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« Que Dieu te maudisse ! » : le cheikh Chemssou attaque le chef des wahhabites algériens

Un imam algérien très populaire a publiquement appelé les autorités à criminaliser l’idéologie wahhabite suite aux déclarations d’un autre imam, Mohamed Ali Ferkous
L'imam algérien Chemseddine a qualifié le cheikh Ferkous, chef de file des wahhabites en Algérie, d'« agent d’un État étranger » (capture d'écran)

ALGER – L’imam algérien Chemseddine Bouroubi, star de la télévision grâce à son émission diffusée sur la chaîne privée Ennahar TV et ses « téléfatwas », a violemment attaqué l’un des pôles du salafisme wahhabite en Algérie, Mohamed Ali Ferkous.

Mercredi 4 avril, dans son émission « Insahouni » (Conseillez-moi), très suivie en Algérie, le cheikh Chemseddine, plus connu sous le diminutif de Chemssou attribué par ces nombreux fans, a réagi au dernier communiqué de l’imam Ferkous. 

Fin mars, ce dernier avait excommunié un large pan des écoles et des courants musulmans en Algérie, tout en excluant aussi des « fidèles à la tradition du prophète » (ahl as-sunna wa al-jamaâ). 

« Le chef de la fitna [discorde] en Algérie a écrit un communiqué et il a exclu tout le monde de la tradition de la sunna, il veut y rester tout seul ! Et bien reste seul ! Nous avons notre tradition de la sunna, des milliers et des milliers de savants sunnites algériens sont là dans notre histoire pour le prouver. L’islam fait rentrer les gens en religion, mais vous et votre doctrine, vous faites le contraire, vous excluez tout le monde, vous êtes en dehors de la religion, la vraie ! », s’emporte l’imam Chemseddinedans sa diatribe télévisée. 

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Et s’adressant directement à Ferkous, qui l’avait plusieurs fois critiqué et traité de « faux mufti », Chemseddine lance : « Que Dieu te maudisse, toi et tes idées ! Tu veux chasser les Algériens de leur propre pays ? Tu crois que les ibadites sont tombés du ciel ou bien qu’ils ont jailli des montagnes du Tassili ? Ce sont des Algériens, fils d’Algériens, petit-fils d’Algériens ! »

« Regardez les États-Unis : quiconque propage les idées du Hezbollah ou du Hamas palestinien, considérés par les Américains comme ennemis, est puni par la loi »

- Chemseddine Bouroubi

Chemseddine Bouroubi, connu aussi comme Chemseddine al-Djazaîri (l’Algérien) va plus loin en demandant aux autorités algériennes de « criminaliser l’idéologie wahhabite ».

« Pour éviter la fitna, l’État algérien devrait imposer une loi qui criminalise l’appartenance à la doctrine wahhabite. Regardez les États-Unis qui ont, à tort ou à raison, défini exactement qui sont leurs ennemis et qui sont leurs amis. Quiconque propage les idées du Hezbollah ou du Hamas palestinien, considérés par les Américains comme ennemis, est puni par la loi », rappelle-t-il.

« Ces pratiques ne seront pas ignorées »

« Ici, nous n’avons pas de loi algérienne contre ceux qui ramènent leurs livres, parlent de ‘’takfir’’ (excommunication), de meurtre, de sectarisme, de l’allégeance aux puissances autres que l’Algérie… des livres qui qualifient le gouvernement algérien et le peuple algérien d’apostats et qui excluent soufis, achaaris, ibadites, les frères musulmans, etc., de la communauté des croyants. »

Pour rappel, la traditionnaliste Association des oulémas musulmans algériens, avait qualifié le texte de Ferkous de « grave dérive », lui reprochant d’exclure des courants entiers du sunnisme et appelant les oulémas (savants) et exégètes musulmans algériens à dénoncer ces excommunications. 

« Les wahhabites ont porté les armes, ont tué, ont kidnappé, ont détruit et incendié »

- Chemseddine Bouroubi

Dans sa réponse, l’imam Chemseddine, dans une langue algéroise populaire, cite le cas des poursuites judiciaires contre les ahmadis, un courant musulmans que les autorités algériennes ne tolèrent guère : « Et pourtant, les membres de ce groupe n’ont ni porté les armes, ni assassiné des soldats de l’armée algérienne ou des gendarmes ou des civils, ni kidnappé des jeunes filles, ni incendié des entreprises… Alors que les wahhabites ont porté les armes, ont tué, ont kidnappé, ont détruit et incendié… 200 000 morts … et avec tout cela, il n’y a pas de loi contre l’idéologie wahhabite ! ». Chemseddine fait référence ici à l’insurrection armée islamiste qui a plongé l’Algérie durant près de vingt ans dans une terrible guerre civile. 

Fin mars, le ministre des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa, avait réagi au texte de Ferkous : « C’est cette pensée qui a produit la tragédie des années 1990 », a-t-il déclaré devant la presse. Le ministre a également averti l’imam wahhabite : « L'État va faire face aux idées sectaires qui tentent de diviser la société et à ces pensées déviantes. Ces pratiques ne seront pas ignorées, comme cela se passait auparavant, elles seront combattues avant que ces idées ne s'enracinent dans la tête de nos enfants, dans les écoles, les mosquées et les universités. Et pour qu'elles ne soient pas la cause qui fera couler le sang des Algériens ».

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De son côté, l'université al-Azhar, la plus grande autorité religieuse sunnite, basée au Caire, a également critiqué les déclarations de cheikh Ferkous : « La fatwa de ce cheikh algérien est dangereuse et n’a aucune assise ».

Revenant sur les liens entre les imams et notables religieux algériens d’obédience wahhabite et l’Arabie saoudite, Chemseddine pointe les attaques de Ferkous contre le nationalisme algérien : « Al-Madkhali [référence saoudienne ayant créée un courant wahhabite portant son nom] joue avec ces imams comme il veut, parce que leur allégeance ne va pas à l’Algérie. Ces personnes ont peur d’al-Madkhali, mais pas de Dieu ».

Des membres de la petite communauté des ahmadis prient chez eux, à Tipasa, à 80 km à l'ouest d'Alger (AFP)

Chemseddine accuse directement Ferkous d’être « l’agent d’un État étranger » : « Le ministre des Affaires religieuses a juste dit qu’il faut être musulmans et Algériens, musulmans et patriotes : alors le chef des wahhabite ici lui répond en excluant le patriotisme de l’islam ! ».