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L'ombre de l’Etat islamique plane sur Yarmouk

Un militant à l'intérieur du camp de réfugiés assiégé explique à MEE comment l'Etat islamique a gagné autant de terrain dans la capitale syrienne.
Des rebelles se mettent à l’abri dans le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, à Damas (AFP/Ward Al-Keswani)

L'annonce de l'entrée de combattants du groupe Etat islamique (EI) dans le camp de réfugiés de Yarmouk, au sud de Damas, mercredi matin a secoué le monde entier.

Yarmouk, autrefois prospère banlieue de Damas, abrite 150 000 réfugiés palestiniens et syriens et est assiégée par les forces gouvernementales depuis plus d'un an.

En 2014, le camp est entré dans la conscience collective quand un photographe local a pris une photo de centaines d'hommes et de femmes faisant la queue pour obtenir de la nourriture dans une rue bordée de bâtiments détruits.

Outre la faim, le manque d'eau et d'électricité, les habitants de Yarmouk sont maintenant confrontés à des milices violentes qui ont conquis de grandes régions de la Syrie et de l'Irak.

Bien que le groupe EI n'ait pénétré que récemment dans Yarmouk (situé à environ 8 kilomètres du centre de la capitale), il est actif dans le sud de Damas depuis des mois, selon des journalistes et habitants locaux.

Mercredi, Middle East Eye a discuté avec Ahmad (le nom a été changé), un journaliste et militant de 30 ans se trouvant à l'intérieur du camp de Yarmouk, pour savoir comment le groupe EI est arrivé aussi près de la capitale syrienne.
ISIL seizes part of Yarmouk district in Damascus http://t.co/8S3QrT0Ucb #ISIL pic.twitter.com/929vIquE96

Que s'est-il passé aujourd'hui ? Comment le groupe EI est-il entré dans le camp de Yarmouk ?

Les combattants du groupe Etat islamique ont pénétré ce matin dans le quartier sud du camp de Yarmouk, dénommé Hajar al-Aswad. Des fusillades entre les combattants d’EI et ceux d'un groupe armé palestinien appelé Aknaf Bait al-Maqdis ont suivi, tandis que le gouvernement syrien a bombardé le camp avec des obus de mortier.

Qui sont les combattants du groupe Etat islamique ? Sont-ils étrangers ou Syriens ?

La plupart des combattants du groupe EI ne sont pas des étrangers ; ils sont originaires du sud de Damas. Le groupe EI n'a pas surgi de nulle part. Il est né du siège. L'année dernière, lorsque la nourriture et l'eau ont commencé à manquer et que l'électricité s'amenuisait, le soutien apporté au groupe EI a commencé à croître. Lorsque l’EI a vu le jour en juillet 2014, les gens ont pu constater des améliorations : ses membres ont mis fin à la corruption et ils ont veillé à ce que les gens aient à manger et à boire. Mais ils ont vite emprunté une autre voie, devenant plus violents et extrémistes. Ils ont commencé à imposer leur propre idéologie plutôt que se soucier de ce que les gens voulaient vraiment.

Où le groupe EI a-t-il d’abord émergé à Damas ? Comment sont-ils parvenus à Yarmouk ?

Le groupe EI a d'abord vu le jour début 2014 à Hejira, un quartier au sud-est de Damas qui abrite la mosquée Zainab, un sanctuaire chiite. Après avoir combattu les milices chiites, principalement le Hezbollah, ils ont été repoussés hors de Hejira par les forces du régime. Après cela, le groupe EI s'est déplacé à un endroit appelé Yalda où ils se sont confrontés par armes à feu à l'Armée syrienne libre (ASL). Leur dernière enclave est le quartier de Hajar al-Aswad, juste à côté du camp de Yarmouk. Depuis l'année dernière, le groupe EI a régulièrement progressé vers le nord-est en direction du centre de Damas.

L'itinéraire du groupe Etat islamique dans Damas

Si une grande partie du sud de Damas est assiégée par les forces gouvernementales syriennes, comment le groupe EI peut-il se déplacer ?

Ici dans le sud de Damas, nous sommes en état de siège, mais il existe six ou sept quartiers qui sont liés les uns aux autres. Il est possible de passer de l'un à l'autre, c’est comme passer d'île en île. Voilà à quoi ressemble le sud de Damas. Le groupe Etat islamique est en ce moment à Hajar al-Aswad, toutefois ils peuvent facilement faire passer des combattants dans d'autres quartiers.

Il semble que le groupe EI ait combattu d'autres groupes rebelles. Pourquoi ?

Nous savons que Jabhat al-Nosra [une ramification d'al-Qaïda] s'oppose au groupe EI. Il y a deux semaines, al-Nosra luttait contre des éléments de l'ASL et l’EI n'est pas intervenu. Lorsqu'il y a des luttes intestines entre les groupes rebelles, les autres groupes ne prennent pas parti.

Quelles sont les conséquences de ces querelles internes ?

La priorité est de lutter contre le régime et de mettre fin au blocus mais, malheureusement, cette priorité se perd parmi ces différents groupes. Les civils en sont les premières victimes. Aujourd'hui, un de mes collègues, Jamal Khalifa, a été tué. Aujourd'hui, un obus de mortier est tombé sur la route derrière ma maison.

Quelles sont les conditions de vie à l'intérieur du camp de Yarmouk ?

Les groupes rebelles se battent entre eux au lieu de combattre le régime qui nous bombarde tous les jours. Pendant ce temps, il n'y a pas d'électricité, pas de nourriture, pas de réseau pour les téléphones portables. Les étagères de ma cuisine sont vides. Je ne peux rien acheter car il n'y a rien à acheter dans les magasins. Je ne suis pas à plaindre par rapport à d'autres. Les habitants avaient l’habitude de se rendre aux soupes populaires pour se nourrir mais depuis qu'un couvre-feu a été imposé, plus personne ne sort. La situation est désastreuse. Nous puisons notre eau à des puits. Nous ne pouvons pas utiliser les voitures alors nous sortons à pied et risquons d'être la cible de tireurs embusqués. Nous ne pouvons pas aider les blessés. Nous ne savons plus quel est l'objectif des rebelles... est-ce de contrôler le camp, de renverser le régime ? Se débarrasser d'un autre groupe rebelle ?



Traduction de l'anglais (original).