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France : l’attaque de Paris pourrait « faire bouger les lignes » de l’élection

Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a accusé la candidate d’extrême-droite Marine Le Pen d’essayer de tirer profit de la tragédie
Une patrouille de police au Trocadéro près de la Tour Eiffel, après l'attaque qui a coûté la vie à un policier et fait trois blessés, jeudi soir sur les Champs-Elysées, à Paris (Reuters)

À deux jours du premier tour de l'élection présidentielle, la dernière attaque à Paris, qui a coûté la vie à un policier et fait trois blessés jeudi soir sur les Champs-Elysées, a fait de la sécurité nationale la première des préoccupations.

Alors que dimanche se tiendra le premier tour de l’élection, la candidate d’extrême-droite Marine Le Pen a promis d’« expulser les fichés S étrangers et de déchoir de leur nationalité française les binationaux en lien avec le terrorisme ».

Le centriste Emmanuel Macron, a souligné que les solutions n’étaient pas aussi simples que celles préconisées par Marine Le Pen et que « le risque zéro n’existait pas ». « Nous vivons et nous vivrons durablement avec la menace terroriste », a-t-il souligné. Le conservateur François Fillon a appelé à être « lucide » sur une « guerre qui sera longue » et promis d'appliquer d'« une main de fer » des mesures sécuritaires draconiennes.

Le Premier ministre les a en retour accusés d'« instrumentaliser » l'événement, reprochant notamment à Marine Le Pen d'« exploiter sans vergogne la peur et l'émotion à des fins exclusivement politiciennes ».

Environ un quart des électeurs encore indécis

Cette attaque au coeur de Paris aura-t-elle un impact sur l'élection, dont les quatre favoris sont dans un mouchoir de poche ? Elle pourrait « être en mesure de faire bouger les lignes et resserrer les écarts », estime Adélaïde Zulfikarpasic, directrice de l'Institut de sondages BVA.

Environ le quart des électeurs s'avouait vendredi encore indécis et l'abstention s'annonce toujours forte, avant le scrutin qui s'annonce comme un « match à quatre » serré.

Le dernier sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match, CNEWS et Sud Radio, publié vendredi à 18h, accroît légèrement son avance dans les intentions de vote avec 24,5 % (+ 0,5), devant Marine Le Pen (22,5 %, stable), François Fillon (19,5 %), Jean-Luc Mélenchon (18,5 %) et Benoît Hamon (7 %) Mais l’institut canadien Filteris qui étudie l’impact des candidats sur les réseaux sociaux donnait vendredi un peu avant minuit Marine Le Pen en tête avec 22,7 % des intentions de vote, suivie par François Fillon (21,57 %), Jean-Luc Mélenchon (21,34 %) et Emmanuel Macron (20,03 %).

À LIRE : France : l’islam comme thème porteur de la campagne s’essouffle-t-il ?

Dans ce climat tendu, le président François Hollande a assuré que tout serait fait pour sécuriser le vote : 50 000 policiers et gendarmes et 7 000 militaires seront mobilisés dimanche pour le premier tour du scrutin. « Rien ne doit entraver » ce « rendez-vous démocratique », a souligné le Premier ministre Bernard Cazeneuve.

Dans un entretien accordé à l’agence de presse AP, le président américain Donald Trump s’est dit persuadé que cette attaque « aura un gros effet » sur l'élection.

« Il avait une haine contre la police, contre la France »

Samedi, l’enquête se poursuit sur les motivations et la personnalité de l’assaillant, Karim Cheurfi, un Français de 39 ans. 

Un fusil à pompe, deux gros couteaux et un Coran ont été découverts dans le véhicule de ce multirécidiviste, quatre fois condamné qui a passé quatorze ans en prison en deux séjours.

Il avait notamment été condamné en 2005 à quinze ans de réclusion pour tentatives d'homicide volontaire, notamment sur un policier.

Un message manuscrit pro-EI, a été retrouvé près de son corps. Mais il « n'avait pas présenté tout au long de sa période d'incarcération de signes de radicalisation ou de prosélytisme », a souligné le procureur de Paris François Molins, chargé des affaires terroristes.

Karim Cheurfi avait de nouveau été arrêté le 23 février après avoir affirmé à un proche vouloir « tuer des policiers en représailles de ce qui se passait en Syrie » et avoir pris des contacts pour acheter des armes.

Mais il avait été relâché, la justice estimant ne pas disposer d'éléments suffisants. Une enquête antiterroriste avait néanmoins été ouverte en mars à son sujet.

Selon un de ses voisins, Abdel, 23 ans : « Il avait une haine contre la police, contre la France. Il était marqué par la prison. »

Son lien exact avec l'EI, qui a rapidement revendiqué l'attaque, reste à établir. Selon l'EI, l'attaque a été menée par un combattant du nom d' « Abu Yussef le Belge », alors que Karim Cheurfi est de nationalité française.