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Tunisie : attaque contre la garde nationale à un moment délicat pour le gouvernement

Six membres de la garde nationale ont été tués ce dimanche 8 juillet dans une embuscade près de la frontière algérienne : un drame qui intervient dans un contexte sensible pour la Tunisie
Certains n'hésiteront pas à faire porter la responsabilité de l'attaque sur le gouvernement – et le Premier ministre Youssef Chahed, en photo – qui devrait être remanié dans les prochaines semaines

TUNIS – Un attentat a visé, ce dimanche, la garde nationale tunisienne à Ghardimaou, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière algérienne.

Joint par Middle East Eye, le Premier ministère évoque un bilan de six morts. Selon les premières informations, c'est une patrouille de routine de la garde nationale, force armée sous l'autorité du ministère de l'Intérieur, qui aurait été visée. 

« La patrouille a été victime d’une embuscade et ciblée par une mine antichar », a expliqué le colonel Houssemeddine Jebabli, porte-parole de la garde nationale, dans une déclaration accordée à Mosaïque FM. 

« La période actuelle doit être considérée non comme une victoire sur les combattants, mais comme une pause instable »

- Un rapport de Carnegie

L'attaque aurait eu lieu vers 11h45, selon le ministère de l’Intérieur, sur la route reliant Al Fajia à Essraya. 

Le site local Businessnews évoque des blessés et estime que le bilan pourrait s'alourdir. 

« Huit membres de la garde nationale ont été tués dans une embuscade tendue ce matin par un groupe terroriste », a également indiqué le général Sufyan al-Zaq à l'AFP, alors que les autorités s'en tenaient, au moment de la publication de cet article à six victimes. 

« Les opérations de ratissage sont en cours en vue d'appréhender le groupe terroriste responsable de ladite opération », assure le communiqué du ministère de l'Intérieur publié en milieu de journée.

À LIRE ► Tunisie : les islamistes armés sont-ils toujours une menace ? 

La Tunisie, qui vit sous état d'urgence depuis 2015, n'a pas subi d'attaque de grande ampleur depuis mars 2016 à Ben Guerdane, près de la frontière avec la Libye. Pourtant, la menace islamiste armée n'est pas totalement éloignée. Dans un rapport publié le 28 juin dernier sur le site Carnegie, Matt Herbert, spécialiste sécurité et gouvernance stratégique, prévenait : « La période actuelle doit être considérée non comme une victoire sur les combattants, mais comme une pause instable. » 

En février dernier, le camping d'Ain Soltane, dans le secteur de Ghardimaou, avait été fermé temporairement « suite à la détection de mouvements de cellules terroristes dans la zone montagneuse proche du centre du camping » avaient indiqué les autorités. 

Une opposition de plus en plus hostile

À 220 kilomètres plus au sud, dans la région de Kasserine, un berger, Mohamed Griri, a succombé, le 24 juin dernier, à des tortures infligées par un groupe armé.

Dans son édition du 12 juin, le journal algérien Al Bilad citait un rapport entre les services de renseignements des deux pays mentionnant la présence d'une centaine d’islamistes armés installés dans les montagnes proches de la frontière. Ceux-ci seraient prêts à commettre des attentats.

La situation est d'autant plus sensible pour la Tunisie que le secteur du tourisme commence tout juste à se relever

La situation est d'autant plus sensible pour la Tunisie que le secteur du tourisme commence tout juste à se relever, après quelques années de crise liée à la situation sécuritaire. Par ailleurs, le Premier ministre Youssef Chahed doit faire face à une opposition de plus en plus hostile.

Certains n'hésiteront pas à faire porter la responsabilité de l'attaque sur le gouvernement qui devrait être remanié dans les prochaines semaines. L'attaque survient d'ailleurs quasiment un mois après le départ du ministre de l'Intérieur Lotfi Brahem. Ainsi Saïd Aïdi, ancien ministre de la Santé, s'est déjà exprimé sur Twitter.

Traduction : « Deuil pour les âmes de nos martyrs de la garde nationale et deuil pour ce gouvernement stérile. Ce qui s’est passé aujourd’hui est un séisme politique ! »

Dans la soirée, Alger a réagi : « Nous condamnons avec force l’attaque terroriste qui a ciblé une patrouille de la garde nationale tunisienne », a déclaré Abdelaziz Benali Cherif à l’agence de presse officielle. 

« Nous nous inclinons devant le sacrifice des six soldats tunisiens tombés dans l’accomplissaient de leur devoir au service de leur pays et présentons nos sincères condoléances à leurs familles, ainsi qu’au peuple et au gouvernement tunisiens frères », a-t-il ajouté. 

« Tout en réitérant notre entière solidarité avec la Tunisie, nous demeurons convaincus que le terrorisme haineux et aveugle ne saura entamer la détermination de ce pays frère, de ses dirigeants et de son peuple à combattre ce fléau et à le défaire. »