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Dominique de Villepin veut que la France et l'Algérie « brisent les silences »

Pour « pouvoir rêver d'une relation apaisée », la France et l’Algérie doivent se parler et agir ensemble, selon l’ex-Premier ministre français en visite en Alger
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ALGER – « Près de 200 ans après la conquête, plus de 50 ans après l’indépendance, et vingt ans après la guerre civile, où mieux qu’en Algérie peut-on voir émerger avec autant de force le désir d’une parole libérée, d’histoires réconciliées, d’un récit apaisé ? »

L’ex-Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin, en visite à Alger, a donné ce mardi à l’École supérieure des affaires une conférence sur le thème « Réconcilier les silences : donner sa parole pour la paix ».

Son intervention, filée autour du thème de la violence dans le monde aujourd’hui et des perspectives de réconciliation, s’est attardée sur la spécificité de la relation franco-algérienne.

Tout en reconnaissant que la colonisation, en refusant d’accorder aux populations coloniales les mêmes droits qu’aux populations de métropole, était « une trahison des valeurs humanistes » dont la France se devait d’être porteuse, il a appelé les Algériens et les Français, à regarder les choses en face pour « pouvoir rêver d’une relation apaisée », autour d’un espace commun, la Méditerranée.

« Les silences de la guerre d’indépendance ont hanté nos mémoires respectives. Ne nous voilons pas la face, nous en souffrons toujours »

« Les silences de la guerre d’indépendance ont hanté nos mémoires respectives car ils ont inscrit jusque dans nos chairs la violence de la séparation. Ne nous voilons pas la face, nous en souffrons toujours », a-t-il souligné en reconnaissant que l’heure est « à l’apaisement ».

En rappelant qu’Emmanuel Macron avait, lors de sa campagne, reconnu les crimes commis pendant la colonisation et que François Hollande avait reconnu les victimes du 17 octobre 1961 et celles des massacres de Sétif en 1945, il a appelé l’Algérie à lever l’obligation de visas pour les natifs d’avant 1962 « qui continuent d’aimer l’Algérie et souhaiteraient s’y rendre, peut-être une dernière fois, avant que leur génération ne s’efface à jamais ».

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Il a également évoqué la question des archives entre Alger et Paris, au sujet de laquelle « un pas important a été franchi avec l’annonce de la remise d’une copie des archives coloniales aux autorités algériennes ».

« Dans le même esprit d’apaisement mémoriel, je salue également la décision du président de la République d’accéder à la demande d’intellectuels de nos deux pays, en restituant les crânes de combattants algériens du XIXe siècle, tués par les troupes coloniales, et conservés jusqu’à aujourd’hui par le Musée de l’Homme », a-t-il ajouté.

Le Musée de l'homme à Paris conserve parmi les 18 000 crânes de sa réserve 36 crânes d'Algériens tués et décapités par le corps expéditionnaire français dans les années 1840 et 1850 (capture d'écran)

Dominique de Villepin a aussi abordé les défis de l’Algérie pour qui « le défi de la réconciliation est triple » puisqu’en plus de se réconcilier avec la France, elle doit aussi se réconcilier « avec elle-même » et « avec le Maroc ». 

En parallèle du Dialogue 5+5, l’ex-chef de la diplomatie française préconise un forum resserré de type 2+2 réunissant l’Algérie et le Maroc d’un côté, la France et l’Espagne de l’autre pour désamorcer les tensions au Sahara occidental. « Sans quoi l’enracinement d’un conflit politique pourrait laisser le champ libre à la radicalisation d’une nouvelle génération sahraouie ayant grandi dans les camps de réfugiés, ce qui constituerait à terme un risque terroriste accru au niveau régional », a-t-il souligné.

« On a besoin d’entendre l’Algérie sur la Libye, sur le Yémen mais aussi sur la question syrienne »

« L’Algérie a son rôle à jouer, notamment en tant que puissance stabilisatrice. Elle l’a prouvé en Afrique, en particulier au Mali, via son implication dans la signature des accords d’Alger de 2015, dont le suivi doit néanmoins être renforcé. »

Il a aussi interpellé l’Algérie sur la nécessité pour « cette voix singulière du refus de la guerre et du refus de l’ingérence » de porter dans le monde arabe. « On a besoin d’entendre l’Algérie sur la Libye, sur le Yémen mais aussi sur la question syrienne : aujourd’hui et demain, son expérience pourrait être primordiale, elle qui a su surmonter les épreuves d’une nation et d’un tissu social déchirés par la guerre civile. »