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Le retour d’Hadi au pouvoir est hors de question, selon un négociateur houthi

Alors que les Houthis perdent du terrain dans le sud, MEE aborde la question d’un cessez-le-feu avec un des principaux négociateurs
À Sanaa, où une voiture piégée a explosé la semaine dernière, les habitants craignent qu’en cas de conflit armé dans la ville, la situation dégénère encore plus, se transformant en une mini-guerre civile (AFP)

SANAA – Les Houthis, groupe autrefois marginalisé du nord du Yémen, ont stupéfié les observateurs l’an dernier en prenant tout d’abord le contrôle de la capitale, puis en progressant vers le sud, à Aden, et en prenant effectivement le contrôle du pays.

Aujourd’hui, après six mois de frappes aériennes contre eux menées par les Saoudiens ainsi que de violents combats, le vent semble avoir tourné et les Houthis ont vu leur influence diminuer ces dernières semaines.

Grâce à la puissante campagne aérienne des forces de la coalition menée par l’Arabie saoudite, les sudistes, les membres des tribus et les unités armées récemment formées ont repoussé les Houthis et leurs forces alliées des villes d’Aden, de Dhale, de Lahj et de Shabwa. Samedi, les forces loyales au gouvernement en exil ont repris une cinquième province méridionale et ont juré de poursuivre leur avancée.

Face à la perspective de nouvelles défaites, la semaine dernière les Houthis ont intensifié leurs efforts en vue de négocier un cessez-le feu.

Hamza al-Houthi, un haut politicien houthi et négociateur, a déclaré à Middle East Eye que les Houthis cherchaient à mettre en œuvre la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies 2216, adoptée en avril, qui stipule le retrait des groupes armés des villes envahies.

Cependant, tout en signalant sa volonté de conclure un accord, il a également souligné que le groupe n’accepterait pas une mission internationale de maintien de la paix pour surveiller le cessez-le-feu, optant à la place pour une « force locale impartiale ».

Les dernières séries de négociations ont commencé il y a deux semaines quand les négociateurs des Houthis et de l’ancien parti au pouvoir, le Congrès général du peuple, sont arrivés dans la capitale omanaise, Mascate. Ils y ont rencontré l’envoyé des Nations unies au Yémen, Ismail Ould Cheikh Ahmed, qui a présenté une initiative en sept points offrant une opportunité de résoudre le conflit dévastateur au Yémen.

Selon Hamza al-Houthi, membre éminent du bureau politique du groupe, les questions clés pour parvenir à un cessez-le feu ont été abordées, les discussions étant centrées sur la formation d’une nouvelle « autorité dirigeante de transition ».

« Les négociations concernent le cessez-le-feu et la façon de le rendre durable », a-t-il déclaré à Middle East Eye la semaine dernière. « Une deuxième étape amènera toutes les factions politiques à la table des négociations pour relancer le processus politique et s’accorder sur une nouvelle période de transition, toutes les factions sans exception. »

Une année de divisions

Les tensions ont éclaté au Yémen en septembre dernier, lorsque les milices houthies ont pris la capitale avec l’aide de tribus alliées et l’aide présumée du président déchu Ali Abdallah Saleh. L’ONU a été en mesure de négocier un accord connu sous le nom d’« accord pour la paix et un partenariat national » stipulant la formation d’un nouveau gouvernement d’unité nationale et l’extension de la part du pouvoir revenant aux Houthis, en échange du retrait de ces derniers de la capitale et des villes envahies.

Au lieu de cela, les Houthis ont commencé à étendre leur présence. En janvier, la situation a dégénéré lorsque le président reconnu par la communauté internationale, Abd Rabbo Mansour Hadi, a cherché à imposer une fédération de six régions à laquelle s’opposent les Houthis. Des affrontements ont éclaté dans la capitale et les Houthis ont consolidé leur emprise en assignant à résidence Hadi, le Premier ministre Khaled Bahah et les principaux ministres, les incitant à présenter leur démission.

Hadi a pu s’échapper et fuir vers le sud, à Aden, où il a annulé sa démission et a proclamé Aden comme capitale temporaire. Après des attentats suicides meurtriers à Sanaa, les Houthis ont appelé à la mobilisation générale et ont avancé vers Aden, incitant Hadi à fuir à Riyad. Les Houthis ont ensuite réussi à s’emparer rapidement d’une grande partie du sud du Yémen.

Depuis le 26 mars, lorsque la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a commencé sa campagne aérienne pour repousser la progression houthie, le pays le plus pauvre du monde arabe a vu déferler les raids aériens et les combats au sol. Le conflit a profondément déchiré la nation et l’a laissée divisée sur des questions tribales, politiques, régionales et sectaires.

Les groupes de secours internationaux ont déclaré que la violence a jusqu’ici coûté la vie à près de 4 000 civils et en a blessé 19 000. 1,3 million de Yéménites ont été contraints de fuir leurs foyers, et un total de 21 millions de personnes ont besoin d’une aide d’urgence et vitale, selon les Nations unies. Les organisations des droits de l’homme accusent les deux côtés d’abus généralisés.

Les Saoudiens estiment que les Houthis sont la marionnette de l’Iran qui, affirment-ils, cherche à étendre l’influence chiite aux portes de l’Arabie saoudite. Les Houthis le nient et l’importance du soutien apporté par l’Iran a été vivement contestée. Les deux parties se sont mutuellement accusées d’abriter des terroristes et des extrémistes et la méfiance est profonde.

Beaucoup, dans le nord du Yémen, la région qui a le plus souffert de la campagne aérienne menée par l’Arabie saoudite, perçoivent cette dernière comme un ennemi historique du pays qui financerait les commandants tribaux, politiques et militaires pour garder une forte emprise sur le pouvoir. Les partisans houthis soutiennent que la coalition utilise les Houthis comme prétexte pour non seulement paralyser le mouvement houthi, mais aussi pour démolir les infrastructures du pays.

La situation est très différente dans le sud, où les populations ont largement tendance à soutenir la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, mais pas nécessairement Hadi.

Les « lignes rouges » des Houthis

La campagne menée par l’Arabie saoudite a contraint de nombreux dirigeants houthis à se cacher soit dans les villes du nord comme Saada soit dans la capitale.

À Sanaa, les Houthis ont fait du quartier al-Jaraf, au nord, leur fief. Avec les attaques aériennes incessantes, les dirigeants houthis se sont réunis dans les hôpitaux et les bâtiments résidentiels pour tenter d’éviter le pire des frappes de la coalition.

La région a également été frappée par des attentats-suicides et les mesures de sécurité y sont strictes. Des points de contrôle armés y sont disséminés et des miliciens houthis vérifient rigoureusement les identités.

Hamza al-Houthi a expliqué que les Houthis avaient certaines limites sur lesquelles aucun compromis ne sera possible.

« Hadi est de l’histoire ancienne. Il est hors-jeu », a-t-il déclaré à Middle East Eye. « Hadi n’a pas sa place dans l’avenir du Yémen... après avoir provoqué l’agression [de l’Arabie saoudite] et déclenché toutes ses effusions de sang. »

Il a confié qu’Hadi et les Saoudiens faisaient pression afin de ne pas reprendre les négociations au point où elles en étaient restées, en référence à « l’accord pour la paix et un partenariat national ». Il a affirmé que le gouvernement tentait de s’en prendre à l’accord de paix.

« Nous avions une direction et une mission », a déclaré al-Houthi, ajoutant : « Nous avions un accord... nous n’acceptons et n’accepterons pas de prendre une autre direction. »

Il a également évoqué les « conditions » imposées par les Saoudiens à travers leurs « pions », se référant au parti islamiste Islah. Il a refusé cependant de citer ces conditions lorsqu’on le lui a demandé.

Divisions sur la direction du pays et le contrôle de Sanaa

Les initiés disent que les factions politiques sont maintenant parvenues à un consensus sur la formation d’un conseil présidentiel, l’élargissement de la composition du parlement et la création d’un gouvernement d’unité nationale. Ce qui reste à déterminer est l’identité de celui qui prendra la tête du conseil présidentiel.

Ils disent que les membres de la coalition sont divisés sur la personne qui dirigera le pays lors de la période de transition à venir. Les Saoudiens insistent sur le retour d’Hadi tandis que les Émiratis font pression pour la restauration d’Ali Ahmed, le fils du président déchu et ancien commandant de la Garde républicaine.

Hamza al-Houthi a également déclaré que son groupe avait d’autres « limites » et n’accepterait aucun accord qui pourrait porter atteinte à « la souveraineté du pays et à la dignité du peuple yéménite ou qui laisserait le pays occupé par une force étrangère. Il a refusé d’en dire davantage.

Cependant, alors que son groupe espérait « que les efforts de l’envoyé mènent à des solutions », il a souligné que les Houthis « attendaient peu des négociations ».

L’envoyé de l’ONU, Ismail Ould Cheikh Ahmed, est maintenant à Riyad, où il présente au gouvernement internationalement reconnu d’Abd Rabbo Mansour Hadi la proposition houthie ainsi que leurs objections à des questions telles que la présence de Casques bleus.

Le contrôle de la capitale sera une pierre d’achoppement majeure dans les négociations. Sanaa compte 1,7 million d’habitants et a été l’une des villes les plus durement touchées par les frappes aériennes menées par l’Arabie saoudite. Pendant des mois, les habitants ont vécu dans une situation précaire sur le plan économique et financier et ont souffert de graves pénuries de carburant et d’eau, de pannes de courant et de la flambée des prix des denrées de base, en parallèle à l’essor du marché noir.

Les habitants craignent qu’en cas de conflit armé dans la ville, la situation dégénère encore plus, se transformant en une mini-guerre civile.
 

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.

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