Aller au contenu principal

Les transactions secrètes des dirigeants du Moyen-Orient révélées par les « Panama Papers »

Les transactions offshores cachées d’environ 140 personnalités politiques, dont douze actuels ou anciens chefs d’État, éclatent au grand jour
Photo fournie par l’agence de presse saoudienne (SPA) le 10 mars 2016 montrant le roi saoudien Salmane ben Abdelaziz (au centre), le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (à droite) et l’émir du Koweït (AFP)
Par

Dimanche, la divulgation de 11,5 millions de documents fiscaux provenant du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca a révélé les transactions offshores secrètes des dirigeants d’Arabie saoudite, du Qatar, des Émirats arabes unis (EAU) et d’Irak.

Un examen des documents par plus de 100 groupes de presse, décrit comme l’une des plus importantes enquêtes jamais réalisées, a révélé les transactions offshores cachées d’actifs appartenant à environ 140 personnalités politiques – dont douze actuels ou anciens chefs d’État.

L’importante quantité de dossiers a été confiée par une source anonyme au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung et partagée avec les médias du monde entier par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ).

Parmi les douze chefs d’État mentionnés par la fuite figurent le roi Salmane d’Arabie saoudite, l’ancien Premier ministre jordanien Ali Abu al-Ragab et deux dirigeants qataris – l’ancien Premier ministre Hamad ben Jassim ben Jaber al-Thani et l’ancien émir du Qatar, le cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani. Apparaissent également le président des EAU, le cheikh Khalifa ben Zayed ben Sultan al-Nahyane, l’ex-président du Soudan Ahmad Ali al-Mirghani et Ayad Allawi, ex-Premier ministre par intérim et ancien vice-président irakien.

Les données font état de sociétés offshore secrètes liées aux familles et aux associés de l’ancien président égyptien Hosni Moubarak, de l’ancien dirigeant Mouammar Kadhafi et du président syrien Bachar al-Assad.

Les documents révèlent de nombreuses connexions avec Israël et mentionnent les personnes ayant la citoyenneté israélienne et les banques et entités israéliennes ayant utilisé ce cabinet d’avocats offshore pour enregistrer des sociétés dans des paradis fiscaux à travers le monde, a rapporté Haaretz.

Plusieurs banques israéliennes apparaissent dans les fichiers, selon Haaretz. Certaines des activités de gestion fiduciaire de la Bank Hapoalim ont été menées via ce cabinet d’avocats. Cette activité, réalisée par le biais de la filiale Poalim Trust Services, a cessé en 2011. Les documents contiennent également une correspondance abondante concernant l’activité de la Banque Leumi à Jersey dans les îles anglo-normandes.

Intérêts sur liste noire

Au moins 33 personnes et entreprises figurant dans les documents avaient été inscrites sur liste noire par les États-Unis en raison d’actes répréhensibles, comme certains intérêts iraniens et ceux du Hezbollah libanais, selon l’ICIJ.

L’une des sociétés exposées dans les documents divulgués a fourni du carburant pour les avions utilisés par le gouvernement syrien pour bombarder et tuer des milliers de ses concitoyens, a indiqué Haaretz.

« Ces résultats montrent à quel point les pratiques néfastes et la criminalité sont ancrées dans le monde offshore », a déclaré Gabriel Zucman, économiste à l’Université de Californie (Berkeley) et auteur du livre La richesse cachée des nations | Enquête sur les paradis fiscaux.

Zucman, qui a participé à l’enquête de l’ICIJ, a déclaré que la publication des documents divulgués devrait encourager les gouvernements à imposer des « sanctions concrètes » contre les pays où ces entreprises sont enregistrées et contre les institutions qui assurent la confidentialité aux entreprises ayant recours aux paradis fiscaux, selon Haaretz.

Les données divulguées qui couvrent la période de 1975 à la fin de l’année dernière fournissent ce que l’ICIJ décrit comme une « plongée inédite dans le monde offshore ».

L’enquête a produit des millions de documents concernant environ 214 000 entités offshore, selon l’ICIJ. La source des documents, Mossack Fonseca, est un cabinet d’avocats basé au Panama disposant de bureaux dans plus de 35 pays. C’est le quatrième plus grand cabinet d’avocats offshore au monde, selon le Guardian.

Bien que la plupart des transactions alléguées soient légales selon l’ICIJ, celles-ci sont susceptibles d’avoir de graves répercussions politiques sur un grand nombre de personnes identifiées.

Parmi les principales assertions de l’enquête de l’ICIJ :

·         De proches associés du président russe Vladimir Poutine, qui n’est pas lui-même nommé dans les documents, « ont secrètement fait transité jusqu’à 1,75 milliard d’euros par des banques et des sociétés-écran », a déclaré l’ICIJ.

·         Les fichiers identifient des sociétés offshores liées à la famille du président chinois Xi Jinping, qui a mené une inflexible campagne anti-corruption dans son pays, selon l’ICIJ.

·         En Islande, les fichiers montreraient que le Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson et sa femme possédaient secrètement une société offshore détenant des millions de dollars en obligations bancaires islandaises pendant la crise financière du pays.

Les documents ont été examinés par une équipe de plus de 370 journalistes originaires de plus de 70 pays, selon l’ICIJ.

D’après les propos rapportés par la BBC, Mossack Fonseca aurait déclaré opérer de façon « irréprochable » depuis 40 ans et n’avoir jamais été accusé d’un quelconque acte criminel.

Cependant, Haaretz a indiqué que les autorités des îles Vierges britanniques ont condamné Mossack Fonseca à une amende d’environ 33 000 euros pour avoir enfreint les lois contre le blanchiment d’argent : le cabinet avait enregistré une société au nom du fils de l’ancien président égyptien Hosni Moubarak, mais n’a pas signalé sa relation avec celui-ci ou son père même après que père et fils ont été accusés de corruption dans leur pays.

Un examen interne effectué par une société juridique a conclu que leur « méthode d’évaluation des risques est concrètement déficiente ».

Le gouvernement panaméen a promis dimanche de « coopérer vivement » à toute enquête juridique qui pourrait suivre la révélation des données.

« Le gouvernement panaméen coopérera vivement à toute demande ou pour toute assistance nécessaire en cas d’action en justice », a-t-il indiqué dans un communiqué.

La source à l’origine de la fuite des documents, dans ce qui semble être la plus grande fuite de données dans l’histoire récente, n’a pas été clairement identifiée. Selon le Guardian, les fichiers représentent 260 Go, contre seulement 1,7 Go pour Wikileaks.

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.