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« Nulle part où aller » : les réfugiés risquent de mourir de froid en fuyant l’armée syrienne

À Lattaquié, les réfugiés disent qu’ils vont planter des tentes dans la campagne, craignant que les forces gouvernementales qui progressent ne se montrent « sans pitié » face à ceux qui restent
Des réfugiés chargent du bois de chauffage et leur couchage sur un camion tandis qu’ils se préparent à quitter Yamadi (Bilal Abdul Kareem)

YAMADI, Syrie – Les réfugiés fuyant une offensive du gouvernement syrien dans la province de Lattaquié affirment préférer planter leurs tentes dans la campagne glaciale que de courir le risque d’être pris par la progression des soldats ou d’endurer d’autres bombardements ou frappes aériennes russes.

Dans le camp de réfugiés de Yamadi, près de la frontière avec la Turquie, des centaines de personnes chargent leurs effets personnels sur des camions et s’engagent plus profondément dans le territoire contrôlé par les rebelles, les forces pro-gouvernementales ayant repris le contrôle d’une série de villes stratégiques. Des responsables de l’armée ont dit qu’ils s’attendaient à ce que l’ensemble de la province de Lattaquié repasse sous contrôle gouvernemental dans les prochaines semaines.

Mais parmi les réfugiés déjà confrontés à la menace constante des attaques aériennes russes, peu sont disposés à attendre l’arrivée des forces pro-gouvernementales, dont certaines sont désormais à moins de 20 km après la prise au début du mois des villes de Salma et Rabia, contrôlées auparavant par les rebelles.

« Nous ne voulons pas vivre sous le règne du gouvernement ne serait-ce qu’un instant. Ils n’ont pas pitié de nous. S’ils vous attrapent alors c'en est fini de vous », a déclaré Umm Asim à Middle East Eye alors qu’elle se préparait à fuir avec sa famille, redoutant qu’une ou deux nuits de rudes combats amène des chars de l’armée syrienne.

« Nous essayons de partir parce que le gouvernement se rapproche et les Russes n’ont fait rien de bon. Nous sommes pilonnés d’un côté et bombardés de l’autre côté et nous avons peur. Mon petit-fils ne mange pas et il ne bouge pas tellement il a peur. »

« J’ai peur pour mes enfants », a ajouté Umm Marwan. « Nous partons à cause des avions et parce que les enfants sont terrifiés. L’armée se rapproche et les avions nous pilonnent constamment. Nous voulons partir et trouver un nouveau lieu où demeurer. »

La Russie est accusée d’avoir tué des centaines de civils depuis le début de son intervention en Syrie en septembre dernier aux côtés du président syrien Bachar al-Assad, en lançant des frappes aériennes sur le territoire contrôlé par les rebelles.

En novembre, des avions russes ont bombardé des camps dont Yamadi dans la région turkmène montagneuse du nord de Lattaquié, lesquels étaient devenus des refuges pour les Syriens fuyant les villes dévastées par la guerre, notamment Homs et Alep longtemps assiégées et Ariha dans la province d’Idlib.

Le bombardement est survenu après qu’un avion de chasse russe s’est écrasé dans la région après avoir été abattu par la Turquie pour violation présumée de l’espace aérien turc, des rebelles locaux accusant Moscou de se venger.

« Les Russes sont venus pour tuer le peuple syrien. C’est un massacre, ils utilisent des avions, des chars et des missiles », dit Umm Asim. « Où aller ? Si nous allons dans les villages, ils nous bombardent, si nous allons d’ailleurs… où aller ? »

Des images et séquences vidéo publiées par les militants suite à la visite de MEE à Yamadi montraient des tentes incendiées et de la fumée s’élevant d’un camp similaire dans la région, lequel avait été bombardé par les forces pro-gouvernementales selon eux.

L’Observatoire syrien pour les droits de l’homme (organisation basée au Royaume-Uni) indique que la Russie a mené plus de 500 frappes aériennes au nord-est de Lattaquié en l’espace de deux semaines en janvier, ajoutant que les officiers militaires russes y dirigent l’offensive.

Jusqu’à l’année dernière, la frontière turque voisine était accessible aux réfugiés, des milliers de membres de la communauté turkmène locale traversant vers l’est dans des camps situés dans la province turque voisine de Hatay.

Mais la frontière est maintenant considérée comme trop dangereuse par beaucoup pour risquer la traversée : il a été rapporté que des gardes-frontières turcs tiraient sur les réfugiés essayant d’atteindre le pays.

« Tous les pays sont contre nous. Aucun d’entre eux ne résiste avec nous. S’ils veulent nous aider, alors qu’ils nous aident avec les avions, pas avec de la nourriture et des boissons, mais qu’ils nous aident avec les avions », a insisté Umm Asim

Il y a à peine quelques semaines, le camp de Yamadi était un endroit désolé, mais animé et vaste, qui était devenu le domicile temporaire de milliers de personnes.

Aujourd’hui, la plupart des tentes sont vides et abandonnées. Les camions chargés de literie et de bois de chauffage, un produit très prisé, se rendent régulièrement à l’intérieur des terres en direction du territoire tenu par les rebelles dans la province voisine d’Idlib.

Certains espèrent atteindre d’autres camps de réfugiés, plutôt que de retourner dans des maisons déjà détruites. Toutefois, étant donné que les camps à proximité sont déjà pleins à craquer, la plupart prévoient de planter des tentes dans la campagne, où les températures glaciales la nuit constituent une nouvelle menace de mort.

D’autres, qui ont des enfants trop malades ou qui ne possèdent pas les ressources nécessaires pour plier bagage et partir, n’ont pas d’autre choix que de rester sur place et de tenter leur chance. Peu des enfants qui restent portent des vêtements adéquats pour les difficiles conditions de montagne, certains ne portent que des pantoufles sur leurs pieds nus.

« Ils ont nulle part où aller », a déclaré Abu Ali à MEE. « S’ils peuvent trouver une place dans un autre camp, c’est bien, sinon ils vont planter une tente au milieu de nulle part et faire du mieux qu’ils peuvent. »

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.