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Mohammad Javad Zarif fustigé pour avoir attaqué le wahhabisme en ignorant les antécédents de l’Iran

Le ministre iranien des Affaires étrangères s’en est pris au wahhabisme saoudien dans une colonne du New York Times, mais la politique étrangère de l’Iran a provoqué des froncements de sourcils chez les experts
Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, sur un balcon de l’hôtel où se tenaient les pourparlers sur le nucléaire iranien, à Vienne, le 10 juillet 2015 (AFP)

Le ministre iranien des Affaires étrangères a rédigé une critique acerbe du soutien saoudien aux groupes militants au Moyen-Orient dans une colonne pour le New York Times, s’attirant des critiques quant au fait que cette attaque ne tenait pas compte des liens de son pays avec al-Qaida et les milices agissant pour son compte dans la région.

Dans cet article, intitulé « Débarrassons le monde du wahhabisme », Mohammad Javad Zarif a affirmé que « le principal moteur de la violence [était] cette idéologie extrémiste prônée par l’Arabie saoudite ».

Traduction : « Cette tribune libre condamnant l’extrémisme rédigée par le ministre des Affaires étrangères du principal État dans le monde soutenant le terrorisme est... insolente. »

Mohammad Javad Zarif : débarrassons le monde du wahhabisme

Les Saoudiens ont dépensé des milliards pour exporter cette perversion extrémiste de la théologie. Cela doit cesser. nytimes.com

« Au cours des trois dernières décennies, Riyad a dépensé des dizaines de milliards de dollars pour exporter le wahhabisme dans des milliers de mosquées et de medersas à travers le monde. De l’Asie à l’Afrique, de l’Europe aux Amériques, cette perversion théologique a semé le chaos », a écrit Zarif, qui a ajouté que « pratiquement tous les groupes terroristes qui abusent du nom de l’islam – d’al-Qaïda et ses ramifications en Syrie à Boko Haram au Nigeria – [avaient] été inspirés par ce culte de la mort ».

Traduction : « Certains points sont valables, mais le gouvernement de @jzarif parraine également des groupes armés sectaires, ce qui en fait la mauvaise personne pour présenter de tels arguments. »

L’article survient au milieu d’un processus de dégel des relations américano-iraniennes suite au récent accord sur le nucléaire, ainsi que de turbulences de plus en plus fortes dans les relations américano-saoudiennes, alors que le « wahhabisme », composante ultra-orthodoxe de l’islam sunnite, devient un thème de plus en plus populaire pour expliquer le chaos qui touche le Moyen-Orient.

Les tensions entre les États-Unis et leur allié du Golfe ont atteint un niveau tel que la Chambre des représentants des États-Unis a récemment adopté un projet de loi autorisant les familles des victimes des attentats du 11 septembre 2001 à poursuivre l’Arabie saoudite, bien que la Maison Blanche ait déclaré qu’elle y opposerait son veto.

Des analystes ont cependant été prompts à souligner que l’Iran et al-Qaïda entretenaient des liens complexes et de longue date et que l’Iran était connu pour travailler avec des groupes sunnites comme le Hamas dans le but d’élargir ses intérêts dans la région. L’Iran soutient également des milices chiites et des groupes rebelles dans la région, ainsi que le Hezbollah libanais, qui est considéré comme un groupe terroriste par les États-Unis.

Traduction : « Le ministre des Affaires étrangères de l’#Iran attaque les Saoudiens et le « wahhabisme » dans le @nytimes, sans une trace d’ironie de la part d’éléments déstabilisateurs qui exportent la haine. »

Selon le rapport de la Commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre, publié en juillet 2004, l’Iran et al-Qaïda ont commencé à travailler ensemble au Soudan dans les années 1990. Des rapports ont également indiqué qu’avant les attentats du 11 septembre, l’Iran avait fourni des informations à al-Qaïda pour aider le groupe à échapper aux efforts américains de lutte contre le terrorisme.

Une des figures d’al-Qaïda en Irak – Abou Moussab al-Zarqaoui – a notamment trouvé refuge en Iran en 2001 et 2002 et Téhéran aurait refusé de l’extrader vers la Jordanie. Ces liens auraient perduré et en 2012, le département du Trésor américain a fustigé la principale agence de renseignement de l’Iran, le ministère du Renseignement et de la Sécurité nationale (VEVAK), pour son « soutien à des groupes terroristes, comme al-Qaïda et al-Qaïda en Irak, [...] qui révèle une nouvelle fois l’ampleur du soutien iranien au terrorisme comme relevant de la politique de l’État iranien ».

Plus récemment, en juillet, le Trésor américain a imposé des sanctions contre trois hauts membres d’al-Qaïda, tous localisés en Iran. Faisal al-Khalidi est un ancien commandant d’al-Qaïda qui joue un rôle de premier plan dans l’acquisition d’armes, tandis que Yisra Bayumi, membre expérimenté de l’organisation, a servi de médiateur avec les autorités iraniennes dès 2015 et a facilité le transfert de fonds d’al-Qaïda ; Abu Bakr Ghumayn a quant à lui revendiqué l’année dernière le contrôle du financement et de l’organisation des membres d’al-Qaïda en Iran.

« Le wahhabisme militant a subi une série de liftings, mais sous la surface, l’idéologie reste la même », a écrit Zarif dans son article d’opinion. « Qu’il s’agisse des talibans, des diverses incarnations d’al-Qaïda ou du prétendu État islamique. »

Mais la propre contribution de l’Iran à l’aide apportée à ces mêmes groupes de militants a été passée sous silence.

« Après l’invasion de l’Afghanistan, al-Zarqaoui a passé des mois décisifs en Iran pour reconstruire son réseau sous la protection des GRI [corps des Gardiens de la révolution islamique], les plus fidèles serviteurs du régime iranien », a précisé un rapport rédigé en 2007 par le Claremont Institute, un think tank américain conservateur, sur la base d’un document de renseignement allemand ayant fuité.

« Al-Zarqaoui a voyagé sous de nombreux pseudonymes, mais certains d’entre eux ont été greffés sur de vrais passeports iraniens, ce qui peut indiquer que les Iraniens s’étaient procuré les documents pour lui », a ajouté le rapport.

Traduction : « Il me semble que le ministre des Affaires étrangères, qui a hospitalisé Zarqaoui et qui a refusé de l’extrader vers la Jordanie, proteste beaucoup trop. »

« Les Iraniens ont une politique : ils veulent contrôler l’Irak. Et cette politique consiste en partie à soutenir Zarqaoui, sur le plan tactique mais pas sur le plan stratégique », a déclaré un haut responsable des services de renseignement jordaniens au magazine américain The Atlantic en 2006. « Au départ, ils lui ont donné des armes automatiques, des uniformes et du matériel militaire lorsqu’il était avec l’armée d’Ansar al-Islam. Aujourd’hui, essentiellement, ils ferment les yeux sur ses activités et celles d’al-Qaïda en général. Les Iraniens voient l’Irak comme un combat contre les Américains. »

Traduction : « Le ministre iranien des Affaires étrangères fait comme si l’Iran ne parrainait pas de groupes militants et n’avait pas de projets sectaires au Moyen-Orient. »

Zarif a ensuite soutenu que « le parrainage persistant de l’extrémisme par Riyad réfute sa prétention à représenter une force pour la stabilité », tout en restant muet au sujet du propre soutien de l’Iran à des groupes chiites dans la région, qui a également contribué à attiser l’instabilité.

Des experts et commentateurs spécialistes du Moyen-Orient ont réagi à l’article de Zarif sur les réseaux sociaux, la plupart d’entre eux insinuant que c’était l’hôpital qui se moquait de la charité.

Traduction : « Venons-en au khomeynisme... "Mohammad Javad Zarif : débarrassons le monde du wahhabisme" »
 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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