Kadhafi aurait bien financé la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007

Kadhafi aurait bien financé la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007

#France

Quatre ans après des premières révélations sur le financement de la campagne de l'ex-président français par le dirigeant libyen en 2007, Médiapart affirme qu’un carnet consignant les millions d’euros versés est entre les mains de la justice

Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi à Paris en décembre 2007, sous la tente bédouine que le dirigeant libyen avait installée dans la résidence officielle de l’hôtel Marigny (AFP)
28 septembre 2016
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Tuesday 15 November 2016 15:35 UTC
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15 novembre 2016

Un carnet de l’ancien ministre libyen du Pétrole, Choukri Ghanem, retrouvé noyé dans le Danube en avril 2012, consignant les millions d'euros présumés versés par la Libye à l'ex-président français Nicolas Sarkozy, se trouve actuellement entre les mains de la justice, a indiqué mardi le journal électronique Médiapart.          

Dans ce carnet, que la justice a obtenu d'un ancien dignitaire libyen, l’ancien ministre libyen a donné les détails d'une série de trois versements, en avril 2007, d’au moins 6,5 millions d'euros, destinés à la campagne présidentielle de l’ancien chef de l’État français, ce qui pourrait bien, a estimé le journal, devenir « le pire cauchemar de Nicolas Sarkozy ».          

La justice française enquête depuis trois ans sur des soupçons d’un financement libyen massif de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Un financement publiquement confirmé par le colonel Kadhafi, peu avant son exécution.

Son fils, Saïf al-Islam, avait aussi, dans une interview accordée à Euronews en 2011, demandé à Nicolas Sarkozy, ce « clown », de « rendre l'argent qu'il a accepté de la Libye pour financer sa campagne ».

Selon Médiapart, cette affaire vaut déjà une mise en examen pour « blanchiment de fraude fiscale », « faux et usage de faux » au plus proche collaborateur de Sarkozy de cette époque, Claude Guéant, mis en cause pour avoir reçu 500 000 euros d’un des gestionnaires des comptes offshore de l’État libyen.          

6,5 millions d'euros

À la date du 29 avril 2007, poursuit le journal électronique, soit une semaine pile après le premier tour de l’élection présidentielle française, Choukri Ghanem rédige en arabe dans son carnet le compte-rendu d’une réunion qu’il a tenue avec un autre dirigeant libyen, Bachir Saleh, le « très influent » (et francophone) directeur de cabinet de Kadhafi et patron de l’un des fonds souverains du pays, le Libyan Africa Portfolio (LAP), en présence de Baghdadi Mahmoudi, Premier ministre libyen alors en exercice.

Au cours de cette réunion, Saleh dit avoir transféré 1,5 million d’euros à Nicolas Sarkozy, selon le carnet de Ghanem. D’autres noms de dignitaires du régime sont également évoqués, ainsi que des montants supplémentaires : 3 millions envoyés par Saïf al-Islam Kadhafi et 2 millions par Abdallah Senoussi, chef des services secrets intérieurs libyens et beau-frère de Kadhafi. « Soit un total de 6,5 millions d’euros qui auraient été versés, selon les écrits de Choukri Ghanem, en pleine campagne électorale au clan Sarkozy », conclut Médiapart qui indique, selon ses informations, une « impatience » des destinataires quant à la réception physique des fonds.          

Le fameux carnet était resté à la disposition de la justice norvégienne, après la mort de Choukri Ghanem, qui a été transmis par la procureure Marianne Djupesland à la justice française, d'après Médiapart.

En 2012, le site avait dévoilé un document selon lequel un « accord de principe » avait été conclu entre des proches de Nicolas Sarkozy (dont l’homme d’affaires Ziad Takieddine) et ceux de Kadhafi, sur la somme de 50 millions d’euros.

Nicolas Sarkozy, qui avait contesté l’authenticité du document, avait porté plainte pour faux contre Médiapart. La justice avait rendu un non-lieu dont il a ensuite fait appel. L’existence de ce carnet relance donc le dossier et s’ajoute aux affaires qui empoisonnent la campagne de l’ancien président français : l’affaire Bygmalion (il doit être jugé pour le financement illégal de sa campagne en 2012) et celle des écoutes (il est mis en examen pour corruption et trafic d’influence).