Pour les Palestiniens, les fêtes juives entraînent incertitude, routes fermées et pertes de revenus

Pour les Palestiniens, les fêtes juives entraînent incertitude, routes fermées et pertes de revenus

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Les restrictions israéliennes pendant les fêtes juives affectent des milliers de travailleurs palestiniens, qui perdent leur salaire lorsque les postes de contrôle sont fermés

Des jeunes Palestiniens jouent sur des routes vides de Jérusalem-Est alors que les juifs célèbrent Yom Kippour (AFP)
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26 septembre 2018
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Wednesday 26 September 2018 15:34 UTC
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26 septembre 2018

QALANDIA, Territoires palestiniens occupés (Cisjordanie) – Chaque année, la haute saison des fêtes juives marque la période où de nombreux habitants d’Israël se tournent vers Dieu – mais pour les Palestiniens en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, c’est une période de confusion faite de restrictions accrues imposées à leur mobilité et leur activité.

Trois grandes fêtes juives sont célébrées cette année en septembre : Roch Hachana – le nouvel an juif – du 9 au 11 septembre, Yom Kippour – le jour du grand Pardon – du 18 au 19 septembre et Souccot – la fête des Tabernacles – du 23 au 30 septembre.

Pendant ces fêtes, les juifs de tout Israël jeûnent, s’abstiennent de travailler, se privent de plaisirs physiques et accordent toute leur attention à Dieu. La plupart des magasins du pays ferment et les autoroutes sont sinistrement vides, car la tradition juive interdit de conduire pendant les jours sacrés.

« D’habitude, je travaille 25 jours par mois, donc j’ai l’impression d’être au chômage en ce moment »

– Ismail Manasra, travailleur palestinien 

Comme chaque année, l’armée israélienne a annoncé la fermeture de tous les postes de contrôle entre Israël et les territoires palestiniens occupés pendant les grandes fêtes juives, affirmant que cette mesure contribuerait à « prévenir les attaques terroristes » et permettrait aux membres des forces de sécurité israéliennes de prendre des congés.

Ces restrictions perturbent le quotidien de dizaines de milliers de Palestiniens qui vivent en Cisjordanie et qui sont coupés de Jérusalem-Est et d’Israël par le mur de séparation illégal d’Israël.

L’incertitude sur les ouvertures et la mobilité

Principal poste de contrôle entre la ville de Ramallah et Jérusalem-Est annexée, Qalandia capte un tiers de l’ensemble des mouvements de Palestiniens entre la Cisjordanie et Israël, dont environ 6 000 travailleurs palestiniens chaque jour.

Mercredi, alors que les juifs israéliens commémoraient Yom Kippour, la circulation sur la route habituellement encombrée du côté cisjordanien du poste de contrôle de Qalandia semblait relativement fluide.

Interrogée par Middle East Eye, l’armée israélienne a déclaré que tous les postes de contrôle, y compris celui de Qalandia, seraient fermés pour Yom Kippour de mardi minuit jusqu’à jeudi minuit et que les postes de contrôle seraient fermés à un certain degré durant Soukkot, du samedi 22 septembre à minuit jusqu’au 1er octobre à minuit.

« Les postes de contrôle et les passages vers et depuis la [Cisjordanie] et la bande de Gaza seront ouverts aux Palestiniens dans des circonstances spéciales et uniquement à des fins humanitaires », a précisé l’armée.

La majorité des Palestiniens qui transitent par Qalandia sont restés chez eux pour Yom Kippour. Beaucoup n’étaient, semble-t-il, pas au courant que le poste de contrôle était ouvert à tous.



À Yom Kippour, le poste de contrôle de Qalandia est des plus calmes : de nombreux travailleurs palestiniens ont dû prendre des congés, tandis que beaucoup d’autres l’ont cru fermé en raison des annonces officielles (MEE/Tessa Fox)

Ahmad Ruzzi, un Palestinien en possession d’un permis d’entrée en Israël, attend son tour pour faire contrôler ses papiers à Qalandia.

Il confie à MEE qu’il compte rendre visite à sa mère à l’hôpital, exprimant cependant sa frustration face aux informations contradictoires diffusées au sujet des fermetures de postes de contrôle.

« Les Israéliens nous disent que tous les postes de contrôle sont fermés. Ils écrivent cela partout sur Internet », explique Ruzzi à MEE.

Hamza Abu Raya, un chauffeur palestinien, avance vers les portes du poste de contrôle. Il confie qu’il savait que Qalandia était ouvert, uniquement grâce à l’expérience des années précédentes.

« Je vis à Jérusalem. Nous savons qu’il y a des fermetures », témoigne Abu Raya à MEE. « Toutes les routes arabes sont ouvertes, seules les routes juives [israéliennes] sont fermées. »

Les autoroutes israéliennes traversent la Cisjordanie occupée, reliant les colonies illégales les unes aux autres et à Israël.

Pendant les grandes fêtes, les routes israéliennes en Cisjordanie sont fermées aux voitures et seules les routes palestiniennes plus petites sont ouvertes, ce qui ralentit la circulation même dans les territoires palestiniens occupés.

Nasser al-Amin, qui vit dans un village près de Ramallah en Cisjordanie, se confie à MEE alors qu’il se rend à son travail à Beit Hanina, dans la banlieue de Jérusalem-Est.

« Bien sûr, cela affecte ma mobilité et tout ce qui est autour de moi », confirme-t-il.

Même si les colons israéliens d’extrême droite se signalent depuis quelques années en lançant des pierres sur les voitures qui circulent sur les autoroutes pendant les fêtes juives, aucun des Palestiniens interrogés par MEE à Yom Kippour n’exprime la crainte d’être attaqué pour avoir manqué de respect à la tradition juive.

« Il n’y a rien à craindre », promet Said al-Hashim, un autre chauffeur qui se rend à Beit Hanina.

Un porte-parole de l’armée israélienne a indiqué à MEE qu’il n’était pas illégal d’emprunter les routes à Yom Kippour en vertu de la loi israélienne : « Mais c’est quelque chose qui ne se fait pas à moins d’être premier intervenant ou ambulancier ».

Une économie entravée

Les Palestiniens travaillant en Israël sont peut-être les plus durement touchés par les fermetures des postes de contrôle et de lieux de travail pendant les fêtes juives.



Nasser al-Amin a pris le risque de se rendre à Qalandia dans l’espoir que celui-ci soit ouvert pour Yom Kippour même si les FDI ont annoncé sa fermeture (MEE/Tessa Fox)

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), 131 000 Palestiniens travaillaient en Israël et dans les colonies illégales en 2017.

Ces travailleurs contribuent à faire vivre environ 650 000 personnes en Cisjordanie.

Ismail Manasra vit à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, mais travaille depuis 2009 dans le secteur de la construction à Ashdod, au nord de Tel Aviv.

Manasra explique à MEE qu’il ne travaille que dix jours en septembre, ce qui l’empêche de gagner assez d’argent pour subvenir aux besoins de ses sept enfants.

« D’habitude, je travaille 25 jours par mois, donc j’ai l’impression d’être au chômage en ce moment », confie-t-il à MEE. « Je me sens offensé par [les fêtes]. Cela me détruit financièrement. »

Alors que les travailleurs israéliens ont des contrats, les travailleurs palestiniens en Israël sont considérés comme des indépendants et reçoivent généralement un salaire journalier.

L’OIT précise que la plupart des travailleurs palestiniens n’ont pas de contrat écrit ou oral et sont donc privés d’accès à des droits et des avantages, notamment aux congés maladie et aux congés payés.

« Si les Israéliens travaillent pour une entreprise, ils recevront plus ou moins le même salaire au cours du mois », indique Manasra. « Les modalités pour les congés sont inscrites dans leur contrat, mais les travailleurs palestiniens sont humiliés. »

 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.