Daech menace la Turquie et qualifie Erdoğan de « Satan »

Daech menace la Turquie et qualifie Erdoğan de « Satan »

#ÉtatIslamique

Dans une vidéo diffusée en ligne, les militants de l’organisation État islamique appellent les Turcs à les rejoindre

Une image tirée de la vidéo adressée par le groupe État islamique à la Turquie
Arwa Ibrahim's picture
18 août 2015
Last update: 
Friday 4 August 2017 13:37 UTC
Last Update French: 
04 août 2017

Dans une vidéo publiée sur Internet mardi, le groupe État islamique (EI) a appelé les Turcs à « libérer Istanbul et la Turquie des mains de ceux qui coopèrent avec l’Occident », tout en qualifiant le président Recep Tayyip Erdoğan de « Satan ».

La vidéo, intitulée « Message à la Turquie », enjoint les Turcs à abandonner la laïcité et à se soulever contre « les athées, les Croisés et les démons qui les trompent et les rendent esclaves des Croisés. »

Dans la vidéo, le groupe EI dénigre Erdoğan, le désignant comme un « traître » qui vend « le pays aux États-Unis et aux puissances occidentales », et l’attaque en raison de son soutien à la coalition américaine contre le groupe EI.

Parlant turc, un militant non identifié demande aux Turcs de se révolter contre leur pays et de rejoindre les rangs de l’EI.

« Vous devez d’abord vous repentir de toutes les erreurs – causées par ce traître Satan [Erdoğan] et ses amis – qui vous perturbent », a déclaré l’homme barbu.

« Le peuple turc devrait refuser d’accepter la démocratie, la laïcité, les lois humaines et tous les autres types de maux », a-t-il ajouté.

La vidéo fait également référence au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), son chef emprisonné Abdullah Öcalan et le fondateur de l’État turc moderne Mustafa Kemal Atatürk – connu comme le héraut d’un gouvernement laïc et militaire.

« Celui qui suit le chemin d’Atatürk et ne tient pas compte de la charia [loi islamique] devient Satan en se liant d’amitié avec les Croisés, les apostats et les athées. »

Selon Aaron Stein, chercheur associé au Royal United Security Institute (RUSI), la vidéo constitue un changement dans l’approche de la Turquie par le groupe EI.

« La vidéo est une représentation de ce qui est écrit dans le Konstantiniyye du mois dernier [le magazine du groupe EI en langue turc]. Le plus grand changement a eu lieu au niveau de la rhétorique contre la Turquie, alors qu’ils [le groupe EI] ignoraient largement la Turquie auparavant », a déclaré Stein.

« Curieusement, [le groupe EI] accuse Erdoğan et la Turquie d’être de mèche avec les YPG et maintenant avec l’accord d’Incirlik, vus comme les larbins de l’Occident ou des États-Unis. [Cette déclaration] menace la Turquie d’une manière inédite avant la création du magazine Konstantiniyye », a-t-il ajouté.

Le gouvernement turc a récemment réclamé un changement de politiques envers le groupe EI. Les États-Unis et la Turquie se sont mis d’accord le mois dernier pour que cette dernière rejoigne officiellement la campagne américaine de frappes aériennes contre le groupe EI et mènent une campagne militaire pour créer une zone tampon au nord de la Syrie.

« Nous assistons à un véritable changement dans la politique de la Turquie autant sur le plan national qu’international en ce qui concerne la façon dont elle aborde le groupe EI, alors celui-ci réagit », a expliqué Stein.

La vidéo intervient également à un moment critique pour la politique nationale turque alors que le pays se prépare à une élection anticipée après l’échec de la création d’un gouvernement de coalition.

« La vidéo sera certainement reprise par les milieux pro-gouvernementaux... [et] intégrée dans un récit qu’ils essaient de créer selon laquelle la Turquie mène une guerre contre la terreur du PKK et du groupe EI », a affirmé Stein.

Opérations à l’échelle nationale

Depuis le 24 juillet, environ 1 600 membres du PKK et du groupe EI ont été arrêtés lors d’une série de raids antiterroristes menés dans le contexte d’une vague d’attaques visant la police et l’armée après un attentat suicide le 20 juillet dans la région de Suruç qui a tué 32 militants, kurdes pour la plupart.

La police a mené des opérations à l’échelle nationale pour appréhender les membres présumés du PKK, du groupe EI, et du DHKP-C – qui sont tous trois désignés comme étant des organisations « terroristes » par le gouvernement turc.

Commentant la vidéo, un haut fonctionnaire turc a déclaré que le bombardement de Suruç n’était pas le premier incident, et que le groupe EI avait déjà ciblé des responsables turcs dans le passé, citant le raid sur le consulat de Turquie en Irak en 2014 et l’enlèvement de 49 diplomates et ressortissants turcs.

« Ils ont également appelé à ‘’la conquête de Constantinople’’ dans le passé », a déclaré ce responsable.

« Bien que la Turquie ait ajoutée le groupe EIIL [EI] en octobre 2013, les mesures de sécurité et de répression ont été gardées secrètes par crainte de représailles. »

« Les autorités turques travaillent dur pour prévenir de futures attaques du groupe EIIL et, suite à la répression de l’année écoulée, les policiers turcs ont saisi au moins 30 gilets d’explosifs dans des planques », a ajouté ce responsable.

« Au vu du nombre d’attaques mortelles que nous avons évitées, il est clair que nous ne pouvons pas nous reposer tant que le terrorisme n’aura pas été éradiqué de la région. »
 

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.