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Hollande avait demandé à Netanyahou de ne pas participer à la marche de Paris

La France fait appel à 15 000 forces de sécurité supplémentaires afin de renforcer la sécurité dans les écoles juives et les « sites sensibles ».
Netanyahou, Hollande et Abbas (de gauche à droite) à la marche de dimanche (AFP).
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Le Président François Hollande avait demandé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou de ne pas participer au rassemblement de dimanche à Paris en mémoire des victimes des attaques de Charlie Hebdo et d’un supermarché juif.
 
Hollande avait « fait passer un message » à Netanyahou lui demandant de ne pas venir afin d’« éviter toute action susceptible de détourner l’attention d’autres questions controversées, telles que les relations entre juifs et musulmans ou le conflit israélo-palestinien », a révélé le journal israélien Haaretz lundi.
 
Un message similaire avait été envoyé au Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Lui et Netanyahou avaient initialement accepté la demande d’Hollande, publiant des communiqués samedi indiquant qu’ils ne participeraient pas au rassemblement de Paris.
 
Cependant, Netanyahou est revenu sur sa décision après avoir appris samedi soir que ses rivaux politiques, le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman et celui de l’Economie Naftali Bennett, se rendraient en France.
 
Yossi Cohen, conseiller de Netanyahou pour les questions de sécurité nationale, a ensuite informé son homologue français Jacques Audibert de l’intention du Premier ministre israélien de joindre la marche parisienne, qui a rassemblé 1,2 million de personnes.
 
« Furieux, Audibert a déclaré que la conduite du Premier ministre [israélien] aurait des effets averses sur les liens entre les deux pays aussi longtemps qu’Hollande serait Président de la France et Netanyahou Premier ministre d’Israël », écrit Barak Ravid du journal Haaretz. 
 
Audibert a expliqué qu’en conséquence une invitation avait été envoyée à Abbas, qui a dûment accepté, de sorte que les deux leaders, l’Israélien et le Palestinien, sont apparus aux cotés d’Hollande à la manifestation de dimanche dans la capitale française.
 
Après la marche, Hollande et Netanyahou ont participé à une cérémonie donnée en la grande synagogue de Paris en commémoration des quatre victimes juives de l’attaque de vendredi dans un supermarché kasher.
 
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré dimanche qu’il appréciait la « positions très ferme » prise par les dirigeants français contre « le nouvel antisémitisme et le terrorisme » en France.
 
Il a également remercié Lassana Bathily, l’employé musulman du supermarché juif qui a sauvé plusieurs otages lors de l’attaque de vendredi.
 
« Notre ennemi commun est l’islam radical et extrémiste, pas l’islam normal », a-t-il dit à la synagogue. « Israël est aujourd’hui aux cotés de l’Europe, mais j’aimerais que l’Europe soit également aux cotés d’Israël. »
 
Netanyahou doit aussi se rendre au supermarché kasher plus tard lundi afin de rendre hommage aux victimes, a indiqué à l’AFP un porte-parole de l’ambassade israélienne, qui a ajouté que le Premier ministre d’Israël serait accompagné de son ministre des Affaires étrangères Lieberman. Il a précisé qu’aucun discours ne serait prononcé lors de la brève cérémonie.
 
Le président français a exprimé son mécontentement envers Netanyahou en quittant la cérémonie à la grande synagogue de Paris avant que celui-ci n’ait prononcé son discours. 
 
Les relations entre Paris et Tel Aviv sont particulièrement tendues depuis quelque temps, en particulier depuis le vote par le parlement français au début du mois de décembre 2014 d’une motion non contraignante en faveur de la reconnaissance de la Palestine, puis suite au vote positif de la France à l’ONU d’une résolution appelant à la fin de l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.  
 
Netanyahou à la grande synagogue de Paris (AFP)
 
Dans son discours, Netanyahou a fermement condamné l’assassinat des quatre juifs à Paris par Ahmed Coulibaly, membre présumé de l’Etat islamique. Samedi, il a sommé les juifs de France à émigrer en Israël.
 
 « A tous les juifs de France, à tous les juifs d’Europe, je souhaite dire qu’Israël n’est pas seulement l’endroit vers lequel vous dirigez vos prières, l’Etat d’Israël est votre foyer », a-t-il déclaré.
 
La France compte en son sein près de 500 000 juifs, qui sont victimes d’un nombre croissant d’agressions antisémites. Selon le Service de protection de la communauté juive, les juifs français représentent 40% des victimes de crimes de haine alors qu’ils ne constituent que moins d’1% de la population.
 
Suite à l’attaque de la semaine dernière en France, les dirigeants politiques ont cherché à réassurer la communauté juive de leur place estimée dans la société française.
 
« La France sans les juifs de France n’est plus la France », a déclaré le Premier ministre Manuel Valls.
 
Des mesures de sécurité renforcées ont également été annoncées lundi. La France déploiera 15 000 forces de police et de sécurité en vue de renforcer la sécurité autour des lieux « sensibles » et les écoles juives du pays.
 
Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a annoncé que 10 000 soldats seront appelés pour protéger « les sites sensibles sur l’ensemble du territoire à partir de [mardi] soir », eu égard à « l’ampleur des menaces » planant sur la France.
 
Ce déploiement militaire viendra s’ajouter aux 5 000 forces de police et de sécurité déjà mobilisées lundi pour protéger quelque 717 écoles et sites juifs du pays.
 
Le Drian a dévoilé ces nouvelles mesures à l’issu d’une réunion d’urgence convoquée par le Président François Hollande afin d’empêcher que les attaques de la semaine dernière, les plus sanglantes qu’ait connues la France depuis cinquante ans, ne se répètent. 
 
« C’est la première fois que nos militaires sont mobilisés dans une telle mesure sur notre sol », a indiqué le ministre de la Défense, qui a préféré ne pas communiquer la liste des sites jugés sensibles.