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Des pluies torrentielles détruisent les foyers et les espoirs des réfugiés sahraouis

25 000 Sahraouis, réfugiés en Algérie depuis plus de 40 ans, ont vu leur maison complétement ou partiellement détruite
Fatima Omar et sa famille se sont retrouvées sans abri suite aux averses (MEE/Mohamedsalem Werad)

TINDOUF, Algérie – Des pluies torrentielles se sont abattues sur une grande partie de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ces derniers jours, semant la destruction et le chaos sur leur passage. Mais les inondations ont eu des conséquences particulièrement graves pour la communauté vulnérable des réfugiés sahraouis vivant dans la province algérienne de Tindouf.

« Je suis simplement reconnaissante pour le fait que mes enfants soient sains et saufs », a déclaré Fatima Omar, toujours sous le choc, devant sa maison en briques de terre complétement détruite.

« La pluie a commencé en début de semaine dernière, c’était juste le genre de pluie légère que l’on a de temps en temps », a raconté Fatima Omar à Middle East Eye. « Mais jeudi soir, la pluie s’est mise à tomber plus fort, des fuites ont commencé à apparaître dans la maison. À trois heures du matin, j’ai entendu le bruit sourd des briques qui s’effondraient. »

La province de Tindouf compte plus de 165 000 camps abritant des réfugiés originaires du Sahara occidental ; 90 000 camps sont gérés directement par l’UNHCR.

Pendant la guerre de 1975-76, les forces marocaines ont avancé sur le Sahara occidental alors que l’Espagne, qui avait colonisé la zone pendant près d’un siècle, se retirait de la région. Malgré les revendications d’auto-détermination des Sahraouis, le Maroc a commencé ce qui est devenu l’occupation du Sahara occidental, qui dure maintenant depuis quatre décennies. La guerre a forcé des milliers de Sahraouis à s’enfuir en Algérie. Beaucoup de réfugiés pensaient que leur séjour serait temporaire mais, 40 ans plus tard, nombreux sont ceux qui continuent de vivre dans des abris fragiles sommairement bâtis, dont des tentes et des maisons en briques d’argile.

Bien que la condition de réfugié de ces Sahraouis soit l’une des plus prolongées au monde, il n’y a que très peu d’infrastructures solides en place. Lorsque les pluies ont frappé le Tindouf, 5 000 familles, soit 25 000 personnes, ont été directement affectées, et plusieurs hôpitaux, sanitaires et écoles ont été détruits ou partiellement emportés par les eaux.  

Nombreuses sont les maisons de Smara qui n’ont plus quatre murs. Des trous béants provoqués par l’effondrement des briques balafrent les nombreux bâtiments qui ont eu la chance de rester debout. Des piles de briques de terre trempées et de tôle ondulée tordue forment les restes des maisons effondrées. Les enfants jouent dans les décombres, inconscients de la réalité à laquelle leurs parents doivent désormais faire face. Les adultes, eux, observent les dégâts, essayant d’imaginer comment reconstruire, et vite, car l’hiver approche à grands pas.

Mohamed Fadal, un Sahraoui de 51 ans qui vit dans le camp de réfugiés de Bojdour, a indiqué à MEE qu’il avait essayé de se préparer à de possibles inondations. Il avait choisi de construire sa maison de briques d’argile sur une colline, pensant y être en sécurité.

« Je pensais [en construisant ici] que je n’aurais pas à m’inquiéter quand viendrait la pluie. Mais apparemment, j’avais tort. »

Mohamed Fadal, tout comme Fatima Omar, habite maintenant dans une tente avec sa femme et ses quatre enfants. Sa maison a été détruite en quelques heures lorsque les pluies violentes se sont abattues sur Bojdour et ses maisons de terre.

« C’était surtout les inondations qui m’inquiétaient, explique Mohamed, incrédule. En haut de la colline, les inondations sont impossibles, [mais] les pluies torrentielles ont lézardé le toit de ma maison. Il a plu tout le jour et toute la nuit. Le matin, j’ai vu des fissures dans la structure, je savais qu’elle n’allait pas tenir. »

Quelque 5 000 maisons ont été entièrement ou partiellement détruites (MEE/Mohamedsalem Werad)

La région de Tindouf a été surnommée le Jardin du Diable en raison de ses terribles orages de sable et de ses chaleurs exténuantes en été, pouvant atteindre les 50° Celsius. Mais la zone n’est pas non plus étrangère aux fortes pluies. En février 2006, des averses avaient causé des inondations qui avaient détruit la plupart des camps sahraouis de la région. Quelque 50 000 réfugiés sahraouis s’étaient retrouvés sans abri, nécessitant une aide d’urgence. On rapporte qu’une femme avait été tuée et plusieurs personnes blessées.  

« J’ai observé l’effondrement total de la structure », a raconté Fatima Omar en parlant de sa maison. « Ma plus grande peur était qu’il arrive quelque chose à mes enfants ; en tombant, la maison aurait pu les tuer ».

Vivant désormais dans une tente, Fatima semble toujours choquée par la perte de sa maison. « C’était un cauchemar terrifiant, j’espère que personne d’autre ne vivra une telle expérience. »

La frustration monte dans les camps, pas seulement à cause de cette nouvelle dévastation, mais en raison de ce que les réfugiés décrivent comme un sentiment d’abandon récurrent. Quatre décennies après la guerre, les Sahraouis continuent de vivre dans des conditions extrêmes, avec peu d’espoir de retourner dans leur terre natale. Beaucoup pensent que le Sahara occidental est une occupation oubliée, et que les Sahraouis de Tindouf sont des réfugiés oubliés.

« La communauté internationale doit agir et nous permettre de jouir de notre droit à l’auto-détermination pour mettre un terme à ce cercle vicieux dans nos vies », a répondu Fatima lorsque nous lui avons demandé comment était la vie dans les camps de réfugiés pour les Sahraouis. Cette femme de 48 ans a confié que sa frustration était très profonde, nourrie par quarante années d’attente. Pour elle, les récentes pluies dévastatrices ne sont que le dernier épisode d’une série de catastrophes qui se sont abattues sur les réfugiés originaires du Sahara occidental.

Tandis que les tentes, la nourriture, les couvertures et les bâches en plastique ont été évacuées par les airs jusqu’au désert aride de Tindouf, l’UNHCR s’inquiète de la possible émergence de problèmes de santé et d’hygiène publique si les infrastructures ne sont pas rapidement réparées. L’organisation onusienne a lancé un appel de fonds d’urgence, mais la communauté internationale s’est traditionnellement montrée soit lente soit peu désireuse de desserrer les cordons de la bourse lorsqu’il s’agit des réfugiés sahraouis. 

« Le budget 2015 de l’UNHCR pour les opérations au Tindouf est de seulement 20 % environ, ce qui laisse un énorme vide à combler et restreint les activités opérationnelles », a expliqué Melissa Fleming, porte-parole de l’UNHCR. « Bien qu’il pleuve très peu au Sahara la plupart du temps, lorsqu’il pleut cela peut causer des ravages, surtout sur les constructions en briques d’argile. »
Avec un manque de fonds et d’accès à d’autres régions du territoire algérien, la population des réfugiés a dû faire avec des matériaux de construction bon marché et disponibles localement plutôt qu’avec des briques de ciment plus onéreuses, jusqu’à quatre fois plus.

Mohamed Fadal travaille comme cuisinier dans une petite école du camp de réfugiés de Smara ; il gagne environ 5 dollars par jour. Avec l’hiver qui approche, il confie être préoccupé par ce que réserve l’avenir. « Je ne sais pas quoi faire, dit-il. J’espère être capable de construire deux pièces et une salle-de-bain avec des briques en ciment plutôt qu’en argile, mais je n’ai pas assez d’argent car je gagne seulement 120 dollars par mois. Pour reconstruire ma maison, j’ai besoin de 1 400 dollars. »

Mohamed pense qu’il va devoir vivre dans une tente pendant un bon bout de temps, et il n’est pas le seul dans ce cas. Pour Fatima Omar et sa famille, le futur apparaît tout aussi désolant.

« C’est un rappel de notre vulnérabilité », résume-t-elle, avant d’ajouter qu’elle ne souhaite pas construire un logis permanent dans le camp. « Cette terre n’est même pas la nôtre. »

Elle est toujours animée par le combat pour l’auto-détermination du Sahara occidental et par l’espoir de retourner vivre dans sa patrie natale.

« Il est aujourd’hui difficile de prédire l’avenir. Mais en 40 ans, ils [la communauté internationale] ont eu largement le temps de faire pression sur le Maroc afin qu’il respecte le droit international. Nous avons attendu pendant trop d’années. »

Beaucoup de réfugiés disent n’avoir même pas l’espoir de pouvoir reconstruire leur maison (MEE/Mohamedsalem Werad)

Traduction de l’anglais (original).