60 frappes ciblées sur Alep, depuis ce matin, par les avions d'Assad »

« À 10 h 30, les attaques ont visé la maternité de l’hôpital – heureusement personne n’a été blessé. Chacun à l’hôpital travaille à remettre l’hôpital debout et faire en sorte qu’il fonctionne à nouveau. Tout le monde répare les fenêtres et les portes. Nous n’avons pas le temps d’être tristes, de nous reposer ou de pleurer les morts. »

« Donnez-nous de l’électricité et les fournitures dont nous avons besoin pour rester en vie », demande-t-il. « Où que vous alliez dans la ville, vous trouverez des gens qui ont besoin d’aide – des gens qui meurent de faim à ceux qui sont coincés sous les débris. Je ne mâche pas mes mots. C’est la réalité dans laquelle nous vivons. »

Pénurie de sang

Une source médicale dans la zone rebelle d’Alep a témoigné à l’AFP que les hôpitaux se débattent aussi avec une pénurie de sang majeure. « À cause de cette pénurie, des blessures sérieuses exigent une amputation immédiate », explique-t-elle.

Amr al-Halabi, journaliste pour Al Jazeera, en reportage à Alep, raconte que les hôpitaux sont submergés par les morts et les blessés.

« Les morts restent sur le sol dans cet hôpital de fortune », rapporte Halabi. « Ici, la situation est désespérée. On se croirait au jour du jugement dernier. »

Ces témoignages arrivent au moment où les États-Unis et le Royaume-Uni, lors de la réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, ont qualifié l’attitude de la Russie de « barbare » et l’ont accusée de « crimes de guerre » dans sa nouvelle campagne menée sur Alep.

Matthew Rycroft, le représentant permanent du Royaume-Uni à l’ONU, a dit dimanche lors de la réunion d’urgence que « des bombes à pénétration [destinée à frapper les bunkers] qui conviennent normalement pour détruire les installations militaires, sont aujourd’hui en train de détruire des maisons, décimant les abris, estropiant, mutilant, tuant des dizaines, pour ne pas dire des centaines de personnes. »

« Comme un tremblement de terre »

« Alep brûle… Il est difficile de nier que la Russie est la partenaire du régime syrien dans ces crimes de guerre. »

La représentante permanente des États-Unis à l’ONU, Samantha Powers, a qualifié l’attitude de Moscou à Alep de « barbare ».

En réponse, Dmitry Peskov, le porte-parole du Kremlin, a dit lundi : « Nous considérons le ton et la rhétorique des représentants de la Grande-Bretagne et des États-Unis comme inadmissibles et de nature à faire du tort à nos relations ».

Des habitants d’Alep ont raconté à MEE les effets dévastateurs de ce qu’ils pensent être des « bombes à pénétration » larguées par les Russes.

Yassin Mohammed, 51 ans, chauffeur de taxi, compare les explosions à un « tremblement de terre ».

« Cela n’a pas duré seulement quelques secondes, l’explosion a été suivie d’une longue secousse et d’un bruit de rochers qui tombent de partout », détaille-t-il en parlant d’un bombardement qui a eu lieu samedi.

« Le bruit était terrible. C’était un peu comme si le sol tremblait, comme un séisme. »

Ville cobaye

« Les Russes et les Israéliens, et même les Américains, autorisent de toute évidence le régime [d’Assad] à exterminer l’est d’Alep et à expérimenter sur nous de nouvelles armes. »

« Alep est devenue un site cobaye pour tester des armes, et le monde entier nous regarde en silence. Personne ne fait rien pour arrêter ces criminels. »

Traduction : « Une attaque au phosphore à minuit à #Alep a brûlé des maisons. L'horreur ne finit jamais, peu de temps de repos » #CrimesDeGuerre #CrimesDeGuerreRusses »

Pour le docteur Mahmoud Moustafa, le directeur de l’association des médecins indépendants à Alep, le monde doit agir maintenant pour empêcher ce qui est déjà une catastrophe d’empirer.

« Les gens d’Alep sont confrontés à une crise humanitaire pendant que ceux qui ont le pouvoir pour agir choisissent la diplomatie qui échoue », commente-t-il.

« Sans action des États membres pour protéger les civils, d’autre patients vulnérables et du personnel médical vont mourir. »

Khandkany, le directeur de l’hôpital M2, assure que les habitants d’Alep désespèrent de voir un jour le siège se terminer.

« Nous voulons qu’ils arrêtent les frappes aériennes et qu’ils vivent en paix. Je suis né ici, j’ai vécu ici et je veux continuer à vivre dans ma ville en paix. Nous avons besoin d’être autorisés à vivre. »

« Nous vous supplions pour nos enfants et nos femmes, nous avons besoin d’un passage libre pour sortir de cette situation fièrement. Nous ne sommes pas en train de mendier. » 

Traduit de l'anglais (original).