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Frappe meurtrière à Idleb alors que le gouvernement approuve le plan de trêve pour la Syrie

Le gouvernement syrien a approuvé l'accord de cessez-le-feu négocié par son allié russe et par les États-Unis. Le principal groupe d'opposition reste circonspect
Impossible de dire pour le moment qui a mené ces frappes, mais le gouvernement syrien et la Russie organisent régulièrement des raids aériens dans la province d'Idleb (AFP)
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Cinquante-huit personnes au moins ont été tuées et des dizaines blessées lors d’une attaque aérienne contre le marché de fruits et légumes de la ville d’Idleb, quelques heures après l’annonce conjointe des États-Unis et de la Russie d’un accord décisif censé remettre sur les rails le processus de paix en Syrie.

Le gouvernement syrien a approuvé l'accord de cessez-le-feu mais le principal groupe d'opposition reste circonspect.

SANA, l’agence de presse officielle syrienne, a rapporté que le gouvernement avait « approuvé » l’accord et s’était engagé « à une cessation des hostilités à Alep pour raisons humanitaires ».

Le Haut comité des négociations (HCN), principal bloc d’opposition politique en Syrie, a précisé qu'il n'avait pas encore reçu le texte officiel de l'accord. Un de ses représentants, Bassma Kodmani, a déclaré que son groupe avait « prudemment accueilli » l'accord mais restait  « sceptique sur le fait que Damas s'y conforme ».

La réussite de cette trêve incombe à la Russie dont l’influence, « en fait la seule partie capable d’exercer des pressions suffisantes pour que le régime accepte de s’y conformer », pouvait-on lire aussi dans leur communiqué.

L’organisation syrienne des Casques blancs a dénoncé l’agression de samedi, alors que des photos et des vidéos faisaient état des destructions. Au moins 80 personnes auraient également été blessées.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a décompté treize femmes et treize enfants parmi les victimes, mais le nombre de civils parmi les tués n'est pas encore clair. L'organisation a précisé que des dizaines de personnes avaient également été blessées dans les frappes, prévenant que le bilan pourrait encore s'alourdir.

Personne n'est en mesure de dire pour l'instant qui a mené ces frappes mais le gouvernement syrien et son allié russe organisent régulièrement des raids aériens dans la province d'Idleb.

« Les gens étaient en train de faire leurs courses pour l'Aïd el-Adha [fête musulmane], la semaine prochaine, c'est la raison pour laquelle le bilan est si lourd », a précisé Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'OSHD.

Deux agents de la protection civile ont indiqué à l’agence d’informations Reuters que tous les corps n’avaient pas encore été extraits des décombres des bâtiments effondrés.

Un habitant et des secouristes ont affirmé qu’il s’agissait très probablement de chasseurs russes, car ils volaient à haute altitude, alors que les hélicoptères syriens frappent le plus souvent à basse altitude.

Aucune vérification indépendante n’a encore pu corroborer cette allégation. 

Traduction : « Après l’annonce de l’accord de cessez-le-feu (#Syriaceasefire), prévu pour prendre effet lundi, une frappe aérienne menée par le régime a fait trente victimes. UN PEU DE RETENUE SERAIT LA BIENVENUE » Les Casques Blancs @SyriaCivilDef

Traduction : « Au moins vingt victimes ont trouvé la mort lors des frappes aériennes lancées par #Assad sur le marché de fruits légumes à #Idleb, deux jours avant le début du nouveau cessez-le-feu en #Syrie »

L’attaque s’est déroulée quelques heures après l’annonce conjointe des États-Unis et de la Russie, prévoyant un cessez-le-feu d’ampleur nationale à compter de lundi au coucher du soleil.

Washington a appelé à l’arrêt complet des bombardements aveugles par l’armée syrienne contre des civils.

Or, l’attaque d’Idleb hypothèque l’espoir d’une cessation totale des hostilités dans les deux jours qui viennent.

L’armée syrienne a quant à elle attaqué les zones d’Alep détenues par les rebelles, dans le but de maximiser ses victoires récentes avant la trêve qui doit entrer en vigueur ce lundi.

Les rebelles ont promis de lancer une contre-offensive.

Les deux parties ont toutes les deux indiqué que l’armée et les milices pro-gouvernementales, qui ont pris le contrôle de la zone autour de Ramouseh, ont continué d’avancer pour réduire les foyers rebelles de résistance du quartier d’Amriyah.

« Des combats ont éclaté sur tous les fronts du sud d’Alep, mais les affrontements à l’intérieur d’Amiryah sont les plus meurtriers », a constaté le capitaine Abdul Salam Abdul Razak, porte-parole militaire des brigades rebelles Nour al-Din al-Zenki.

Le gouvernement ayant récemment remporté quelques victoires à Ramouseh, il a pu rouvrir la route principale vers l’ouest, sous son contrôle, permettant aux forces favorables au président Bachar al-Assad d’encercler les quartiers est de la ville tenus par les rebelles.

Un correspondant de Middle East Eye posté à l’intérieur d’Alep a signalé « de nombreux raids aériens » contre la ville ce samedi, qui ont frappé les quartiers de Bustan al-Qasr, al-Ferdous et Mashhad. Il a signalé qu’au moins 30 personnes ont été touchées, dont deux mortellement.

Ce samedi, des raids aériens ont frappé le quartier de Bustan al-Qasr à Alep (MEE/Zouhair al-Shimale)

Cessez-le-feu lundi

Ces violences ont porté un coup sérieux aux efforts des États-Unis pour mettre fin aux combats grâce à leur nouveau plan de paix, que le secrétaire d’État américain, John Kerry, a présenté comme « un arrangement susceptible de faire consensus ».

C’est aux côtés de son homologue russe, Sergueï Lavrov, après une journée de pourparlers à Genève, que John Kerry a exprimé sa conviction de voir le plan mener à des pourparlers pour « mettre un terme au conflit ».

Il a précisé que l’accord interdirait aux forces aériennes d’Assad de frapper les groupes de l’opposition où qu’elles se trouvent, qualifiant même cette disposition de « socle fondamental de l’accord » et faisant porter aux forces aériennes d’Assad la responsabilité du « plus grand nombre de victimes civiles » et des flux migratoires actuels.

« Voilà qui devrait mettre un terme aux bombes-barils ainsi qu’aux bombardements aveugles de quartiers civils », a déclaré Kerry.

Il a annoncé que la trêve entrerait en vigueur dès lundi, premier jour de la fête musulmane d’Aïd al-Adha, et que, si elle était respectée pendant sept jours, les États-Unis commenceraient la coopération avec les forces russes en ciblant les combattants du Front al-Nosra et le groupe État islamique (EI).

« En s’attaquant au Front al-Nosra, les États-Unis ne font aucune concession à qui que ce soit, car il est parfaitement conforme aux intérêts des États-Unis de cibler al-Qaïda », a-t-il précisé.

« Si certains groupes au sein de l’opposition légitime souhaitent conserver cette légitimité, il leur faudra se distancier en tous points d’al-Nosra et de Daech. »

Lavrov a déclaré que malgré la persistance d’un climat de méfiance, les deux parties ont rédigé cinq documents susceptibles de coordonner la lutte contre le terrorisme et, suite à l’échec de la précédente trêve en Syrie, d’en imposer une nouvelle, dans un cadre renforcé.

« Tout cela crée les conditions nécessaires à la reprise du processus politique depuis si longtemps dans l’impasse », a déclaré Lavrov vendredi.

Il a averti que Moscou ne pourrait pas « garantir à 100 % » que toutes les factions respecteraient le cessez-le-feu.

« Nous avons informé le gouvernement syrien de ces arrangements, et il est disposé à s’y conformer », a-t-il ajouté.

La Turquie a également salué la trêve. « Nous nous félicitons de cet accord », a déclaré dans un communiqué le ministère turc des Affaires étrangères, ajoutant qu’il était essentiel que les combats cessent dans toute la Syrie et que l’aide humanitaire parvienne « dès le premier jour » de la trêve à ceux qui en ont tant besoin.

Traduit de l'anglais (original) par [email protected].