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D’après l’ONU, l’Europe fait face à une crise des réfugiés « auto-infligée »

L’ONU fait état de 131 000 nouveaux arrivants en deux mois, surpassant les cinq premiers mois de l’année dernière, tandis que les réfugiés se pressent aux limites extérieures de l’UE
Des réfugiés devant la clôture marquant la frontière à proximité du village grec d’Idomeni (AFP)

Ce mardi, les Nations unies ont averti que la crise des réfugiés en Europe était en train de s’aggraver, évoluant vers une « crise humanitaire auto-infligée » à mesure que les chiffres atteignent de nouveaux sommets et que les rapports se multiplient pour indiquer que les tentatives de contrôler le flux de migrants aux frontières de l’UE laissent des milliers de personnes dans le besoin.

L’agence des Nations unies pour les réfugiés, le UNHCR, a rapporté que plus de 131 000 personnes avaient gagné l’Europe par la Méditerranée cette année, soit plus que le nombre total des personnes ayant pris le même chemin pendant les cinq premiers mois de l’année 2015.

La grande majorité d’entre eux a mis pied à terre en Grèce, la plupart fuyant le conflit syrien, a déclaré le UNHCR, tandis que la Grèce a affirmé avoir besoin de 534 millions de dollars en fonds d’urgence pour permettre d’abriter 100 000 réfugiés.

Le coût humain de ce mouvement de masse a été dévoilé au grand jour ce mardi à la frontière gréco-macédonienne, où des milliers de réfugiés trempés par la pluie et fatigués se sont rassemblés autour du village grec d’Idomeni et ont tenté une nouvelle fois d’entrer en Macédoine malgré les nouvelles restrictions.

Lundi, Idomeni a été le théâtre d’émeutes, des gardes-frontières ayant pulvérisé des gaz lacrymogènes sur des réfugiés qui essayaient d’abattre la clôture marquant la limite entre les deux pays à l’aide d’un bélier qu’ils avaient fabriqué. Des dizaines de personnes ont été blessées.

Une crise « auto-infligée »

On pense qu’au moins 7 000 réfugiés et migrants se trouvent actuellement à la frontière gréco-macédonienne, privés d’un accès correct à de la nourriture, des médicaments et un abri, et que plus de 1 000 nouvelles personnes affluent quotidiennement depuis la Turquie.

« L’Europe est au bord d’une crise humanitaire dont elle est grandement responsable », a averti le UNHCR, accusant les gouvernements de l’UE d’attiser le chaos et la souffrance en ayant recours à des « pratiques inconstantes » en réponse à l’afflux de migrants et de réfugiés.

D’après les témoignages glanés sur le terrain, les personnes coincées à la frontière gréco-macédonienne ont été livrées à elles-mêmes, grimpant les unes sur les autres en essayant désespérément d’attraper un peu de la nourriture et des autres éléments de ravitaillement apportés par les organisations humanitaires débordées.

« Cela fait six jours qu’on attend », a déclaré à l’AFP Farah, une Irakienne de 32 ans originaire de Bagdad, tandis qu’un fourgon de nourriture en conserve et de lait longue conservation était pris d’assaut et vidé de son contenu en quelques minutes.

« Il n’y a pas assez de nourriture, tout le monde nous ment et on est vraiment désespérés », a-t-elle affirmé.

Le mauvais temps a déjà des conséquences désastreuses sur la santé des voyageurs, ont rapporté des journalistes de l’AFP dépêchés sur place, ajoutant qu’on pouvait entendre de nombreux enfants tousser et pleurer au milieu des tentes.

Zineb Hosseini, une Syrienne mère de cinq enfants, a déclaré que sa famille était « gelée ».

« Et maintenant, il faut attendre à nouveau », a-t-elle ajouté.

Yousef Karajakes, pharmacien de 30 ans originaire de la ville d’Alep, au nord de la Syrie, a déploré avoir fui la guerre civile pour finalement se retrouver au milieu d’un autre conflit.

« Nous sommes syriens ou irakiens, nous venons ici pour fuir la guerre mais ce n’est que pour en trouver une autre. Ils nous ont dit ‘‘venez, venez ici’’, et maintenant que nous sommes là, on se retrouve face à une deuxième guerre », a témoigné Yousef, qui a perdu sa femme et son enfant lors d’un bombardement.

Si la situation continue de s’aggraver, 70 000 personnes pourraient se retrouver « prises au piège » d’ici un mois, a déclaré un porte-parole du gouvernement grec.

Les fermetures de frontières ont accentué les divisions au sein de l’UE, l’Allemagne accusant l’Autriche d’avoir provoqué une réaction en chaîne en déclarant qu’elle plafonnerait les demandes d’asile à 80 dépôts par jour et que seulement 3 200 migrants seraient autorisés à traverser son territoire chaque jour. Une semaine plus tard, la Serbie, la Croatie, la Macédoine et la Slovénie lui ont toutes emboîté le pas.

En colère à cause des frontières toujours fermées, des centaines de migrants désespérés ont essayé d’ouvrir une brèche dans la frontière, pendant que la police macédonienne lançait des gaz lacrymogènes sur une foule comprenant des enfants. Selon une association de médecine humanitaire, au moins 30 personnes –principalement des enfants – ont eu besoin de premiers secours, tandis qu’un policier macédonien a été hospitalisé.

Mardi, l’UE s’est déclarée « très inquiète » au sujet des répressions à la frontière gréco-macédonienne.

Cependant, le ministre macédonien des Affaires étrangères Nikola Poposki a défendu les mesures prises par son pays, précisant que la situation avait dégénéré jusqu’à devenir incontrôlable.

« Ce que nous avons vu, c’étaient 400 jeunes hommes en train d’essayer d’entrer de force en territoire macédonien depuis la Grèce », a déclaré Nikola Poposki à la chaîne BBC Newsnight.

« Lorsque l’on est membre des forces de l’ordre et que l’on doit faire face à une telle situation où plusieurs centaines de jeunes individus de sexe masculin essaient d’entrer sur un territoire par la violence sans l’intention de se faire enregistrer ou de se rendre dans les centres d’accueil, ma foi, je ne pense pas que cela soit conforme aux accords pris au niveau européen. »

Alors que l’Europe est de plus en plus divisée par cette crise, Washington renouvelle ses appels à l’UE pour qu’elle s’implique plus et à plus grande échelle.

De hauts responsables américains anciennement ou encore en activité on déclaré à l’AFP que certains à Washington perçoivent la crise des migrants syriens comme une menace existentielle pour le projet européen.

« Voilà qui risque de porter un coup aux fondations de l’Union européenne en tant qu’édifice politique », a supposé lundi Ryan Crocker, ancien ambassadeur des États-Unis en Syrie, en Irak et au Liban.

« Cette crise de réfugiés qui a lieu actuellement est de loin la plus importante depuis la fin de la Seconde guerre mondiale – depuis effectivement 70 ans – et la situation est encore en train de s’aggraver. »

Pendant ce temps s’est poursuivi mardi, en France, le démantèlement partiel d’un camp de réfugiés de Calais connu par ses 4 000 résidents sous le nom de la « jungle », tandis que les habitants faisaient un sit-in en guise de protestation.

Lundi, les résidents de la jungle se sont violemment opposés à la police française et aux ouvriers qui s’attelaient à la destruction de leurs habitats de fortune à l’aide d’engins de chantier, pendant que certains réfugiés mettaient eux-mêmes le feu à leurs abris.

Les pays des Balkans ferment leur porte aux migrants

Traduction :

Union européenne
Espace Schengen
Itinéraire des migrants
Nombres de migrants
Arrivés en 2016 en date du 26 février
Retenus en Grèce à cause des quotas migratoires
Frontières
Fermées
Sous surveillance renforcée
Quotas migratoires
Nombre de migrants autorisés à traverser un pays chaque jour

Traduction de l’anglais (original) par Mathieu Vigouroux.

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