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Burkini : des représentants de la communauté musulmane incitent à prendre des mesures

Quelques heures après qu’une femme semble avoir été forcée par la police à se déshabiller sur la plage, le ministre français de l’Intérieur met en garde contre le risque de « stigmatisation » que peut entraîner l’interdiction du burkini
À Nice, la police entoure une femme en train de se dévêtir (Twitter)

Le ministre français de l’Intérieur a déclaré que l’interdiction du burkini (ce maillot de bain islamique qui recouvre l’intégralité du corps et la tête) ne devait pas conduire à la « stigmatisation », quelques heures après qu’une Française musulmane a apparemment été forcée par la police à se déshabiller sur une plage de Nice.

Bernard Cazeneuve a tenu ces propos mercredi, à l’issue d’une rencontre avec les dirigeants du Conseil français du culte musulman (CFCM), qui ont mis en garde contre l’hostilité de plus en plus répandue en France envers les musulmans.

« L’application de la laïcité et la possibilité de faire passer de tels arrêtés ne doivent pas conduire à la stigmatisation, ni générer d’hostilité au sein du peuple français », a estimé Bernard Cazeneuve après avoir rencontré Anouar Kbibech, le président du CFCM.

Son association avait déjà exprimé auparavant sa préoccupation « quant à la tournure que prenait le débat public », en évoquant la « crainte de stigmatisation de plus en plus répandue chez les musulmans de France ». 

Cette déclaration a suivi de quelques heures la publication d’une série de photos, montrant une femme vêtue d’un legging, d’une tunique et d’un foulard, étendue sur la plage et entourée de quatre policiers.

À un moment, on voit la femme retirer sa tunique – sans que l’on puisse savoir si elle y a été contrainte ou si elle a agi de son plein gré – alors qu’un des agents de police semble lui dresser une contravention.

Le Conseil a déclaré dans un communiqué : « Nous avons vu les photos... Elle ne portait même pas de burkini. »

Face à la situation difficile et critique que connaît la France depuis les attentats tragiques qui ont profondément affecté le pays, le CFCM a appelé chacun au calme et à la responsabilité de chacun.

Les photos, dont la source n’est pas clairement établie, ont fait scandale sur Twitter. De nombreux utilisateurs ont en effet considéré que la police était en train de forcer la femme à se déshabiller.

Sur la photo, la femme porte un débardeur sous sa tunique.

Traduction : « Tu devrais pleurer, France »

Traduction :  « Notez qu’elle ne porte même pas de burkini – le maillot de bain une pièce recouvrant le corps. Elle porte juste… des vêtements »

« Question du jour : combien faut-il de policiers armés pour forcer une femme à se déshabiller en public ? » a tweeté Andrew Stroehlein, directeur de la communication Europe de Human Rights Watch.

Traduction : « Une femme humiliée et verbalisée pour ne pas porter "une tenue conforme à la morale". Pas en Arabie Saoudite. En France »

Selon le commentaire d’une militante nommée Sihame Assbague - retweeté plus de 7 000 fois - cette scène a fait de la France « la risée du monde entier ».

La féministe française Caroline De Haas a également réagi en écrivant : « J’ai tellement honte ».

Le hashtag #WTFFrance était mercredi un des plus populaires sur Twitter France.

Traduction : « Arrêtons de prétendre que la France est le pays de la "liberté" et de l'"égalité" - quand il autorise quelque chose comme ça »

A la demande de la Ligue des droits de l’homme, le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative française, rendra vendredi après-midi sa décision sur la légalité d’un arrêté anti-burkini, appliqué sur une quinzaine de plages françaises.

Les juridictions de première instance ont validé la décision des maires français. C’est le cas du tribunal de Nice – où la foule avait été fauchée en juillet dernier dans une terrible attaque menée avec un camion – qui a décrété que le port du « burkini » pouvait être « considéré comme un défi ou une provocation exacerbant les tensions ressenties par la communauté ».

Traduit de l’anglais (original) par Julie Ghibaudo.