Aller au contenu principal

Le président du parlement britannique n’enquêtera pas sur le scandale de l’influence israélienne

John Bercow réagit au scandale de l’ambassade d’Israël en affirmant : « Je ne pense pas qu’il soit utile de discuter davantage »
John Bercow, le président de la Chambre des communes britannique (AFP)
Par MEE

Le président de la Chambre des communes du Royaume-Uni a réagi au scandale actuel sur l'influence présumée d’Israël sur les hauts échelons de la politique britannique, affirmant qu’il n’est actuellement pas question d’enquêter.

Le scandale a éclaté ce week-end quand des enregistrements divulgués ont révélé une employée du gouvernement britannique et un employé de l’ambassade israélienne supposément en train de comploter pour « faire partir » des membres de haut rang du gouvernement britannique, notamment le vice-ministre des Affaires étrangères Alan Duncan.

Le député conservateur Sir Hugo Swire, qui préside également le Conservative Middle East Council, a soulevé lundi soir une motion d’ordre à la Chambre des communes, malgré le fait que le ministère des Affaires étrangères a déclaré dimanche qu’il considérait le sujet « clos ».

« Beaucoup seront alarmés par les récentes informations de tentatives d’un gouvernement étranger de "faire partir" des membres de cette Chambre, notamment un ministre », a déclaré Swire, s’adressant à John Bercow, le président de Chambre des communes.

« Compte tenu des implications très graves, a continué Swire, quelles mesures allez-vous prendre pour enquêter, notamment parce qu’une des parties aux discussions… a été ou est au moins partiellement une employée rémunérée de cette Chambre ? »

Swire se référait à Maria Strizzolo, qui jusqu’à dimanche était une employée du ministère de l’Éducation et avait précédemment travaillé comme assistante auprès de Robert Halfon, alors vice-président du Parti conservateur.

Strizzolo a démissionné dimanche, quelques heures après que ce scandale a été révélé par un certain nombre de publications, dont Middle East Eye.

En réponse à la motion d’ordre de Swire, le président John Bercow a insisté sur le fait que Strizzolo n’était pas une « employée rémunérée » de la Chambre des communes au moment des faits présumés.

Cependant, Bercow a admis que Strizzolo avait démissionné d’un emploi à temps plein et d’un emploi à temps partiel à la suite du scandale, reconnaissant que ce dernier l’avait « conduite à travailler avec un membre de la Chambre ».

Bercow n’a pas précisé avec quel député Strizzolo travaillait au moment de sa démission.

« Le laissez-passer qui lui avait été accordé a été rendu », a indiqué Bercow aux députés.

« Je ne pense pas qu’il soit utile de s’attarder sur le sujet maintenant », a-t-il déclaré.

« À ce stade… je n’ai connaissance d’aucune chose constituant une question pour le président », a-t-il ajouté, se référant à sa fonction.

« S’il s’avère que quelque chose s’est passé, et relève de la présidence, j’examinerais bien sûr les mesures à prendre. »

Bercow n’a pas répondu aux préoccupations plus larges liées au fait que des diplomates de l’ambassade d’Israël ont pu exercer une influence indue sur la Chambre des communes, ni aux allégations selon lesquelles Strizzolo a persuadé Halfon de poser des questions au parlement concernant Israël.

Shai Masot et Maria Strizzolo

Dans les enregistrements réalisés par un journaliste infiltré d’Al Jazeera, on entend Strizzolo se vanter d’avoir « préparé » des questions liées à Israël que les députés pourraient poser lors de la session de questions au Premier ministre.

L’ambassadeur israélien au Royaume-Uni, Mark Regev, s’est excusé auprès de Duncan, affirmant que les commentaires de l’employé de l’ambassade étaient « totalement inacceptables ».

Un porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères a déclaré dimanche : « L’ambassadeur israélien s’est excusé et a déclaré clairement que ces commentaires ne reflètent pas les opinions de l’ambassade ou du gouvernement d’Israël. »

« Le Royaume-Uni entretient de fortes relations avec Israël et nous considérons que l’affaire est close. »

Pendant ce temps, les diplomates israéliens ont envoyé un câble au ministère des Affaires étrangères affirmant que le ministère israélien des Affaires stratégiques ne sait pas ce qu’il fait, en particulier en ce qui concerne les organisations juives britanniques. Le câble a été dévoilé par un article de The Guardian lundi, mais le câble a été envoyé au ministère des Affaires étrangères des mois avant que Masot ne soit filmé par l’unité d’investigation d’Al Jazeera.

« Le ministère des Affaires stratégiques doit comprendre qu’“opérer” des organisations directement de Jérusalem par courrier électronique et par téléphone n’est pas bon pour elles », indiquait-il.

« Il semblerait que le ministère des Affaires stratégiques ne comprenne pas la législation locale en ce qui concerne les activités des organisations caritatives », poursuivait-il.

Le câble est arrivé à un moment où le Premier ministre Benjamin Netanyahou a réduit les ressources du ministère des Affaires étrangères tout en accroissant le financement des Affaires stratégiques pour combattre le mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS), selon un article de The Guardian.

« Des tentatives d’agir derrière notre dos se sont déjà produites et se reproduiront, mais “opérer” des organisations juives directement depuis Jérusalem, sans coordination et sans consultation, est susceptible d’être dangereux », précisait le câble.

« Opérer ainsi pourrait rencontrer l’opposition des organisations elles-mêmes, étant donné leur statut légal : la Grande-Bretagne n’est pas les États-Unis ! »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Middle East Eye propose une couverture et une analyse indépendantes et incomparables du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et d’autres régions du monde. Pour en savoir plus sur la reprise de ce contenu et les frais qui s’appliquent, veuillez remplir ce formulaire [en anglais]. Pour en savoir plus sur MEE, cliquez ici [en anglais].