En Israël, une exposition montre des œuvres arabes sans le consentement des artistes

En Israël, une exposition montre des œuvres arabes sans le consentement des artistes

#OccupationPalestine

L’exposition « Stolen Arab Art » a provoqué la colère des artistes dont le travail est présenté volontairement sans leur permission

Affiche de l’exposition « Stolen Arab Art » à Tel Aviv (capture d’écran)
Mustafa Abu Sneineh's picture
17 juillet 2018
Last update: 
Tuesday 17 July 2018 10:55 UTC
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17 juillet 2018

« Nous exposons les œuvres en Israël sans que les artistes le sachent ou y consentent, et nous sommes parfaitement conscients de cet acte de dépossession ». Voici comment la galerie israélienne 1:1 Centre for Art and Politics, située dans le sud de Tel Aviv, présente sa première exposition, Stolen Arab Art (« art arabe volé ») : des œuvres d’éminents artistes arabes contemporains y sont volontairement exposés à leur insu ou sans leur consentement.

« En délimitant ces frontières politiques et géographiques, nous souhaitons attirer l’attention sur l’exclusion d’Israël de la famille du Moyen-Orient », ajoute le communiqué de presse de l’exposition.

Une sélection de quatre œuvres vidéo de six artistes réputés du monde arabe est présentée dans l’exposition, sans que les artistes soient crédités ou leurs noms publiés.

Wael Shawky, un artiste égyptien dont les œuvres ont été exposées, était furieux.

« Quel est l’intérêt d’être un voleur et si fier de son acte ! », a-t-il écrit à Middle East Eye par e-mail. « Cela ne changera jamais rien – tous ces artistes, y compris moi-même, sont contre le fait d’exposer en Israël. [La galerie] a rendu cette décision encore plus claire. »

« Quel est l’intérêt d’être un voleur et si fier de son acte ! Cela ne changera jamais rien – tous ces artistes, y compris moi-même, sont contre le fait d’exposer en Israël »

Wael Shawky, artiste égyptien

Shawky a ajouté qu’il avait soulevé le problème avec ses agents – la Lisson Gallery à Londres et la Sfeir-Semler Gallery à Beyrouth – pour envisager la possibilité d’entamer des poursuites contre la galerie israélienne. La Lisson Gallery n’a pas confirmé à MEE si une action en justice serait entreprise ou non.

Walid Raad, un artiste libanais dont le travail a également été identifié comme figurant dans l’exposition, n’avait pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication de cet article.

Omer Krieger, le directeur artistique de la galerie, a déclaré au site hébreu Calcalist qu’il avait envoyé des courriels aux artistes leur demandant d’exposer leurs œuvres à Tel Aviv, mais que ceux-ci avaient refusé ou n’avaient pas répondu.

« Cette fois, c’était un choix conscient d’engagement unilatéral. Il n’y avait aucune tentative de coexistence ou de normalisation [dans l’exposition] », a déclaré Krieger à Calcalist.

Le communiqué de la galerie affirme que l’exposition cherche à « promouvoir une réalité commune marquée par un dialogue ouvert et des échanges à travers le Moyen-Orient, sans guerres, sans occupation, sans frontières ».

Tout ça à travers « l’art arabe volé ».

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Les responsables de la galerie ont déclaré qu’ils avaient décidé de ne pas publier les noms des artistes sur la base de « l’hypothèse qu’ils [les artistes] ne voudraient pas que leur travail soit exposé en Israël, dans le cadre du boycott culturel arabe et international d’Israël ».

La campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI), une composante du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), a joué un rôle important dans la sensibilisation internationale aux crimes israéliens contre les Palestiniens.

Les Palestiniens accusent Israël de s’approprier leur culture, que ce soit par le biais de produits culinaires comme les falafels, le houmous et l’huile d’olive, ou de vêtements traditionnels – sans leur consentement pour tenter d’effacer l’identité palestinienne et les liens des Palestiniens avec cette terre.

PACBI a réussi à persuader de nombreux artistes de ne pas se produire en Israël et a récemment été la force motrice du vote du sénat irlandais, le 11 juillet, proposant un projet de loi interdisant l’importation de produits provenant des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

L’Irlande est devenue la première nation de l’Union européenne à imposer un tel boycott.

La campagne a également joué un rôle essentiel en persuadant l’équipe nationale argentine de se retirer d’un match de football avec Israël qui devait avoir lieu à Jérusalem le mois dernier.

 

Traduit de l’anglais (original).