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Législatives françaises : une fronde contre Leila Aïchi s'organise depuis le Maroc

La sénatrice française d’origine algérienne, investie par La République en marche pour les législatives de juin, est désavouée par plusieurs comités en Afrique où elle est censée faire campagne, pour ses positions en faveur du Sahara Occidental
À 47 ans, Leila Aïchi est une des plus jeunes membres du Sénat français (EELV)

RABAT et ALGER - C’est à une occasion pour le moins inattendue que le dossier du Sahara occidental s’invite dans l’actualité par une nouvelle polémique.

À l'origine de cette controverse : l'investiture de la sénatrice française d'origine algérienne, Leila Aïchi, par le nouveau mouvement d’Emmanuel Macron, La République en marche (REM), candidate de la neuvième circonscription des Français de l’étranger aux élections législatives qui se tiendront les 11 et 18 juin. Cette circonscription, une des plus importantes pour l'étranger, comprend seize pays d’Afrique dont ceux d’Afrique du Nord.

Sénatrice de Paris depuis 2011 – elle est d’ailleurs une des plus jeunes membres de l’assemblée – Leila Aïchi s'était exprimée en 2013 lors d'un colloque en faveur de l'indépendance du Sahara occidental, réclamée par le Front Polisario, et s'était alarmée de la situation des droits humains dans la région. Elle était alors membre du groupe Europe Écologie Les Verts, parti qu'elle a quitté en 2009 pour rejoindre le Modem de François Bayrou.

Il n’en fallait pas plus pour allumer la polémique dans les milieux marocains.

Le comité REM Maroc a diffusé samedi 13 mai un communiqué pour annoncer leur décision « de ne pas faire campagne pour la candidate désignée ».

Selon l’hebdomadaire marocain Tel Quel, les comités du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et de la Tunisie auraient eux aussi suspendu leur campagne en faveur de la candidate jugée « pro-Polisario ».

« Depuis vendredi, j’étais en discussion avec ces comités pour leur expliquer la situation. Depuis huit mois, la synergie entre nos comités est réelle. Ils ont compris notre position et suspendent également leur campagne », a déclaré au magazine Hamza Hraoui, référent national REM au Maroc. 

L’association d’élus français « pour l’amitié entre la France et le Maroc », le Cercle Eugène Delacroix, a lui aussi publié un communiqué pour appeler « à la désignation d’un nouveau candidat n’ayant pas à son actif une campagne honteuse de calomnie à l’égard du peuple marocain et de son histoire ».  

Samira Sitail, la directrice de l’information de la chaîne marocaine 2M, s’est aussi publiquement exprimée contre cette candidature.

À Alger, cette investiture est aussi « source d’incompréhension », mais pour d’autres raisons. « Ici, on sait qu’elle est Française d’origine algérienne et pro-Polisario donc ce n’est pas un problème », explique un militant de la REM à Middle East Eye. « Non, le souci, c’est plutôt que personne ne la connaît et qu’elle a clairement été parachuté après l’entente avec le Modem. On ne l’a pas vue arriver et elle ne connaît rien aux problématiques des Français expatriés. » 

Un Franco-Algérien à Alger s’interroge aussi : « On ne sait même pas si elle va venir en Algérie avant le premier tour des législatives. Ce n’est pas très habile de l’avoir choisie en sachant qu’elle s’était exprimée sur un sujet aussi sensible, même si au final, ce sont des Français qui votent… »

Avocate au barreau de Paris, Leila Aïchi, 47 ans, est aussi vice-présidente de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées. Elle a publié en 2014 « Le livre vert de la défense ».  

« Ce n’est pas parce qu’on critique des positions d’un État qu’on est contre cet État ou contre son peuple », s’était-elle défendue après le colloque de 2013.

Mardi 16 mai, la candidate a publié un communiqué sur son compte Twitter pour affirmer qu'elle n'a « jamais eu de paroles déplacées à l'encontre du Maroc, de son peuple et de la personne du roi ».

« Élue de la République, je n'ai aucune relation d'assujetissement envers une puissance ou des intérêts étrangers », précise-t-elle. « Je me félicite du retour du Maroc au sein de l'Union africaine et de l'action de la France pour renforcer le partenriat d'exception avec le Maroc. Sur la question du Sahara occidental, je soutiens fermement la recherche d'une solution juste, durable et mutuellement agréée, sous l'égide des Nations unies. » Et de conclure : « Cette polémique est stérile et nuisible aux intérêts de la France et aussi hélas à ceux de nos concitoyens vivant dans le Royaume. »