Aller au contenu principal

Malgré la levée du siège, les habitants de Ta’izz font face à de nouveaux dangers sous la résistance

Les civils déplorent le fait que la résistance pro-Hadi n’a pas retiré les mines des routes et que la situation se dégrade de jour en jour depuis que les rebelles houthis ont été repoussés
Des combattants de la résistance tiennent une position lors d’affrontements avec les rebelles houthis à Ta'izz, le 11 mars (AFP)

TA'IZZ, Yémen – Lorsque Jameel al-Habashi, commerçant dans la région d’al-Nashama, à environ 20 km de la ville de Ta’izz, a entendu que la résistance avait levé le siège de la ville plus tôt ce mois-ci, il a chargé sa camionnette avec des biscuits et des chocolats pour aller y vendre ses marchandises.

En traversant le quartier d’al-Dhabab à l’entrée sud-ouest de Ta’izz, troisième plus grande ville du Yémen, la camionnette d’Habashi a heurté une mine qui l’a tué ainsi que son ami Saleem.

Les rebelles houthis qui occupaient auparavant le centre de la ville avaient posé plusieurs centaines de mines terrestres au cours de leur fuite, et la Résistance populaire, fidèle au président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, a autorisé les gens à circuler en véhicule dans la zone au lieu d’attendre l’arrivée du matériel de déminage depuis le port méridional d’Aden, contrôlé par le gouvernement.

La coalition dirigée par l’Arabie saoudite a aidé les forces pro-gouvernementales à reprendre Aden l’été dernier et a procédé à une campagne aérienne d’une année pour empêcher les Houthis, qui soutiennent l’ancien président du Yémen Ali Abdallah Saleh, de prendre le contrôle du pays, même s’ils conservent le contrôle de Sanaa, la capitale.

Jamal al-Habashi, le frère de Jameel, a indiqué à Middle East Eye qu’il tenait à la fois les Houthis et la résistance pour responsables de la mort de son frère.

« La résistance a levé le siège le 11 mars. Mon frère a chargé la camionnette le 12 mars et s’est dirigé vers Ta’izz. Il n’a pas eu de chance ce jour-là et il a heurté une mine qui l’a tué ainsi que son ami ; ses produits et sa camionnette ont été complètement brûlés », a-t-il affirmé.

« Lorsque j’ai dit à des combattants de la résistance à al-Dhabab qu’ils avaient participé à la mort de mon frère, ils m’ont répondu que mon frère était un "martyr" et qu’ils n’avaient pas de démineur, donc ils laissaient tout simplement passer les voitures » a-t-il raconté.

La camionnette de Jameel al-Habashi a été détruite en heurtant une mine sur un axe principal menant à Taïz (Nasser al-Sakkaf)

Jamal a fait part de sa tristesse non seulement pour son frère, mais aussi pour tous ceux qui avaient été tués par des mines à al-Dhabab.

« Le deuxième jour qui a suivi la levée du siège, environ cinq voitures ont heurté des mines, entraînant la mort de plus de dix personnes, dont deux enfants à al-Dhabab », a-t-il ajouté.

Les Houthis ont posé des mines dans plusieurs quartiers de Ta’izz mais ont également lourdement miné l’axe routier d’al-Dhabab, qui est en effet une entrée importante menant à la ville.

Hamza al-Raseni, commandant du poste de contrôle d’al-Dhabab, a indiqué à MEE que la résistance avait combattu pendant des mois pour lever le siège et ne pouvait pas attendre l’arrivée des démineurs pour dégager la route.

« Il y avait des centaines de victimes à l’intérieur de la ville en raison du siège ; nous avons donc autorisé le déplacement de voitures et levé le siège rapidement. Les victimes des mines à al-Dhabab sont moins de quinze et sont toutes des martyrs, donc le prix de la levée du siège n’est pas élevé », a-t-il soutenu.

Raseni a affirmé que la résistance ne disposait pas encore d’équipements de déminage et recherchait les mines à la main.

La propagation des armes

Avec la levée du siège, les fournitures humanitaires mais aussi les renforts militaires sont arrivés dans la ville, ce qui a incité les combattants de la résistance à fournir des kalachnikovs et d’autres armes aux jeunes pour protéger leurs quartiers des Houthis, qui occupent encore quelques secteurs et sont capables de préparer des attaques ailleurs.

D’après Safwan al-Sayed, enseignant dans le quartier d’al-Tahrir al-Asfal, des jeunes et des enfants armés se déploient dans le secteur après avoir obtenu des armes de la résistance.

« Avant, je voyais les enfants de notre quartier avec leurs livres et leurs stylos [...] Et aujourd’hui, ils sont devenus des hommes armés », a indiqué Sayed à MEE.

Depuis que la zone est passée sous le contrôle de la résistance, des fusillades ont eu lieu tous les soirs et il craint encore plus d’échanges de coups de feu, a-t-il indiqué.

« Ces enfants ne savent pas que les armes ne doivent être utilisées que dans les batailles. Chaque soir, ils tirent en l’air, et quand nous leur demandons pourquoi, ils répondent qu’ils veulent signaler aux Houthis qu’ils sont ici pour protéger la ville », a expliqué Sayed.

La résistance populaire a disséminé des armes à travers tous les secteurs libérés de Ta’izz.

Mulham al-Muhyi, un jeune d’al-Muroor, a raconté que la résistance lui avait donné une kalachnikov en début de semaine dernière pour se protéger contre les Houthis qui tentent de reprendre le quartier.

Al-Muhaya a refusé de donner son âge ou de parler de son expérience avec le fusil. Il a contacté son superviseur, qui n’a pas souhaité donner de détails et qui a accusé le journaliste de MEE d’être un partisan des Houthis.

Les combattants refusent généralement de s’exprimer, mais il est clair qu’ils se sont répandus dans de nombreux quartiers, ce qui leur a offert une protection contre les Houthis, tout en instillant cependant une peur certaine parmi les civils.

L’escalade des combats

Lorsque les Houthis ont été chassés des secteurs sud-ouest de Ta’izz, ils ont intensifié les combats dans les secteurs est et nord, provoquant un blocage des axes de liaison.

« Lorsque Ta’izz était en état de siège, nous pouvions nous déplacer entre les différentes zones, mais maintenant, nous ne pouvons pas aller dans les zones contrôlées par les Houthis », a indiqué à MEE Solaiman al-Qadasi, un chauffeur de bus de 29 ans.

La fin du siège de Taïz a entraîné de violents combats dans le cœur de la ville (Nasser al-Sakkaf)

Pendant le siège, les affrontements avaient lieu la plupart du temps aux entrées de la ville, mais aujourd’hui, ils se sont déplacés à l’intérieur, semant la peur parmi les habitants qui entendent les batailles et s’attendent à être visés par des roquettes, a indiqué Qadasi.

« Peu importe qui prend la ville, nous voulons vivre en paix, mais les conditions se dégradent de jour en jour, même depuis la levée du siège », a ajouté Qadasi.

Certaines personnes déplacées qui ont fui Ta’izz il y a un an sont revenues et ont affirmé être choquées de voir des combattants patrouiller dans les zones sous le contrôle de la résistance populaire.

« Ta’izz est la capitale culturelle du Yémen. Nous ne sommes pas habitués à voir des combattants circuler, donc j’ai été choqué de voir des prétendus Gardes de l’islam traverser notre quartier dans le secteur de Bab Mosa », a confié à MEE Mohammed al-Asal, un déplacé qui a regagné sa maison en début de semaine dernière.

Les Gardes de l’islam sont un groupe militant sunnite qui est apparu à Ta’izz l’année dernière et qui lutte contre les Houthis pour des raisons sectaires. Certains habitants de Ta'izz les accusent d’être affiliés à al-Qaïda.

Asal a affirmé qu’il va retourner dans son village situé dans le district d’al-Maafer, à 30 km de Ta'izz, parce qu’il ne se sent pas en sécurité dans une ville quadrillée par des militants.

« Les personnes déplacées ne doivent pas retourner dans leur maison, a soutenu Asal. De nombreux problèmes continuent de les menacer à Ta'izz, notamment la peur des Gardes de l’islam. »

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.