Aller au contenu principal

L’Iran à l’origine d’une « hausse alarmante » des exécutions au Moyen-Orient

Sur les 1 196 personnes (au moins) mises à mort au Moyen-Orient en 2015, l’Iran en a exécuté les quatre cinquièmes, selon un rapport d’Amnesty International
L’Iran a exécuté près de 1 000 personnes l’année dernière, principalement pour des affaires de drogues (AFP)

Les gouvernements du Moyen-Orient ont exécuté au moins 1 196 personnes en 2015, selon un nouveau rapport publié par Amnesty International, et l’Iran est en tête dans la région.

« La hausse des exécutions que nous avons observée l’année dernière est profondément inquiétante », a dénoncé Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International. « En 2015, des États ont continué d’ôter la vie à des gens en nous faisant croire que nous serions plus en sécurité grâce à la peine de mort. »

Les exécutions en Iran représentaient 82 % de ce chiffre, avec l’exécution de 977 condamnés à mort.

Cela fait de la République islamique le plus grand bourreau au monde, outre la Chine. Les chiffres pour la Chine ne sont pas accessibles, puisque les exécutions sont considérées comme un secret d’État, mais on pense qu’elles s’élèvent à des milliers chaque année.

L’Arabie saoudite est classée quatrième au monde en termes d’exécutions, après le Pakistan, qui a mis 326 personnes à mort cette année, après un moratoire de six ans sur la peine capitale. Le royaume saoudien a exécuté 158 personnes en 2015, soit 13 %du total régional.

Les exécutions en Iran et en Arabie saoudite ont augmenté l’an dernier de 31 % et 76 % respectivement, par rapport au nombre de personnes mises à mort dans ces pays en 2014.

Cela se déroule dans un contexte de « hausse alarmante » des exécutions judiciaires dans le monde entier selon Amnesty.

Selon l’organisation des droits de l’homme, 1 634 personnes ont été exécutées dans le monde en 2015, soit une augmentation de 50 % par rapport à 2014 et le nombre le plus élevé enregistré par Amnesty depuis 1989.

L’Iran, l’Arabie saoudite et le Pakistan représentent au total 89 % des exécutions au monde.

« L’Arabie saoudite, l’Iran et le Pakistan ont fait exécuter un nombre impressionnant de condamnés à mort, à l’issue bien souvent de procès d’une iniquité flagrante », a dénoncé Shetty. « Ce massacre doit cesser. »

Oman et Israël sont les seuls pays du Moyen-Orient à n’avoir prononcé aucune condamnation à mort en 2015.

Des procès inéquitables

En plus des 1 196 exécutions, au moins 831 condamnations à mort ont été prononcées. L’Égypte en a prononcé 538, mais n’a exécuté qu’environ 22 personnes.

« Bon nombre des condamnations à mort faisaient suite à des procès inéquitables », dénonce le rapport d’Amnesty, faisant référence au procès de 188 personnes qui a commencé en 2014 et a mené à la condamnation à mort de 183 personnes en 2015.

L’Égypte est loin d’être le seul pays critiqué pour l’iniquité de son système juridique, Amnesty affirmant que la plupart des procès dans la région et le monde ne sont pas équitables.

« De nombreuses condamnations à mort [en Iran] ont été prononcées à l’issue de procès qui ne respectaient pas les normes internationales d’équité », indique le rapport. « Les accusés n’étaient le plus souvent pas autorisés à consulter un avocat durant l’enquête précédant le procès et les tribunaux rejetaient généralement les allégations de torture et retenaient à titre de preuve des "aveux" obtenus sous la torture. Comme les années précédentes, les tribunaux [iraniens] ont continué de prononcer des condamnations à mort pour des crimes définis de manière vague et excessivement large et qui ne correspondaient pas aux critères des "crimes les plus graves", voire qui n’étaient pas considérés comme des infractions pénales par le droit international relatif aux droits humains. »

Selon le droit international, seuls les crimes classés comme « les plus graves » peuvent conduire à la peine de mort. À l’heure actuelle, cela se limite aux homicides volontaires.

Parmi les accusations portées contre les personnes condamnées à mort en Iran figuraient la « propagation de la corruption sur la terre », la « collaboration effective avec le Parti pour une vie libre au Kurdistan [PJAK] » et l’« inimitié à l’égard de Dieu ».

Le PJAK est un groupe militant kurde qui mène une lutte armée pour l’autodétermination des Kurdes en Iran. La République islamique le qualifie d’« organisation terroriste ».

Cependant, la majorité des personnes condamnées à mort l’ont été pour des infractions liées au trafic de drogue.

La peine capitale pour les mineurs et les ressortissants étrangers

L’Iran est également critiqué car il continue à condamner à mort des mineurs.

En 2015, l’Iran a exécuté quatre individus qui avaient moins de 18 ans lorsqu’ils ont commis les crimes pour lesquels ils ont été condamnés.

Selon Amnesty, au moins 160 mineurs délinquants étaient condamnés à mort fin 2015. Certains d’entre eux étaient emprisonnés depuis plus de dix ans.

Au moins 73 mineurs délinquants ont été exécutés en Iran entre 2005 et 2015.

En Arabie saoudite, 158 personnes ont été exécutées, parmi lesquelles 73 ressortissants étrangers, dont beaucoup n’avaient pas eu connaissances des détails de leur affaire dans une langue qu’ils parlaient, selon Amnesty.

« L’Arabie saoudite continuait d’appliquer la peine de mort de manière disproportionnée aux étrangers, dont la majorité étaient des travailleurs migrants qui ne parlaient pas l’arabe, langue dans laquelle ils étaient interrogés en détention et qui était utilisée lors de leur procès », indique le rapport. « Les étrangers étaient souvent privés de services d’interprétation adaptés. Les ambassades et consulats n’étaient pas informés sans délai de leur arrestation ni même de leur exécution. »

Le pays a également organisé des exécutions publiques, exposé les corps et n’a pas rendu les corps des condamnés à leurs familles, selon le rapport.

Ailleurs dans la région, les premières exécutions depuis 2008 ont été menées dans la région du Kurdistan d’Irak : trois hommes ont été pendus pour l’enlèvement et le meurtre de deux écolières en 2011 et 2012.

Dans le reste de l’Irak, 23 autres exécutions ont eu lieu et au moins 89 condamnations à mort ont été prononcées, mais ce chiffre pourrait être beaucoup plus élevé.

« L’ancien président Jalal Talabani avait refusé de ratifier toutes les condamnations à mort quand il était au pouvoir », rapporte Amnesty. « Au cours de l’année, le président Fouad Maassoum a fait l’objet d’intenses pressions de la part de parlementaires et du public afin qu’il ratifie les condamnations à mort. »

En juillet, un porte-parole du président a annoncé qu’il s’occupait d’un retard de plus de 600 condamnations à mort.

« Amnesty International [est] profondément préoccupée par le fait que beaucoup des condamnations à mort que le président Fouad Maassoum avait pu ratifier en 2015 avaient été prononcées sur la base d’"aveux" obtenus sous la torture, d’"aveux" télévisés retenus à titre de preuve contre d’autres accusés ou de renseignements obtenus auprès d’informateurs secrets, ce qui constitue un mépris flagrant des normes internationales d’équité des procès.

Selon le rapport, il est impossible d’obtenir les chiffres complets de certains pays, notamment la Syrie, en raison de la guerre en cours.

Les exécutions sont de plus en plus répandues

Dans l’ensemble, les exécutions ont augmenté de 26 % dans la région et les quatre premiers mois de 2016 semblent continuer le long de ces lignes.

Le 2 janvier, l’Arabie saoudite a annoncé avoir exécuté 47 prisonniers accusés de terrorisme.

Quatre des hommes ont été reconnus coupables de banditisme, un crime qui est puni en Arabie saoudite en ayant des membres coupés sur les côtés opposés du corps, suivi par la décapitation et l’exposition du cadavre.

Une source responsable de la sécurité qui gardait un site d’exécution à Riyad avait confié à Middle East Eye que « ce fut un massacre. Il y avait du sang et des morceaux de corps partout. »

D’autres dans le groupe étaient de jeunes adultes qui étaient emprisonnés depuis plus de dix ans et un homme souffrant de troubles mentaux qui avait eu ses membres coupés avant d’être décapité.

Cette année, l’Arabie saoudite a déjà exécuté 82 personnes. En continuant à ce rythme, il est possible qu’elle double le nombre d’exécutions par rapport à 2015.

« Alors que l’Arabie saoudite semble être prête pour une autre année record de décapitations, il est plus important que jamais que ses alliés au Royaume-Uni, en Europe et aux États-Unis exigent que cela cesse », a déclaré Maya Foa, directrice de l’équipe chargée de la peine de mort pour l’ONG Reprieve.

« Les injustices profondes du système saoudien signifient que ceux qui sont passés par l’épée se font dans de nombreux cas extorquer leurs aveux sous la torture, coupables de rien de plus qu’une demande pacifique de réformes ou même condamnés à mort tandis qu’ils sont encore enfants. »

En mars, 100 personnes en prison pour des délits de drogue en Iran ont été averties de se préparer à leur mort imminente.

Le directeur exécutif d’Iran Human Rights a demandé à l’Europe d’empêcher les massacres, comptant sur l’amélioration des relations entre l’Occident et l’Iran comme moyen de changer cette politique.

« Nous appelons les pays européens à utiliser leurs meilleures relations avec l’Iran pour arrêter les exécutions arbitraires de ces prisonniers et de pousser pour un moratoire sur la peine de mort pour les infractions relatives aux drogues », a déclaré Mahmood Amiry Moghaddam.

« Il est temps pour l’Europe de montrer que l’amélioration de ses relations avec l’Iran bénéficiera également aux droits de l’homme. »

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.