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Cinq châteaux historiques à visiter en Jordanie

Pendant des siècles, le royaume a régné au carrefour d’empires rivaux – et cette histoire se reflète dans les ruines de plusieurs trésors architecturaux
Qasr Amra a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en raison de ses peintures murales représentant certains des premiers exemples d’art islamique (MEE/Rayhan Uddin)
Qasr Amra a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en raison de ses peintures murales représentant certains des premiers exemples d’art islamique (MEE/Rayhan Uddin)
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AZRAQ, Jordanie

La Jordanie est depuis longtemps un lieu de prédilection pour les visiteurs qui se rendent au Moyen-Orient en raison de son infrastructure touristique bien développée et de ses nombreux sites historiques.

La capitale de l’ancien royaume nabatéen, Pétra, est un incontournable, tout comme le fait de passer une nuit dans le Wadi Rum, la remarquable « vallée de la lune », dans le Sud, creusée dans la roche granitique.

Les ruines romaines ne manquent pas non plus, notamment l’amphithéâtre et la citadelle de la capitale Amman et l’ancienne ville de Jerash, considérée comme le site archéologique romain le mieux conservé au monde en dehors de l’Italie.

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Mais loin de l’agitation des principaux sites touristiques et du centre-ville d’Amman, il existe une autre façon de se plonger dans le passé ancien du royaume hachémite : une visite de ses châteaux.

À travers le pays, des structures fortifiées témoignent de l’histoire mouvementée du Levant au Moyen Âge.

Des forteresses passées des mains des croisés à celles des empereurs musulmans aux palais royaux présentant certaines des premières (et des plus surprenantes) œuvres d’art de l’islam, nombre de ces châteaux sont à voir absolument.

Middle East Eye se penche ici sur cinq des châteaux les plus importants de Jordanie.

Ajloun

Le château d’Ajloun est une forteresse bien préservée perchée au sommet d’une colline dans le Nord-Ouest de la Jordanie, près de l’ancienne ville de Jerash.

Il a été construit en 1184 par Izz al-Din Oussama, neveu et général de Saladin (Salah ad-Din), le légendaire fondateur kurde de la dynastie ayyoubide qui a combattu les croisés et régné sur de vastes territoires du Levant, de l’Afrique du Nord, de l’Égypte, de la Haute Mésopotamie et de la péninsule Arabique.

Le château a été commandé par Saladin pour se prémunir contre les incursions des croisés et protéger les routes commerciales entre la Jordanie et la Syrie. Pour cette raison, il n’est tombé en désuétude qu’à la fin de l’ère ottomane.

Le château d’Ajloun a survécu à l’assaut mongol, mais un tremblement de terre en 1837 a entraîné son abandon (MEE/Rayhan Uddin)
Le château d’Ajloun a survécu à l’assaut mongol, mais un tremblement de terre en 1837 a entraîné son abandon (MEE/Rayhan Uddin)

Construite à 1 100 mètres au-dessus du niveau de la mer, la structure fortifiée offre un superbe panorama : les visiteurs peuvent admirer la vue sur la vallée du Jourdain, les villes et villages palestiniennes de Cisjordanie occupée et le mont Hermon en Syrie et au Liban.

Il est passé sous domination mamelouke au milieu du XIIIe siècle et a été brièvement occupé par les Mongols en 1260, qui l’ont gravement endommagé. Après avoir repris la forteresse, les mamelouks ont rénové et agrandi le château. Une grande partie de ce que l’on peut voir aujourd’hui remonte à cette période.

Lorsque l’empire ottoman a régné plus tard sur la région, il y a placé des soldats en garnison pendant plusieurs siècles jusqu’en 1837, date où un tremblement de terre a conduit à son abandon.

Azraq

Situé à 100 km à l’est d’Amman, le château d’Azraq, forteresse construite par les Romains, est probablement mieux connu pour son lien avec Lawrence d’Arabie, qui y a posé ses valises près de 1 700 ans plus tard.

L’une des caractéristiques les plus frappantes d’Azraq est sa couleur légèrement plus foncée que les autres constructions historiques de la région. Les Romains ont utilisé du basalte noir d’origine locale pour édifier la structure en 200 après J.-C., ce qui lui donne une teinte bleu-noir.

L’emplacement, stratégique, a été choisi en raison d’une oasis à proximité, la seule source d’eau sur plus de 7 000 kilomètres carrés.

La forteresse est mentionnée dans l’autobiographie de T. E. Lawrence (MEE/Rayhan Uddin)
La forteresse est mentionnée dans l’autobiographie de T. E. Lawrence (MEE/Rayhan Uddin)

Dans sa forme actuelle, le château est le résultat d’une reconstruction ordonnée par l’émir ayyoubide Izz ad-Din Aybak en 1237. Il comprend une énorme porte faite d’une seule dalle de basalte, dont les charnières sont graissées à l’huile de palmier pour en faciliter l’usage.

La porte a été mentionnée par T. E. Lawrence, le diplomate britannique plus connu sous le nom de Lawrence d’Arabie, qui évoque affectueusement Azraq dans son autobiographie, Les Sept Piliers de la sagesse.

À l’hiver 1918, lors de la révolte arabe contre l’Empire ottoman, Lawrence fait du fort son quartier général, qu’il partage avec Hussein ben Ali, futur roi du Hijaz.

« La chambre de Lawrence », qui surplombe la loge d’entrée avec ses meurtrières défensives, est devenue l’une des plus grandes attractions touristiques du château.

Karak

Karak est l’un des plus grands châteaux construits par les croisés au Levant et constitue aujourd’hui une attraction touristique majeure dans le pays.

Il a été construit en 1142 et est rapidement devenu le centre de contrôle militaire et administratif le plus important de la région connue alors sous le nom de Transjordanie.

Au début des années 1170, l’infâme Renaud de Châtillon prend le contrôle de Karak, d’où il harcèle les caravanes de fidèles musulmans se dirigeant vers La Mecque.

Le noble français tente même une attaque contre le site le plus sacré de l’islam lui-même, ce qui incite Saladin à assiéger le château. Après un long siège suivant la bataille de Hattin en 1187, les croisés abandonnent le château, qui depuis n’a plus quitté les mains des musulmans.

Cellules de prison construites lors de l’expansion mamelouke du château (MEE/Rayhan Uddin)
Cellules de prison construites lors de l’expansion mamelouke du château (MEE/Rayhan Uddin)

S’il n’est pas considéré comme le plus beau des nombreux châteaux croisés du Moyen-Orient (cette distinction revient probablement au magnifique Krak des Chevaliers en Syrie), il est certainement l’un des plus imposants et des plus intimidants.

Le fort possède des labyrinthes de couloirs et de chambres parfaitement conservés, ainsi qu’une multitude de salles et de passages voûtés en pierre. C’est une halte idéale pour les touristes en route vers Aqaba ou Wadi Rum au sud, le long de la route du désert.

Amra

Un voyage en Jordanie serait incomplet sans une visite de Qusair Amra – le seul château du royaume à disposer du statut de site du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le château omeyyade a probablement été construit vers 743 par le calife Walid II, qui souhaitait disposer d’un lieu de villégiature pour les dirigeants de l’empire, loin de l’agitation de la capitale Damas. Le bâtiment se compose d’une salle de réception et d’un hammam (complexe de bains).

Si de l’extérieur, la structure n’attire peut-être pas beaucoup l’attention, la véritable merveille est représentée par les peintures murales à la fois spectaculaires et surprenantes qu’elle contient en son sein.

Influencé par l’art byzantin et païen, l’art islamique primitif représentait des formes humaines et animales (MEE/Rayhan Uddin)
Influencé par l’art byzantin et païen, l’art islamique primitif représentait des formes humaines et animales (MEE/Rayhan Uddin)

Sur de vastes fresques qui couvrent tous les murs et plafonds du complexe sont représentés d’anciens gouvernants, des scènes de chasse et même des femmes nues en train de danser. Les peintures sont influencées par l’art païen et byzantin, montrant peu de respect pour l’interdiction islamique de la représentation des animaux et des êtres humains.

L’UNESCO a souligné le caractère unique de ces peintures profanes des tout premiers stades de l’art islamique, qui s’est ensuite caractérisé par l’usage des arabesques, des motifs géométriques et de la calligraphie.

L’une des peintures murales les plus célèbres de Qusair Amra représente six rois – de Perse, Byzance, Espagne, Éthiopie, Chine et Asie centrale – vaincus par les Omeyyades. Une autre fresque, sur le plafond en forme de dôme de la salle du hammam, serait la plus ancienne représentation encore existante du paradis sur une surface hémisphérique.

Pour de nombreuses personnes qui visitent la Jordanie, ce site est le point culminant de la « boucle des châteaux du désert », un voyage dans le désert oriental qui inclut les visites d’Amra, Azraq et des forteresses omeyyades de Qasr al-Hallabat et Qasr Kharana.

Mshatta

Qasr Mshatta est le plus grand palais omeyyade de Jordanie, situé près de l’aéroport international Queen Alia d’Amman.

Comme Amra, cette résidence d’hiver est également susceptible d’avoir été construite par Walid II, bien qu’elle soit considérée comme incomplète en raison de l’assassinat dont a été victime ce dernier en 744.

Malgré son nom, il ne s’agissait pas en fait d’un château mais plutôt d’un grand palais bâti pour offrir un cadre prestigieux au calife lorsqu’il tenait audience et organisait des réunions avec les chefs tribaux.

En son sein se trouve une petite mosquée dont le mihrab est encore visible aujourd’hui, faisant face à la Mecque.

Qasr Mshatta n’a pas été achevé en raison du meurtre de son commanditaire, le calife Walid II (MEE/Rayhan Uddin)
Qasr Mshatta n’a pas été achevé en raison du meurtre de son commanditaire, le calife Walid II (MEE/Rayhan Uddin)

Malheureusement pour les touristes, la caractéristique la plus impressionnante du site – la façade – a en grande partie quitté son lieu d’origine.

De renommée internationale, la façade de Mshatta est l’un des premiers exemples d’art et d’architecture islamiques. Elle se compose de motifs en zigzag entourés de surfaces sculptées représentant des vignes, des animaux et des humains entrelacés.

On y perçoit l’influence des animaux mythiques persans et sassanides et de l’iconographie copte. La façade est considérée comme un exemple important de la synthèse des thèmes orientaux et occidentaux dans l’art islamique.

Si une partie est encore sur place, l’élément le plus décoratif de la façade de Mshatta a été offert à l’empereur allemand Guillaume II en 1903 par le sultan ottoman Abdülhamid II en remerciement pour la construction du chemin de fer du Hijaz. Il est maintenant installé de façon permanente au musée de Pergame à Berlin.

Traduit de l’anglais (original).