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L’entraînement des enfants par les militants de l’EI révélé dans un livre français

Une vidéo dans laquelle 25 adolescents exécutent des prisonniers à Palmyre est un exemple de l’entraînement qu’ils reçoivent et du nouveau genre de propagande diffusé par l’EI
Patrick Desbois a récolté les témoignages d’enfants pour son livre La Fabrique des terroristes (AFP)
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Par Pauline TALAGRAND et Nathalie ALONSO

Le groupe État islamique (EI) est peut-être au bord de son effondrement mais les militants créent une nouvelle génération entière de terroristes potentiels, selon un live écrit par un prêtre catholique français qui décrit la vie quotidienne de trois enfants.

Les enfants yézidis enrôlés de force dans les camps d’entraînement de l’EI passent leur temps à étudier le Coran et à apprendre à tirer avec des armes automatiques ; ils possèdent même des ceintures à explosifs faites sur mesure.

« Les camps d'entraînement de Daech sont des machines à broyer les enfants, jusqu'à ce qu'ils oublient d'où ils viennent » et « se sentent proches des bourreaux, prêts à combattre pour eux à la vie à la mort », affirme le prêtre catholique français Patrick Desbois, qui a recueilli le témoignage d'enfants yézidis enrôlés de force par l'EI.

Dans son livre La Fabrique des terroristes, il décrit le quotidien ultraviolent de Jotiar, Schvan et Diar, âgés de 9, 14 et 15 ans.

« Ils doivent se lever très tôt, suivent l'enseignement coranique puis sont formés à résister aux coups et par spécialisation », raconte-t-il à l'AFP.

Ils ont appris à tirer à la kalachnikov, à tirer comme des snipers, à poser des bombes et à devenir des kamikazes.

Les petits combattants « ont tous une ceinture d'explosifs adaptée à leur taille, une kalachnikov et des grenades », selon lui.

« On ne sentait rien. On sentait qu'on était Daech", a expliqué Diar au prêtre.

Entraînement militant

Certains enfants ont assisté, ou pire encore, participé aux exécutions.

À l’école, même les matières de bases ont un aspect militant.

« En cours de mathématiques, ils apprenaient à additionner des balles ou des roquettes », témoigne Salem Abdel Mohsen, un père de famille irakien du village de Jaraf, au sud de Mossoul, qui n’a pas envoyé ses enfants à l’école sous l’EI.

Toutefois, c’est le retour en Europe d’une mini-armée d’enfants radicalisés et désensibilisés qui préoccupe peut-être le plus les services de sécurité.

Alors que l'EI recule sur le terrain en Irak et en Syrie, le retour des militants doit être « la principale préoccupation » en matière de sécurité des « cinq, dix prochaines années », martelait début novembre le Premier ministre français Manuel Valls. 

« On a déjà des personnes qui prennent contact avec les ambassades pour pouvoir revenir, essentiellement des femmes et des enfants », a confié à l'AFP le procureur fédéral de Belgique, Frédéric Van Leeuw, en insistant sur le besoin de dispositifs adéquats pour le retour de mineurs « éduqués à la violence ».

Beaucoup de ces enfants sont nés sur le territoire de l’EI.

Pour le think tank britannique de lutte contre le terrorisme Quilliam, l’EI prépare une nouvelle génération de combattants qui sera « meilleure et plus mortelle » que ses aînés, car « au lieu d’être convertis à des idéologies radicales, les enfants ont été « endoctrinés » à la naissance.

Selon Quilliam, il y aurait plus de 31 000 femmes enceintes sur le territoire tenu par l’EI.

« Désensibilisés à la violence »

Les services antiterroristes redoutent que ces enfants deviennent de « véritables bombes à retardement », selon les mots du procureur français François Molins.

« Depuis plusieurs mois, l'EI accentue ses efforts en faveur du recrutement d'enfants combattants en publiant sur internet des vidéos mettant en scène de très jeunes soldats combattants », estime François Molins dans une note récente. 

En montrant ses « lionceaux du califat », l'organisation militante veut montrer sa capacité « à accueillir et à former, aussi bien religieusement que militairement, la progéniture » de ses membres mais aussi « envoyer un message aux pays occidentaux » pour démontrer sa « pérennité ».

Emblématique de cette propagande, une vidéo de juillet 2015 dans le théâtre de Palmyre où 25 préadolescents exécutent des prisonniers.

Des centaines d'enfants élevés dans les camps d'entraînement, on connaît le petit frère d'un des coordinateurs des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et un autre garçon de 12 ans, neveu de Mohamed Merah, qui a assassiné sept personnes dans le sud-ouest de la France en 2012. Il ne trahit aucune émotion dans une vidéo le montrant en train d'exécuter un otage.

Comme le prévenait un rapport d’Europol en juillet, « la propagande de l‘EI suggère que les mineurs sont entraînés pour devenir la future génération de combattants », qui sont « désensibilisés et participent à la violence ».

Traduit de l’anglais (original).