Pour équiper et moderniser son armée, le Maroc mise sur la générosité américaine

Pour équiper et moderniser son armée, le Maroc mise sur la générosité américaine

#Armement

Chars, fusils d’assaut, radios… Le Maroc reçoit chaque année des États-Unis des dizaines de millions de dollars d’armes. Et la coopération se renforce

Un gendarme marocain pendant un exercice African Lion de manœuvres conjointes en avril 2018, à Tifnit (sud-ouest du Maroc), le 20 avril 2018 (Marines)
Akram Kharief's picture
06 décembre 2018
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Thursday 6 December 2018 11:26 UTC
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06 décembre 2018

Le Maroc est un client traditionnel des États-Unis depuis l’abandon par Rabat des relations militaires avec l’URSS en 1965. 

Même si le royaume a toujours tenu à maintenir un équilibre entre ses fournisseurs européens, essentiellement français, et l’appareil militaro-industriel américain, on constate depuis cinq ans une grande augmentation du rythme de coopération entre les deux pays.

Chaque année, selon la Defense Security Cooperation Agency (DSCA), agence américaine du Pentagone, ce sont des dizaines de millions de dollars d’armes qu’offrent les États-Unis au Maroc (dont ils sont les premiers fournisseurs en armement), suivis de centaines de millions d’achats directs.

Cette bonne relation se traduit par l’organisation, une fois par an depuis maintenant quinze ans, de l’exercice African Lion qui est en train de devenir une des manœuvres internationales les plus importantes à l’étranger pour l’armée américaine. 



Des Hummer se préparent pour un exercice African Lion en 2015 (Wikimedia)

African Lion est un exercice qui se déroule sur les contreforts de l’Atlas marocain, dans une zone semi-désertique considérée comme un véritable bac à sable pour les tacticiens américains qui y simulent des opérations militaires de large envergure et même des coalitions avec la participation de différentes armées de la région et d’Europe.

Grace au programme Excess Defense Article (EDA) du Pentagone, qui remet les surplus d’équipements militaires aux pays alliés, le Maroc a réussi à renforcer son armée. Un chercheur marocain affirme à Middle East Eye que les Forces armées royales (FAR) ont reçu gratuitement des dizaines de batteries de défense aérienne de courte portée Chapparral, et plus de cent canons automoteurs M109. 

En 2017, le Maroc a ainsi reçu pour 43 millions de dollars de dons, pour une valeur neuve réelle d’un demi-milliard de dollars.  

Parmi les commandes de 2017 à recevoir en 2018, le Maroc attend 162 chars Abrams M1A1, 6 300 fusils d’assaut M16A4, 2 600 fusils à pompe M500, 76 tracteurs autoroutiers et différents équipements individuels, des vêtements, des radios et même des cuisines de campagne.

Deuxième bénéficiaire des excédents d’équipements

L’année précédente, le Maroc a reçu plus de 500 camions militaires, 600 blindés légers M113 et 20 000 fusils d’assaut M16A4. 

Selon des listings de la Defense Security Cooperation Agency (DSCA) qu’a pu consulter MEE, en dix ans, l’armée marocaine a reçu, toujours selon le chercheur, environ 200 000 fusils d’assaut et 20 000 mitrailleuses américaines, de quoi équiper gratuitement l’ensemble de ses troupes.

Après les changements politiques en Égypte, le Maroc s’est retrouvé le deuxième bénéficiaire des EDA dans le monde après Israël. 

Pour ce qui est des achats, les Forces royales de l’air avaient, en 2007, cassé leur tirelire pour acheter 24 chasseurs F-16 Block 50/52 à Lockheed Martin, pour 2,4 milliards de dollars. 

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Une source chez Bell Textron a confié à MEE que le Maroc s’acheminerait vers une commande de douze autres F-16 Block 70 plus modernes que ceux déjà dans la flotte aérienne chérifienne. Le Maroc pencherait aussi pour l’achat d’un escadron d’une douzaine d’hélicoptères d’attaque Bell AH-1 Super Cobras. 

Il semblerait aussi que Rabat ne se soit pas contenté du don des 162 chars Abrams et que l’armée de terre profite qu’ils soient encore aux États-Unis pour demander une modernisation et une mise à jour de ces chars vers un format plus moderne. 

Le coût de cette modernisation est estimé à plus de 150 millions de dollars et fait l’objet actuellement d’une procédure d’acceptation par le Congrès américain dans le cadre d’un Foreign Military Sales (FMS, procédure de validation par le Congrès d’une vente d’armes à l’étranger).