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Libye : François Hollande exclut une intervention française

L'ONU a de nouveau reporté les négociations de paix en Libye, la Ligue arabe s'apprête à discuter du conflit, et le Qatar aurait endossé le rôle de médiateur entre les différentes parties
Le président français, François Hollande, passe devant une fanfare dans la cour du palais de l'Elysée à Paris, le 5 janvier 2015 (AFP)

Le président François Hollande a déclaré lundi que la France n'interviendrait pas de manière unilatérale en Libye et a exhorté la communauté internationale à prendre des mesures pour endiguer la crise qui s'aggrave dans le pays.

« Nous faisons en sorte de contenir le terrorisme dans le sud, mais la France n’interviendra pas en Libye parce que c’est à la communauté internationale de prendre ses responsabilités », a indiqué le président à la radio française.

A la question de savoir si la France participerait à une opération mandatée par l'ONU, Hollande répond qu'il faudrait que soient définis un « mandat clair », une « organisation claire » et des « conditions politiques ».

« Mais ça n'en prend pas le chemin », a-t-il ajouté.

Le président du Niger voisin, Mahamadou Issoufou, a déclaré vendredi que la crise libyenne ne pourrait être résolue sans l'intervention de la communauté internationale.

« Je ne vois pas comment les milices terroristes armées pourraient créer les conditions de la réconciliation entre Libyens », a-t-il indiqué.

« Une intervention internationale est indispensable à la réconciliation de tous les Libyens », y compris les anciens partisans de Mouammar Kadhafi, destitué et tué en 2011 à l'issue d'une intervention militaire internationale.

Fajr Libya (« Aube de Libye »), une coalition de milices qui contrôle une grande partie de la capitale ainsi que la troisième ville du pays, Misrata, a lancé le mois dernier une offensive visant à s'emparer des principaux terminaux d’exportation de pétrole de l'est du pays.

Nouveau report des négociations de paix par l'ONU

L'ONU a ajourné les négociations de paix entre les factions belligérantes qui devaient se tenir lundi, sans annoncer de nouvelle date.

Les négociations étaient initialement prévues le 9 décembre mais ont été différées à plusieurs reprises à mesure que les combats s’intensifiaient entre les deux gouvernements et parlements rivaux.

En septembre, le représentant spécial de l'ONU en Libye, Bernardino León, avait présidé une première série de négociations entre les législateurs adverses dans la ville-oasis de Ghadamès.

Cependant, ses efforts pour organiser une nouvelle série de négociations et mener des négociations parallèles entre les différentes parties sont restés vains, malgré un avertissement lancé en octobre par le Conseil de sécurité de l'ONU indiquant que des sanctions seraient prises à l'encontre de toute partie qui saperait le processus.

La semaine dernière, le parlement de Tobrouk s'est prononcé contre sa participation aux négociations si le parlement concurrent de Tripoli était également convié aux pourparlers.

Le ministre des Affaires étrangères qatari rencontre Mohamed Al-Dairi à Doha

Pendant ce temps, le ministre des Affaires étrangères qatari, Khaled Al-Attiyah, a rencontré dimanche le ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Tobrouk, Mohamed Al-Dairi, dans la capitale qatarie Doha.

Selon l'agence de presse officielle du Qatar, les discussions entre le ministre des Affaires étrangères qatari et le représentant libyen se sont concentrées sur l'évolution récente de la situation sur le terrain et les méthodes de sécurisation et de stabilisation du pays.

Il s'agit de la première visite de Mohamed Al-Dairi au Qatar depuis sa prise de fonction en septembre de l'année dernière.

Cette réception officielle à Doha pourrait refléter un éventuel changement dans la position du Qatar vis-à-vis du gouvernement et du parlement de Tobrouk.

Le Qatar soutenait pleinement le Congrès général national (CGN) de Libye, dont le mandat s'est achevé il y a plusieurs mois mais qui continue d'opérer et dispose de son propre gouvernement dans la capitale libyenne, Tripoli.

La visite de Mohamed Al-Dairi à Doha survient alors que des rumeurs laisseraient entendre que le Qatar est en train de jouer les médiateurs pour résoudre le conflit libyen.

La Ligue arabe s'apprête à discuter du conflit libyen

En parallèle, Ahmed Ben Helli, secrétaire-général adjoint de Ligue arabe, a indiqué que les ambassadeurs du groupe régional se réuniraient lundi pour discuter de l'aggravation du conflit en Libye.

Cette réunion de la Ligue, dont le quartier général se trouve au Caire, a été réclamée par le gouvernement libyen de Tobrouk, qui dispose du soutien de l'Egypte et des Emirats arabes unis.

« Cette réunion sera consacrée aux dangereux développements que connaît la Libye et à la recrudescence de la violence et des actes terroristes », a indiqué Ahmed Ben Helli dimanche aux journalistes.

Ces actes « ne visent pas seulement les individus [...] mais également des infrastructures économiques vitales dont dépend la richesse du peuple libyen, notamment les réservoirs de pétrole ».

Deux membres d'équipage d'un pétrolier tués dans une attaque aérienne

Les forces aériennes du gouvernement libyen de Tobrouk ont déclaré lundi avoir lancé une attaque aérienne contre un pétrolier dans le port de Derna, fief des islamistes à l'est du pays.

Selon les autorités, deux membres d'équipage ont trouvé la mort lors de l'attaque, qui a eu lieu dimanche.

Les garde-côtes grecs ont indiqué que l'une des victimes était un Grec âgé de 29 ans et que deux autres membres de l'équipage de l'Araevo, immatriculé au Libéria, avaient été blessés. La seconde victime n'a pas été identifiée.

Les forces aériennes ont ouvert le feu « après que l'équipage a refusé d'obtempérer aux ordres lui intimant de s'arrêter pour une opération de contrôle » a indiqué le porte-parole libyen, le colonel Ahmed Mesmari, qui décrit le pétrolier comme « suspect ».

Mesmari explique que le pétrolier avait éteint ses feux « en préparation de son entrée dans le port [de Derna]... Ce qui l'a rendu suspect, ainsi que son chargement ».

Selon les garde-côtes grecs, le navire était au mouillage et transportait 1 600 tonnes de pétrole brut lors de la frappe.

Vingt-et-un membres de l'équipage étaient philippins, trois étaient grecs et deux roumains.

Selon certaines sources, de précédentes attaques aériennes sur la Libye auraient été lancées par les Emirats arabes unis ou avec l'aide de l'Egypte.