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Les quatre grands chantiers qui attendent le Maroc en 2019

Après une année de protestations sociales, le roi Mohammed VI a décidé de relancer plusieurs chantiers importants dans le domaine économique et social
Le roi du Maroc, Mohammed VI, arrive pour l’inauguration de la nouvelle ligne à grande vitesse Tanger-Casablanca, présentée comme « la plus rapide d’Afrique », le 17 novembre 2018 (AFP)

CASABLANCA, Maroc – Relance du Plan Maroc vert, réactivation du conseil de la concurrence, reprise des discussions autour du modèle de développement, rétablissement du service militaire obligatoire… En 2019, l’État marocain espère réactiver des chantiers et des institutions restés trop longtemps à l’arrêt. 

Lancé il y a dix ans, le Plan Maroc vert, politique publique agricole, n’aurait pas profité aux petits paysans. Le conseil de la concurrence était, quant à lui, à l’arrêt depuis plusieurs années. Et l’État n’a formulé aucune proposition concrète concernant le modèle de développement. 

Les femmes manifestent à Jerada, le 20 janvier 2018, pour réclamer du travail et le développement de la région, après la mort de deux frères dans une mine désaffectée (AFP)

Une inertie que le peuple marocain dénonce depuis plusieurs mois. Il y a d’abord eu la révolte du hirak dans le Rif (nord), puis celle des habitants de Zagora (sud) qui ont manifesté contre les pénuries d’eau. La contestation s’est ensuite étendue à l’est du royaume après la mort de plusieurs mineurs dans la ville de Jerada.

En octobre, ce sont les banlieues de Casablanca qui ont laissé éclater leur colère lorsque l’État a détruit plusieurs bidonvilles. Il faut enfin inclure les milliers de Marocains qui ont participé au mouvement de boycott en avril dernier. 

Ce qui semble préoccuper le roi Mohammed VI, c’est surtout la jeunesse

Mais ce qui semble préoccuper Mohammed VI, c’est surtout la jeunesse. Une jeunesse plus connectée et plus au fait de ses droits que les générations précédentes. Pour la canaliser et apaiser ces mouvements de revendications sociales, le roi a choisi de rétablir le service militaire et d’investir davantage pour la jeunesse du monde rural.

1- Élaborer un nouveau modèle de développement 

Une commission pour le nouveau modèle de développement devrait être mise en place cette année, selon l’annonce faite par Mohammed VI lors de son discours devant le Parlement. 

L’idée ? Réunir les différents éléments issus de la réflexion sur un nouveau modèle de développement pour en présenter un avant-projet. Car de nombreux acteurs économiques et sociaux l’affirment : l’adoption d’un nouveau modèle de développement pour le Maroc devient urgente. 

Une révision n’aurait toutefois rien de nouveau. En 2017, lors de son discours devant le Parlement, le roi avait invité les institutions à « reconsidérer notre modèle de développement pour le mettre en phase avec les évolutions que connaît le pays ». 

Selon lui, l’actuel modèle est « inapte à satisfaire les demandes pressantes et les besoins croissants des citoyens, à réduire les disparités catégorielles et les écarts territoriaux et à réaliser la justice sociale ». Mais depuis,le gouvernement n’est pas parvenu à identifier ce qui ne fonctionne pas dans sa politique de développement économique et social. 

Certaines instances et acteurs du secteur ont pourtant élaboré des études et des enquêtes sur le sujet. La commission aura donc trois mois pour soumettre au roi un « projet de nouveau modèle de développement, en spécifiant les objectifs fixés, les leviers de changement proposés et les mécanismes de mise en œuvre retenus ». Selon les informations du magazine Tel Quel, les membres de la commission seront nommés par le Palais. 

2- Relancer le Plan Maroc vert

Dans cette idée de refonte du modèle de développement, Mohammed VI a également appelé à la création d’une « classe moyenne agricole » via un vaste chantier comprenant la mobilisation d’un million d’hectares pour les agriculteurs, la rationalisation et l’optimisation de l’exploitation agricole auprès des petits agriculteurs ou encore la formation des femmes et des jeunes agriculteurs. 

Lors d’une rencontre avec les professionnels du secteur à Marrakech, le ministre de l’Agriculture, Aziz Akhannouch, a donné les premières pistes de travail : identifier et de recenser les terres mobilisables etfaire le choix des cultures en fonction de la nature des terres en question et des besoins.

Plusieurs études montrent que ce plan a davantage profité aux grands exploitants qu’aux petits agriculteurs

Cette annonce sonne comme un aveu d’échec des politiques agricoles lancées il y a dix ans dans le cadre du Plan Maroc vert. Si les chiffres globaux semblent positifs, plusieurs études montrent que ce plan a davantage profité aux grands exploitants qu’aux petits agriculteurs.

Dans une étude sur le rendement du capital physique au Maroc publiée en 2016, le Haut-commissariat au plan (HCP) souligne la relation entre perte d’emplois et hausse de la productivité dans l’agriculture, et souligne que l’amélioration des rendements de la production agricole s’est faite au détriment de l’investissement et de l’emploi. 

Dans la loi de finance 2019, l’enveloppe budgétaire des projets du pilier II du Plan Maroc vert s’élèverait à 2,7 milliards de dirhams (245,7 millions d’euros).

3- Rétablir le service militaire obligatoire

Le texte de loi rétablissant le service militaire obligatoire, aboli en 2006, entrera en vigueur en 2019. Ce texte, qui a été débattu avant même d’être rendu public, avait créé une vive polémique lors de son annonce l’été dernier. 

En réinstaurant un service militaire de douze mois pour les Marocains de 19 à 25 ans, l’objectif affiché est d’améliorer l‘insertion dans la vie professionnelle et sociale. Le ministre délégué chargé de l’Administration de la Défense nationale, devant la commission de la justice, de la législation et des droits de l’homme, a expliqué le 18 décembre que 10 000 jeunes par an seront appelés sous les drapeaux dès septembre 2019.

Mais si une partie des partisans du rétablissement mettent en avant les principes de mixité sociale et de cohésion nationale, d’autres affirment que rétablir le service militaire risque d’exacerber un nationalisme étriqué.

Le jour même de l’annonce, un groupe d’internautes a créé la page Facebook « Le rassemblement marocain contre le service militaire obligatoire » qui compte à ce jour près de 20 000 membres. Pour ces derniers, la mission confiée au service militaire devrait plutôt revenir à l’école publique et à l’enseignement supérieur, qui nécessitent d’être réformer en priorité.

D’après le rapport relatif au débat annuel sur le budget de la Défense qui s’est tenu à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances, le rétablissement du service militaire obligatoire coûtera 500 millions de dirhams (soit 45,5 millions d’euros) en 2019. Ce budget comprend les frais de fonctionnement, les indemnités, les salaires ainsi que la création de centres de formation.

4- Réanimer le conseil de la concurrence

En nommant le 17 novembre Driss Guerraoui nouveau président du conseil de la concurrence, le roi a voulu réactiver une institution paralysée depuis cinq ans. 

Le mandat des membres du conseil étant arrivé à son terme en 2013, ce dernier n’avait plus la capacité d’être saisi (ou de s’autosaisir) sur les différents dossiers qui ont fait l’actualité ces derniers mois. Après des années d’inactivité, le conseil, chargé de lutter contre les pratiques anticoncurrentielles et d’étudier le fonctionnement des marchés, devra maintenant se prononcer sur plus de 40 dossiers déjà instruits, comme le plafonnement des marges des distributeurs d’hydrocarbures ainsi que des décisions concernant les secteurs de l’e-commerce, du lait ou encore les marchés publics.

L’absence de cette institution avait été vivement critiquée lors de l’explosion des prix du carburant, avec la libéralisation des hydrocarbures fin 2015, puis plus récemment lors du mouvement de boycott initié en avril. 

Le conseil de la concurrence a désormais les pleins pouvoirs et n’est désormais plus sous tutelle de la primature

D’ailleurs, l’un des premiers dossiers qui devrait être abordé en 2019 concerne les soupçons d’entente dans le secteur des hydrocarbures. Objectif :  plafonner la marge des distributeurs de carburants pour empêcher ces derniers de « gagner de l’argent sur le dos des citoyens », selon le ministre chargé des Affaires générales, Lahcen Daoudi.

Ce nouveau départ sera appuyé par la loi 20-13 de 2014 donnantles pleins pouvoirs au conseil qui n’est désormais plus sous tutelle de la primature. 

Le texte de loi le définit comme « une institution indépendante chargée, dans le cadre de l’organisation d’une concurrence libre et loyale, d’assurer la transparence et l’équité dans les relations économiques ». La liste des nouveaux membres, désignés par le chef du gouvernement, a été publiée le 13 décembre au Bulletin officiel.