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Colère dans le Rif après les lourdes peines prononcées contre les leaders du hirak

Les peines – jusqu’à vingt ans de prison – prononcées mardi soir à l’encontre des meneurs du hirak ont provoqué un choc. Le Rif, d’où est partie la révolte en 2016, a connu cette nuit de nouvelles manifestations
Le 29 mai 2017 à Al Hoceima, des manifestants brandissent des images du leader du hirak, Nasser Zefzafi, à vingt ans de prison ferme pour « complot visant à porter atteinte à la sécurité de l'État » (AFP)

Un collège a été incendié à Imzouren, près d’Al Hoceima. Des habitants en colère ont manifesté dans plusieurs villes du Rif, à Fès et à Oujda. Et toute la nuit, les réseaux sociaux marocains ont vibré de rage et de peine.

Car mardi soir, les meneurs du hirak, le mouvement de contestation sociale qui a agité le Maroc en 2016-2017, ont été condamnés à Casablanca à des peines allant jusqu'à vingt ans de prison, à l'issue d'un procès-fleuve de neuf mois.

Le leader du mouvement, Nasser Zefzafi, ainsi que trois autres meneurs, Nabil Ahmjiq, Ouassim Boustati et Samir Ighid, ont écopé de la peine la plus lourde pour « complot visant à porter atteinte à la sécurité de l'État », un chef d'accusation passible, selon les textes, de la peine de mort.

Au total, 53 personnes comparaissaient lors de ce procès. La peine la moins lourde se limite à un an de prison, couvrant la détention préventive, et 5 000 dirhams (environ 450 euros) d'amende, selon le verdict prononcé par la chambre criminelle de la cour d'appel de Casablanca en l'absence des accusés.

Trois d'entre eux, Mohamed Haki, Zakaria Adehchour et Mahmoud Bouhenoud, ont été condamnés à quinze ans de prison, tandis que sept autres militants ont écopé de dix ans de prison, également pour « complot visant à porter atteinte à la sécurité de l'État ».

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Sous le choc, des proches des accusés, présents dans la salle d'audience, ont poussé des cris de détresse quand les peines les plus lourdes ont été prononcées, a constaté un journaliste de l'AFP.

Quelques rares militants ont scandé des slogans de solidarité, comme « Vive le Rif » ou « Nous sommes Zefzafi ».

Traduction : « Une des manifestations à Al Hoceima »

« Ce sont des peines très lourdes. L'État a échoué dans ce test de respect des droits de l'homme et des libertés essentielles, tout comme l'indépendance de la justice », a déclaré à l'AFP l'un des avocats de la défense, Souad Brahma. 

« Les peines sont très légères par rapport à ce que prévoit la loi et par rapport à la façon dont ils se sont comportés devant le juge », a commenté pour sa part Mohamed Karout, l'un des avocats des parties civiles qui représentaient l'État et ses agents.

Dix accusés ont par ailleurs été condamnés à cinq ans de prison et 2 000 dirhams (180 euros) d'amende, huit à trois ans de prison et 1 000 dirhams d’amende (90 euros), dix-neuf à deux ans de prison et 5 000 dirhams (450 euros) et deux à un an de prison assortis de la même amende.

Les peines de cinq ans de prison et moins correspondent à des chefs d'accusation tels que « participation à une manifestation non autorisée » ou « insulte envers les forces de l'ordre ».

« Partialité de la justice »

Les avocats qui ont refusé de plaider par solidarité avec la protestation des prévenus contre la « partialité de la justice » ont l'intention de faire appel après concertation avec leurs clients.

Comme ses co-détenus, Nasser Zefzafi a boycotté les derniers jours d'audience et refusé de prendre la parole aux dernières heures du procès.

Un parent des leaders du hirak incarcérés porte une affiche sur laquelle est écrit : « prison marocaine » lors d'un procès, à l'extérieur du tribunal, à Casablanca, le 12 septembre 2017 (Reuters/Youssef Boudlal)

Cet ancien chômeur de 39 ans devenu le visage du mouvement grâce à ses talents d'orateur avait été arrêté pour avoir interrompu le prêche d'un imam ouvertement hostile au mouvement dans une mosquée d'Al Hoceima, l'épicentre de la protestation qui a secoué la région historiquement frondeuse et marginalisée du Rif.

Le cas du journaliste Hamid el Mahdaoui poursuivi pour « non dénonciation d'une tentative de nuire à la sécurité intérieure de l'État » et jugé en même temps que les 53 militants du hirak sera traité séparément jeudi.

Il risque, selon Reporters sans frontières (RSF), qui le soutient, deux à cinq ans de prison ferme. Il est le seul à ne pas avoir boycotté les audiences.

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Les manifestations déclenchées par la mort de Mouhcine Fikri, un vendeur de poissons broyé dans une benne à ordure en octobre 2016, ont fait plus de 600 blessés parmi les forces de l'ordre et engendré sept millions de dirhams de dégâts matériels (environ 630 000 euros), selon les parties civiles.

Environ 450 personnes, selon des associations, ont été arrêtées pendant les manifestations, généralement pacifiques mais parfois marquées par des heurts entre forces de l'ordre et protestataires, avec des blessés des deux côtés.

Au fonds Zefzafi leur fait peur, les traumatise. Ils savent qu’ils ne pourront jamais l’affronter, débattre avec lui. Ils savent qu’il était populaire à Hoceima, aujourd’hui il l’est partout: Dans les foyers, les universités, les prisons, les usines, la rue. Et c’est irrémédiable

L' « approche sécuritaire » des autorités a été critiquée par des associations de défense des droits de l'homme, qui ont dénoncé la « répression » du mouvement et des actes de « torture » contre certains manifestants après leur arrestation.

« Le tribunal n'a pas tenu compte des irrégularités que nous avons relevées tout au long de ce procès, nous craignons que ces verdicts ne permettent pas d'apaiser la tension dans la région », a commenté un des avocats de la défense après l'énoncé du verdict.

« Nous sommes très choqués. Ces jugements ont déçu nos attentes, et sont à contre-courant de ce qu'il faut faire pour construire un pays démocratique. En lisant le verdict, on croirait qu'il s'agit de grands criminels, alors que ce sont des gens qui sont sortis pour exprimer des demandes économiques et sociales, et ont exercé un droit constitutionnel, qui est celui de manifester. Ce jugement satisfait davantage les ordres et les instructions l'appareil sécuritaire qu'il n'applique la loi. Il y a toujours des arrestations au Rif. Il y en a eu hier, suite aux manifestations », a déclaré Ahmed El Haij à Middle East Eye.

« Comme beaucoup, nous avons été interpellés par les peines prononcées. Nous pensons que ces jugements sont particulièrement sévères, que cela ne va pas dans le sens de l'apaisement. Nous souhaitons que tous les moyens de recours possibles soient utilisés pour réviser ces jugements. Cela contribuera a donner un souffle démocratique à la vie politique marocaine », a commenté à MEE Mohammed Nabil Benabdellah, le secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS)

Le Premier ministre marocain Saâdeddine el-Othmani a affirmé mercredi que la justice était « indépendante », en réaction à un tweet qui lui demandait d'intervenir en faveur des meneurs du hirak.

« Je souhaite qu'aucun Marocain n'aille en prison, je souhaite la liberté et une vie digne pour tout le monde. La justice est indépendante du gouvernement et il faut attendre la phase d'appel qui fait partie du processus judiciaire », a-t-il écrit sur son compte Twitter en réponse à un tweet l'appelant à la clémence.