La couverture de Vogue Arabia fait scandale sur les réseaux sociaux

La couverture de Vogue Arabia fait scandale sur les réseaux sociaux

#Médias

Le magazine met à l'honneur la princesse Hayfa bint Abdallah al-Saoud au volant d’une voiture, alors que Riyad a incarcéré les militants qui ont fait campagne pour que l'interdiction de conduire pour les femmes soit levée

La couverture de Vogue Arabia avec en couverture la princesse saoudienne Hayfa bint Abdallah al-Saoud, la fille de l’ancien roi Abdallah (capture d'écran)
Nadine Dahan's picture
31 mai 2018
Last update: 
Thursday 31 May 2018 18:44 UTC
Last Update French: 
31 mai 2018

Le magazine Vogue Arabia a révélé mercredi la couverture de son numéro de juin mettant en scène une princesse saoudienne au volant d'une décapotable rouge, déclenchant des réactions indignées sur les réseaux sociaux.

La couverture du magazine présente la princesse saoudienne Hayfa bint Abdallah al-Saoud, la fille de l’ancien roi Abdallah, en voiture dans le désert, accompagnée des mots « une célébration des femmes pionnières d’Arabie saoudite ».

« Dans notre pays, certains conservateurs ont peur du changement. Personnellement, je soutiens ces changements avec beaucoup d'enthousiasme », a affirmé la princesse au magazine.

Le numéro de Vogue Arabia fait également le portrait de deux autres « sources d'inspiration » saoudiennes, dont la militante pour les droits de la femme Manal al-Sharif et Saja Kamal, une footballeuse travaillant pour mettre sur pied la première équipe féminine du royaume.

Traduction : « #VogueArabia conduit vers le futur avec l’#ArabieSaoudite. Restez à l’écoute pour en savoir plus bientôt sur notre numéro du mois de juin… »

Sur les réseaux sociaux, les internautes ont rapidement relevé que si le magazine célébrait la levée de l'interdiction de conduire pour les femmes, il oubliait de mentionner les militants saoudiens pour les droits des femmes qui ont d'abord défendu la levée de l'interdiction, dont plusieurs ont été arrêtés au mois de mai.

De nombreux commentateurs se sont également dits surpris qu'un membre de la famille régnante saoudienne soit soutenue par le magazine alors que de nombreux activistes qui militent depuis des années pour les droits des femmes ont été incarcérés.

Traduction : « Dites-moi que c’est une blague. Une princesse en couverture du Vogue Arabia du mois prochain pendant que @azizayousef@Saudiwoman@LoujainHathloulet d’autres militantes qui ont travaillé sans relâche pour la levée de l’interdiction de conduire croupissent en prison »

Traduction : « Savez-vous que les femmes qui ont réclamé le droit de conduire sont en prison pour trahison d’État… Merci de modifier ce numéro du magazine parce qu’il viole les droits des militantes » 

Traduction : « Quelle couverture honteuse et insensible ! Savez-vous que le Royaume d’Arabie saoudite a, la semaine dernière, mis des militantes des droits de l’homme en prison ? Alors son Altesse Royale la princesse peut conduire une voiture, pas de problème, tout est si cool au royaume, laissons @LoujainHathloul et ses amies brûler en enfer !Honte à vous, Vogue Arabia et M. Arnaut ! » 

Au moins onze militants des droits des femmes ont, dont sept femmes, été arrêtés ces derniers jours.

Human Rights Watch (HRW) a exprimé son inquiétude mercredi sur les « vagues accusations » à leur encontre, ajoutant que de nombreux activistes avaient disparu du milieu militant suite aux arrestations.

« Le gouvernement saoudien semble tellement habitué à faire taire la dissidence que même les activistes qui sont restés silencieux par crainte de représailles sont de nouveau ciblés », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice du Moyen-Orient pour Human Rights Watch.

« Les autorités saoudiennes devraient être préoccupées par le fait que le froid créé par cette nouvelle vague de répression conduira les alliés du pays à s'interroger sur la sincérité de l'Arabie saoudite dans son changement d’approche vis-à-vis des droits des femmes. »

Un militant saoudien, qui ne souhaitait pas être nommé pour sa sécurité, a déclaré à Middle East Eye : « Ce que nous voyons, c'est qu'il n'y a aucune tolérance quel que soit le type d’activisme. »

« Il vise à envoyer un message clair : personne n'est censé parler des affaires publiques, personne d’autre que l'État n'est censé participer à un engagement dans la société. »

Traduction : « Elle ne mérite pas d’être en couverture. Sa « famille royale » arriérée est la raison pour laquelle les femmes en Arabie saoudite ne bénéficient pas de ce droit depuis le début. Les véritables héros et héroïnes sont derrière les barreaux ! »

Un internaute a détourné la couverture en remplaçant le visage de la princesse par ceux de Loujain al-Hathloul et Aziza al-Yousef.

Traduction : « Salut Vogue Arabia, je l’ai corrigée pour vous ! »

Selon Human Rights Watch, Loujain al-Hathloul, qui a été arrêtée au moins deux fois auparavant (dont 73 jours en 2014 après avoir tenté de traverser en voiture la frontière entre les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite) pour avoir défié l'interdiction de conduire des femmes, est détenue au secret. 

Aziza al-Yousef est une professeure retraitée et jouait un rôle de premier plan pour le droit des femmes à conduire et mettre fin au système de tutelle masculine dans le pays.

Mardi, le gouvernement saoudien a approuvé une mesure criminalisant le harcèlement sexuel. Une mesure qui a été saluée par certains comme un autre exemple de réforme sociale positive menée par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

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Cependant, les groupes de défense des droits de l'homme ont remis en question le programme de réforme de MBS après ces arrestations.

En septembre, l’Arabie saoudite avait annoncé que les femmes seraient autorisées à conduire puis avait fixé au 24 juin la levée de l'interdiction. Les Saoudiennes restent cependant encore soumises à de nombreuses restrictions, essentiellement à un système de tutelle masculine, puisqu'elles ont ainsi besoin de l'accord d'un homme membre de leur famille pour voyager, étudier ou exercer certains métiers.

« Les autorités saoudiennes ne peuvent pas continuer à déclarer publiquement qu'elles sont en faveur de réformes, et en même temps traiter les activistes pour les droits des femmes de cette façon cruelle », a déclaré Samah Hadid, directrice des campagnes d’Amnesty International pour le Moyen-Orient.

 

Traduit de l'anglais (original) et augmenté.