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Les repas « musulmans » pourraient servir à dresser le profil des passagers, selon Swiss Airlines

« Si une personne commande un repas musulman ou casher, vous commencez déjà à en savoir un peu plus sur elle », a déclaré une responsable d’une compagnie aérienne suisse lors d’une conférence sur la sécurité
La responsable suisse a soutenu que les choix de repas à bord pourraient aider les organismes de contrôle aux frontières à en apprendre « un peu plus » sur les passagers avant leur arrivée (InFlightFeed.com)

Les choix de repas à bord pourraient servir aux autorités nationales à dresser le profil des passagers internationaux, a suggéré une haute responsable de compagnie aérienne à des représentants des organismes de contrôle aux frontières.

Marina Ripa-Braescu, responsable de la facilitation et de la sécurité pour Swiss International Air Lines, a déclaré lors d’une conférence sur la sécurité des frontières en Hongrie la semaine dernière que les informations sur les repas précommandés pourraient être utilisées pour aider les gouvernements à en apprendre davantage sur ceux qui voyagent vers un pays avant leur arrivée.

Les autorités n'ont pas accès à ces informations pour le moment, et la compagnie aérienne suisse a insisté sur le fait qu'elle ne compte pas communiquer ces informations. 

« Par exemple, si une personne commande un repas musulman, casher ou végétarien, vous commencez déjà à en savoir un peu plus sur elle », a déclaré Ripa-Braescu, faisant référence notamment aux repas halal que les passagers musulmans peuvent commander.

En plus de repas spéciaux pour les passagers musulmans et juifs, le service en vol de Swiss Airlines prend également en compte les exigences alimentaires des passagers hindous.

« Ces menus sont strictement préparés dans le respect des usages et des rites religieux correspondants », indique la compagnie aérienne sur son site Web.

Les compagnies aériennes commerciales et les jets privés fournissent déjà aux gouvernements une grande quantité de données sur les voyageurs avant leur embarquement et s’exposent à de fortes amendes s’ils ne le font pas – cependant, les préférences alimentaires ne font pas partie de ces renseignements à l’heure actuelle.

De nombreux gouvernements exigent que les compagnies aériennes leur fournissent des informations sur le passeport des passagers, leur sexe, leur lieu de naissance et leurs données de paiement afin qu’ils puissent être contrôlés avant leur arrivée.

Un porte-parole de Swiss a déclaré à MEE que les données concernant les croyances religieuses d’un passager ne figuraient pas parmi les informations transmises aux organismes de contrôle aux frontières à l’heure actuelle.

« Les compagnies aériennes ne sont pas autorisées à transmettre des données susceptibles de communiquer la religion, l’état de santé, l’opinion politique, etc. d’un passager », a déclaré le porte-parole.

« Ces données, telles que la commande d’un repas spécial (c.-à-d. kasher, halal, etc.) ou la réservation d’un fauteuil roulant, ne sont pas transmises aux autorités. »

La compagnie aérienne : nous ne communiquerions jamais ces informations 

Ripa-Braescu s’est exprimée lors d’une conférence organisée par BORDERPOL, un forum des organismes internationaux de contrôle aux frontières parrainé par des sociétés privées de sécurité.

Ses propos sont survenus après une année émaillée d’incidents lors desquels des musulmans ont été expulsés de vols. Dans un cas, une musulmane britannique qui travaille pour contrer la radicalisation chez les personnes ayant des problèmes de santé mentale a été interrogée par la police alors qu’elle revenait de sa lune de miel, après avoir lu un livre sur la culture et l’art syriens dans l’avion.

À lire : Une Britannique musulmane retenue par la police pour avoir lu un livre sur l’art syrien

La compagnie aérienne suisse a ajouté jeudi qu’elle ne communiquerait jamais ces informations, mais que ces données pourraient être « intéressantes » et utiles aux autorités. 

Après avoir suggéré que les informations relatives aux repas à bord pourraient aider les autorités à en savoir plus sur les passagers, Ripa-Braescu a averti les délégués que les systèmes comportaient actuellement des failles majeures en matière de vérification des informations fournies par les passagers avant leur voyage.

De nombreuses compagnies aériennes ne vérifient pas les données fournies par les passagers, connues sous le nom d’API (« Advanced Passenger Information ») – les informations fournies par les passagers lors de leur enregistrement, qui comprennent généralement leur nom, leur numéro de passeport et leur date de naissance.

Ripa-Braescu a déclaré que Swiss Airlines avait reçu un appel furieux de responsables gouvernementaux d’un État anonyme après avoir autorisé un passager à entrer le nom « Donald Trump » dans le champ indiquant le nom du passager.

Ripa-Braescu a également déclaré aux délégués qu’« un très grand transporteur au Moyen-Orient » travaillait avec Interpol, l’organisation internationale qui facilite la coopération entre les services de police, en vue d’empêcher l’utilisation de documents de voyage volés.

Interpol est en train d’établir un nouveau système

Interpol dispose déjà d’une base de données recensant les documents de voyage volés et perdus, qui vise à appréhender les personnes voyageant à l’étranger avec un passeport non enregistré à leur nom.

Cependant, de nombreuses compagnies aériennes ainsi que de multiples organismes nationaux de contrôle aux frontières et de prévention de la criminalité ne vérifient pas les informations de passeport fournies par les passagers avant de voyager.

Interpol est en train d’établir un nouveau système, I-Checkit, qui permettra selon l’organisation « à des partenaires de confiance du secteur privé d’effectuer des contrôles avancés des passagers en temps réel, en collaboration avec les services de police ».

Le « très grand transporteur au Moyen-Orient », que Ripa-Braescu n’a pas nommé, est désormais impliqué dans un projet pilote avec Interpol visant à vérifier les informations de passeport fournies par les passagers avant leur voyage en les recoupant par rapport à la base de données d’Interpol recensant les documents de voyage volés ou perdus.

Interpol prévoit également de déployer la base de données I-Checkit auprès des banques et des hôtels et effectue actuellement des tests « avec un petit nombre de sociétés de ces secteurs ».

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.