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Liban : la deuxième vie des buffets gargantuesques

Pour lutter contre la pauvreté croissante dans ce pays où un habitant sur quatre est un réfugié, une banque alimentaire récupère les restes de nourriture au lendemain des grandes réceptions
En 2015, la Lebanese Food Bank a pu distribuer 177 000 plats, dont plus du tiers proviennent des soirées de mariage (MEE/Philippine De Clermont-Tonnerre)

À l’occasion du Ramadan, le Ramada Plaza, hôtel situé dans le quartier aisé de Raouché à Beyrouth, a décidé de faire œuvre de solidarité. Pendant un mois, le restaurant de l’établissement s’est engagé à préparer des plats pour les plus démunis.

Trois fois par semaine, Marwann Saab, un des chauffeurs de la Lebanese Food Bank (LFB), vient récupérer les repas. Au total, une centaine de portions individuelles, composée chacune d’une salade, d’un plat de résistance et d’un dessert. 

Chargés dans le coffre de la camionnette de la LFB, les bacs de métal prennent la direction du camp palestinien de Bourj el-Barajneh, dans le sud de la capitale Beyrouth. À l’entrée de l’agglomération, les volontaires d’une association locale se chargent de répartir le butin en petits sacs.

Les bénévoles préparent les repas à distribuer (MEE/Philippine De Clermont-Tonnerre)

Hussein Balshy, un Palestinien de 60 ans, supervise le travail. « On fait deux tas. Un pour les Palestiniens du Liban et un autre pour les Palestiniens de Syrie ! », lance ce responsable de l’association « Fraternity for social and cultural work ».

Alors qu’elle vient de réceptionner son paquet, Cedra, 12 ans, s’estime heureuse de pouvoir apporter à sa famille une portion supplémentaire pour l’iftar du soir. « C’est un cadeau, j’ai de la chance, d’autres n’ont même pas cela », fait remarquer cette jeune adolescente originaire de Homs, en Syrie.

Enrayer la faim d’ici 2025

Depuis le déclenchement du conflit syrien, l’afflux de centaines de milliers de réfugiés a provoqué une grave crise humanitaire dans le pays. Entre 2011 et 2015, le nombre de personnes confrontées à une situation d’extrême indigence a bondi de 66 %, selon l’ONG Oxfam.

Les réfugiés syriens et palestiniens, qui représentent désormais un habitant sur quatre, ne sont pas les seuls confrontés à ce fléau. En 2014, près de 170 000 Libanais auraient basculé dans la pauvreté, toujours selon Oxfam.

Face à cette situation, la Lebanese Food Bank s’est fixé comme objectif d’enrayer la faim d’ici à 2025.

Cette structure, créée en 2013, est la première du genre au Liban. « Il y a toujours eu de petites initiatives menées par des écoles, des mosquées, des dames dans certains quartiers. Mais elles sont fragmentées et souvent à motivation religieuse ou sectaire. Personne n’a vraiment réfléchi à l’échelle du pays », explique à MEE Walid Maalouf, membre du conseil d’administration de l’association.

À LIRE : Les Palestiniens du Liban noyés dans la crise syrienne

Munis de cinq vans et de neuf employés, l’ONG récupère de la nourriture partout où elle est en surplus : grandes réceptions, mariages, buffets d’hôtels. Au Liban, connu pour son hospitalité et son service opulent, les occasions ne manquent pas. « Un mariage de 300 personnes au Liban permet d’en nourrir 300 supplémentaires […]. On reçoit des salades, des quiches par dizaines qui n’ont même pas été entamées », souligne Walid Maalouf.

La Lebanese Food Bank joue le rôle d’intermédiaire entre la plupart des traiteurs du pays et un réseau de 70 associations partenaires qui redistribuent la nourriture aux plus nécessiteux. La LFB récupère aussi la marchandise non écoulée : du pain et de la farine auprès de boulangers et des fruits et légumes chez les agriculteurs.

En 2015, la LFB a pu distribuer 177 000 plats, dont plus du tiers proviennent des soirées de mariage.

La banque alimentaire tente à présent de récolter des fonds pour installer un dépôt réfrigéré afin de conserver les repas récupérables, ainsi qu’une usine de recyclage de certains aliments. « Deux éléments clés qui, selon Walid Maalouf, permettraient à la banque d’élargir son activité à plus grande échelle ».