Libye : Khalifa Haftar indique qu'il se présentera aux élections de 2018

Libye : Khalifa Haftar indique qu'il se présentera aux élections de 2018

#CriseLibyenne

Alors que le mandat du Gouvernement d'union nationale a expiré dimanche, le chef militaire de l'Est libyen a laissé entendre hier qu'il pourrait se porter candidat aux élections prévues l'année prochaine, sur les traces de l'Égyptien Abdel Fattah al-Sissi

Les membres des forces spéciales libyennes, fidèles à Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est du pays, passent devant le panneau publicitaire d'un entrepreneur du bâtiment où figure Khalifa Haftar (AFP)
18 décembre 2017
Last update: 
Monday 18 December 2017 5:43 UTC
Last Update French: 
18 décembre 2017

Khalifa Haftar a prévenu dimanche qu’il écouterait la volonté du « peuple libyen libre », indiquant de manière claire qu’il pourrait se présenter aux élections prévues l’année prochaine.

Le chef militaire, qui contrôle de vastes territoires à l’Est de la Libye, s’est exprimé lors d’une cérémonie de remise de diplômes militaires.

Haftar se présente comme l’homme fort capable de mettre fin au chaos qui s’est emparé de la Libye depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

Ses propos rappellent ceux du général égyptien Abdel Fattah al-Sissi, à l’époque où il testait le terrain avant de se présenter comme candidat. Sissi avait finalement été élu en 2014.

« Nous annonçons clairement et sans équivoque notre obéissance totale au peuple libyen, gardien et maître de son territoire »

- Khalifa Haftar

Tout comme Sissi a construit un large consensus après avoir renversé le président Mohamed Morsi en 2013, les partisans de Haftar affirment que les choses sont en train de prendre le même chemin en Libye, des rassemblements appelant Khalifa Haftar à se présenter dans certaines villes de l’Est.

« Nous annonçons clairement et sans équivoque notre obéissance totale au peuple libyen, gardien et maître de son territoire », a déclaré Haftar dans son discours.

Il s’est exprimé à Benghazi, une ville de l’Est où ses forces ont expulsé les combattants islamistes après des combats qui ont duré trois ans.

À LIRE : Saïf al-Islam peut-il revenir au pouvoir ?

Haftar, qui fut général sous Kadhafi, a également rejeté une série de négociations menées par l’ONU pour jeter des ponts entre les deux administrations rivales de Libye, celle soutenant Haftar, à l’Est et celle soutenue par les Nations unies à Tripoli, la capitale.

« Toutes les discussions qui ont démarré de Ghadamès [au nord-ouest de la Libye], qui se sont terminées à Tunis, qui sont passées par Génève et Skhirat [Maroc] ont juste été de l’encre sur du papier », a-t-il déclaré en citant les villes où se sont tenues les négociations menées par l’ONU.

Obstacles

Les Nations unies ont lancé un nouveau round de négociations en septembre à Tunis entre les factions rivales pour préparer des élections présidentielles et législatives en 2018, mais elles se sont interrompues après un mois sans aucun accord.

Le fait que Haftar édicte ses propres règles fut un obstacle majeur au progrès de ces discussions. S’il reste populaire auprès de certains Libyens dans l’Est, épuisé par le chaos, il se heurte à l’opposition de nombreux autres Libyens dans l’Ouest libyen.

Dans son discours, Khalifa Haftar a prévenu que ses forces, l’Armée nationale libyenne (ANL), n’obéiraient qu’à une autorité élue par le peuple libyen, indice supplémentaire de sa probable participation à l’élection.



Le mandat du Gouvernement d’union nationale (GNA) dirigé par Fayez el-Sarraj a expiré dimanche 17 décembre (AFP)

Les partisans de Haftar avaient fixé à dimanche la date limite à laquelle l’ONU devait parvenir à un accord. En cas d’échec, ils appelaient le maréchal Haftar à prendre le pouvoir pour plusieurs années. Une proposition rejetée par l’ONU.

Dimanche, Haftar a insisté sur le fait que le mandat du Gouvernement d’union nationale (GNA) avait expiré avec l’expiration de l’accord politique signé en 2015, aujourd’hui en lambeaux.

L’accord négocié par l’ONU et signé au Maroc le 17 décembre 2015, qui prévoyait la formation du GNA pour un mandat d’un an n’était renouvelable qu’une seule fois.

À l’issue d’une réunion tripartite dimanche à Tunis, les ministres des Affaires étrangères tunisien Khemaies Jhinaoui, algérien Abdelkader Messahel et égyptien Sameh Choukri ont « renouvelé leur soutien à l’accord politique en tant que cadre de la solution politique en Libye ».

Un tournant

Dans son discours télévisé, Haftar, qui n’a jamais reconnu l’autorité du GNA, a estimé que « l’expiration de l’accord politique libyen » marquait « un tournant historique et dangereux ».

« Tous les corps issus de cet accord perdent automatiquement leur légitimité contestée [déjà] dès le premier jour de leur prise de fonction », a-t-il affirmé.

Ce grand pays d’Afrique du Nord a sombré dans le chaos après la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 qui après sa mort, a laissé la place aux réseaux de combattants et de contrebande qui ont entraîné des centaines de milliers de migrants à traverser la Méditerranée pour gagner l’Europe.

À LIRE : Comment les groupes armés pillent les banques libyennes

Khalifa Haftar n’est qu’un des acteurs de la Libye d’aujourd’hui, contrôlée par des groupes armés aux intérêts politiques, religieux, régionaux, et économiques différents.

Aguila Saleh, le président de la Chambre des représentants, à l’Est, soutenu par Khalifa Haftar, a annoncé qu’il était temps de commencer à se préparer pour des élections, selon une vidéo postée sur les réseaux sociaux.

« Je demande instamment de participer à la préparation d’élections législatives et présidentielles », a-t-il déclaré.