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Scission « imminente » entre le Front al-Nosra et al-Qaïda, assurent certaines sources

Des sources affirment à MEE qu’al-Nosra va changer de nom et pourrait perdre son financement afin de « s’intégrer plus profondément dans l’insurrection syrienne »

Le Front al-Nosra annoncera très prochainement sa scission officielle d’al-Qaïda, ont confirmé lundi plusieurs sources.

Des militants de l’opposition dans le sud de la Syrie ont indiqué à Middle East Eye qu’ils s’attendaient à ce que cette information soit annoncée très bientôt, les informations des médias arabes suggérant que le leader du groupe Abu Mohammad al-Jolani fera une de ses très rares apparitions pour proclamer son indépendance par rapport au groupe militant.

Des sources au sein d’al-Nosra, une des factions anti-gouvernementales les plus efficaces dans la guerre civile en Syrie, ont déclaré que le nouveau groupe allait changer son nom en Jabhat Fateh al-Sham. Ils ont également souligné que le groupe perdrait son accès aux fonds d’al-Qaïda, bien que les analystes aient contesté ces affirmations.

Mohamed Okda, un expert sur les questions syriennes qui est impliqué dans les négociations avec les groupes syriens, a affirmé à MEE que l’argent continuerait à affluer parce que la majeure partie du financement du groupe provenait de donateurs privés du Golfe qui n’abandonneraient pas la cause syrienne puisqu’il était peu probable qu’al-Nosra renonce à son héritage idéologique.

« Al-Nosra fait cela pour acculer les autres groupes rebelles comme Ahrar [al-Sham] et d’autres, et les pousser à se joindre au nouveau front syrien qu’annoncera al-Nosra », a déclaré Okda à MEE.

« Il se pourrait qu’ils coupent les ponts avec al-Qaïda en tant qu’organisation », a-t-il nuancé, ajoutant qu’il connaît à la fois des combattants étrangers et arabes du Front al-Nosra.

« [Cependant,] ils ne rompent pas avec l’idéologie d’al-Qaïda. [Ils] croient fermement en l’idéologie d’al-Qaïda et en le fait d’attaquer l’Occident. Ils respectent énormément [l’ancien dirigeant Oussama] Ben Laden. Ainsi, la séparation n’est pas idéologique, mais organisationnelle. »

Les rumeurs d’une scission circulent depuis samedi lorsque Charles Lister, analyste syrien, a tweeté que le Conseil de la Choura d’al-Nosra avait voté la rupture de ses liens avec al-Qaïda, bien que les canaux médiatiques officiels d’al-Nosra n’aient pas encore réagi.

Traduction : « Source islamiste haut placée en #Syrie : "Le Conseil de la Choura d’al-Nosra a voté la rupture de ses liens avec al-Qaïda. Peut-être demain." [Je ne peux pas confirmer] » – Charles Lister (@Charles_Lister)

Ces rumeurs interviennent alors qu’on a signalé un supposé pacte entre les États-Unis, qui soutiennent des éléments de l’opposition syrienne, et la Russie, qui soutient le président syrien Bachar al-Assad, afin de cibler al-Nosra en plus du groupe État islamique (EI), dont al-Nosra s’était scindé en 2014.

L’envoyé de l’ONU pour la Syrie Staffan De Mistura a déjà appelé à Washington et Moscou à faire en sorte de réduire l’« ambiguïté non-constructive » entourant al-Nosra, affirmant que cela « était l’un des principaux problèmes pour la durabilité de la cessation des hostilités ».

Al-Nosra, tout comme l’EI, était exclu de l’accord de cessez-le-feu partiel négocié par les Nations unies plus tôt cette année en raison de son statut international de groupe terroriste.

Il a également affronté d’autres groupes rebelles d’opposition, en particulier ceux qu’il considère comme ayant reçu un soutien américain.

Un éminent chercheur du militantisme islamique a confié à MEE qu’il croyait que ces rapports de scission étaient crédibles et que cette décision avait été approuvée par les dirigeants d’al-Qaïda.

 « Rien ne confirme définitivement cela, mais j’ai l’impression que cela se fait avec l’approbation d’al-Qaïda », a indiqué Aymenn al-Tamimi, chercheur au Middle East Forum, un think tank américain.

Selon Tamimi, la scission a probablement été motivée par la menace du nouvel accord russo-américain qui ciblerait le groupe en Syrie et avait été orchestrée en gardant le public local à l’esprit.

« C’est quelque chose qui reflète une stratégie d’al-Qaïda visant à intégrer plus profondément le Front al-Nosra dans l’insurrection syrienne », a-t-il affirmé.

Les combattants du Front al-Nosra luttent depuis longtemps aux côtés d’autres groupes d’opposition syriens contre les forces pro-gouvernementales, le groupe étant à son plus fort dans sa base de pouvoir située dans le nord du pays, dans les provinces d’Alep et Idlib, où l’on estime qu’il commande entre 10 000 et 15 000 combattants.

Le groupe dispose également d’environ 700 combattants autour de Deraa, dans le sud de la Syrie, bien que les dirigeants de la force d’opposition principale, le Front du Sud, cherchent à s’en distancier.

L’an dernier, le Front al-Nosra, Ahrar al-Sham et plusieurs autres factions dans le nord de la Syrie ont formé une alliance appelée Jaysh al-Fatah, ou l’Armée de la conquête.

Mais plus tard, le Front al-Nosra a quitté Jaysh al-Fatah alors que circulaient des informations au sujet de tensions avec Ahrar al-Sham quant à ses connexions avec al-Qaïda, suite auxquelles le groupe a été officiellement désigné comme une organisation terroriste par les États-Unis et les Nations unies.

En mai, MEE a rapporté qu’un islamiste égyptien de premier plan qui avait été envoyé en Syrie pour persuader le Front al-Nosra de mettre de côté ses ambitions mondiales et de se concentrer sur la lutte contre le gouvernement Assad avait été tué par une frappe de drone américaine.

Selon Okda, la question clé pour le nouveau groupe qui se formera est de savoir si les États-Unis et la Russie le reclasseront : « Une fois qu’il [Jolani] aura fait cette annonce, la question clé sera de savoir si Jolani sera considéré comme un terroriste ou non. »

Il a souligné que si cette manœuvre réussissait, il était très important de former un nouveau modèle pouvant être utilisé à l’avenir pour retirer les groupes militants du front rebelle syrien.

Sur les réseaux sociaux, des militants pro-Front al-Nosra ont émis l’hypothèse que la scission a été planifiée depuis un certain temps par le chef d’al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, soulevant la possibilité qu’il s’agisse d’une composante d’un objectif « djihadiste salafiste » plus large approuvé par al-Qaïda.

Hassan Hassan, chercheur à Chatham House, think tank spécialisé dans la sécurité, a indiqué sur Twitter que de nombreux commandants du Front al-Nosra sur le terrain avaient affirmé que le groupe resterait le même, même s’il changeait de nom.

Traduction : « 5. Le moral des combattants va reculer
6. La rupture des liens ouvre la porte à des compromis
7. Les autres factions ne répondront pas à la manœuvre du Front al-Nosra »
Hassan Hassan (@hxhassan)

« #INFO De nombreuses déclarations ont été formulées par des leaders du Front al-Nosra sur le terrain : tous réitèrent que le Front al-Nosra restera le même, même s’il abandonne son nom. » Hassan Hassan (@hxhassan)

Alors que le Front al-Nosra a fait la promotion d’une version conservatrice de l’islam sur le territoire sous son contrôle, on considère généralement que le groupe a également pris soin de ne pas aliéner les populations locales en distribuant de la nourriture et de l’aide et en menant des programmes d’enseignement islamique et d’aide sociale.

Cependant, selon un rapport publié plus tôt ce mois-ci par Amnesty International, le Front al-Nosra, Ahrar al-Sham ainsi que d’autres groupes rebelles ont mis en place des bureaux de procureurs, des forces de police et des centres de détention non officiels dans les zones qu’ils contrôlent et s’en servent pour appliquer une interprétation stricte de la loi islamique, imposant des peines relevant de la torture.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.