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Des employés de l’ambassade du Bangladesh à Ryad accusés d’abus contre des domestiques torturées

Selon des travailleurs humanitaires, des employés de l’ambassade ont proposé à des femmes maltraitées par leurs employeurs saoudiens de les épouser et de leur offrir de l’argent en échange de faveurs sexuelles
L’ambassade du Bangladesh à Riyad a annoncé son intention de créer une commission chargée de mener « une enquête neutre sur les allégations » (avec l'aimable autorisation de BRAC)

L’ambassade du Bangladesh en Arabie saoudite a suspendu deux employés accusés d’abus à l’encontre de femmes qui s’étaient enfuies dans un refuge géré par l’ambassade à Djeddah après avoir été torturées par leurs employeurs saoudiens.

Les autorités locales ont pris des mesures après qu’une victime d’abus qui travaillait comme domestique en Arabie saoudite a tenté de se suicider à l’aéroport de Dacca (Bangladesh) la semaine dernière.

La femme de chambre torturée a tenté de se donner la mort en avalant un insecticide dans les toilettes de l’aéroport de Dacca, selon des documents officiels de la police bangladaise consultés par Middle East Eye.

« Ces femmes sont dans un état de vulnérabilité incroyable lorsqu’elles arrivent dans les refuges. Elles méritent de savoir qu’elles seront à l’abri de toute nouvelle forme d’exploitation »

- Shariful Hasanresponsable du programme de migration du BRAC 

D’après les documents, d’autres victimes d’abus qui accompagnaient la domestique depuis le refuge en Arabie saoudite sont intervenues avec des agents d’entretien de l’aéroport pour empêcher la femme de se donner la mort.

Des policiers de l’aéroport ont interrogé la femme et ont ensuite ouvert un dossier contre quatre employés de l’ambassade du Bangladesh en Arabie saoudite, les accusant d’avoir contribué directement à ses envies de suicide. 

La police bangladaise a arrêté la femme, qui est toujours en détention puisque le suicide est un crime dans le pays.

Selon des travailleurs humanitaires bien informés sur les faits, la femme a tenté de se suicider après qu’un employé de l’ambassade lui a promis de l’épouser et d’accélérer son rapatriement au Bangladesh en échange de faveurs sexuelles.

Des domestiques qui ont quitté les refuges pour rentrer au Bangladesh ont déclaré aux travailleurs humanitaires que quatre employés de sexe masculin étaient impliqués dans des activités d’exploitation à l’encontre de femmes et promettaient également de les aider en échange de faveurs sexuelles.

Elles ont déclaré aux travailleurs humanitaires que les abus avaient lieu régulièrement dans le refuge et duraient depuis plusieurs mois, les employés passant d’une victime à une autre. Les employés coupables de ces abus seraient des chauffeurs et des porteurs bangladais travaillant pour l’ambassade, ont ajouté les humanitaires. 

« Cette tentative de suicide doit être un signal d’alarme pour les autorités »

– Shariful Hasan, responsable du programme de migration du BRAC 

« Ces femmes sont dans un état de vulnérabilité incroyable lorsqu’elles arrivent dans les refuges. Elles méritent de savoir qu’elles seront à l’abri de toute nouvelle forme d’exploitation », a déclaré Shariful Hasan, responsable du programme de migration du Bangladesh Rural Advancement Committee (BRAC), ce mardi à Middle East Eye.

« Les agresseurs disaient aux femmes que si elles leur accordaient des faveurs sexuelles, elles rentreraient chez elles en une semaine et seraient mariées plus tard au Bangladesh.

« Mais toutes ces femmes avaient peur de parler en Arabie saoudite et de se plaindre à l’ambassade du Bangladesh parce qu’elles désiraient tant rentrer chez elles.

« Ces incidents nous ont été relatés par des femmes rapatriées qui ont énormément souffert, mais cette tentative de suicide doit être un signal d’alarme pour les autorités. »

Une domestique bangladaise battue par ses employeurs saoudiens (avec l'aimable autorisation de BRAC)

En 2015, le Bangladesh a mis en place des refuges en Arabie saoudite dans le but de protéger des centaines de femmes menacées d’abus sexuels et physiques de la part de leurs employeurs saoudiens.

Des câbles diplomatiques divulgués et consultés par MEE au début de l’année ont montré que les refuges avaient été construits à une époque où jusque quatre femmes par jour venaient chercher refuge à l’ambassade. 

Le rapatriement des victimes d’abus prend plusieurs mois, ce qui signifie que les femmes doivent attendre pendant une période prolongée avant de pouvoir rentrer chez elles.

Celles qui parviennent à rentrer portent toutefois les stigmates des abus sexuels qu’elles ont vécus et certaines sont rejetées par leur famille, se retrouvant ainsi sans abri ou à vivre dans des refuges parrainés par des ONG locales.

À LIRE ► Battues, torturées, violées… les domestiques bangladaises fuient le cauchemar saoudien

Rothna Begum, spécialiste des droits des femmes à Human Rights Watch, a indiqué à MEE que les autorités bangladaises devaient créer des mécanismes de protection et de signalement permettant aux victimes d’abus de rapporter tout problème rencontré dans les refuges.

« C’est ce qui arrive quand on ne dit pas aux femmes quelles sont leurs options une fois qu’elles ont fui des employeurs abusifs. Plutôt que de se tourner vers un chauffeur, les femmes devraient pouvoir se rapprocher du personnel de l’ambassade pour discuter de leurs options et recevoir le soutien qu’elles méritent à juste titre », a déclaré Begum.

« Une partie du problème vient du fait que nous ne voyons aucun mécanisme permettant aux femmes de se plaindre lorsqu’elles sont dans les refuges. Il y a un certain niveau d’impunité dû à l’absence de procédures de plainte. »

L’ambassade du Bangladesh à Riyad a déclaré ce lundi qu’elle envisageait de créer une commission chargée d’étudier l’ouverture d’une « enquête neutre sur les allégations ».

« Si les allégations sont vraies, les responsables seront poursuivis et licenciés », a affirmé dans cette déclaration l’ambassadeur du Bangladesh en Arabie saoudite, Golam Moshi, selon le quotidien bangladais The Daily Star.  

« Une partie du problème vient du fait que nous ne voyons aucun mécanisme permettant aux femmes de se plaindre lorsqu’elles sont dans les refuges. Il y a un certain niveau d’impunité dû à l’absence de procédures de plainte »

- Rothna Begum, Human Rights Watch

Begum a souligné qu’il ne s’agissait pas du premier cas d’abus commis par des employés d’une ambassade d’un pays étranger dans le Golfe à l’encontre de victimes de torture. 

En 2013, des employés des ambassades des Philippines au Koweït et en Arabie saoudite ont été accusés d’avoir réclamé des relations sexuelles à des victimes d’abus en échange du remboursement de leur billet d’avion pour rentrer aux Philippines.

À l’époque, le scandale avait poussé les autorités philippines à déployer du personnel diplomatique féminin dans ses ambassades dans le but d’imposer des mesures de protection pour mettre un terme aux abus.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.