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Tunisie : face aux syndicats, les lycéens du public entrent en grève

Examens boycottés, cours supprimés, notes suspendues… Face au blocage des lycées publics, élèves et parents manifestent et dénoncent les syndicats
Le syndicat de l’enseignement secondaire a appelé à une nouvelle grève des enseignants le 6 février ainsi qu’à un boycott des examens (MEE/Lilia Blaise)

TUNIS – Eya ben Youssef a 17 ans et étudie au lycée des arts d’El Omrane en centre-ville de Tunis. Cela fait une semaine qu’elle ne va plus en cours, comme beaucoup de ses camarades qui ont manifesté lundi 28 janvier devant le théâtre municipal de Tunis, sur l’avenue Habib Bourguiba.

Initié sur Facebook, le mouvement « Till when ? » (jusqu’à quand ?) a réuni plusieurs centaines de lycéens dans le grand Tunis ce lundi. Jeudi 24 janvier, les parents manifestaient pour les mêmes causes. Dans tout le pays, les sit-in et les blocages de lycées se multiplient en réponse à la crise entre le gouvernement et les syndicats enseignants.

Eya porte un tissu rouge noué autour du bras et crie avec les autres des slogans tels que : « Les élèves sont apolitiques mais sont les premières victimes ! ». « Le problème, c’est que chaque année, on subit les grèves et les absences. Cela fait bientôt quatre ans que ça dure et nous, on n’en peut plus », témoigne-t-elle à Middle East Eye.

La crise de l’enseignement secondaire qui oppose le syndicat au gouvernement dure depuis plusieurs années mais cette année, la demande de prime salariale de pénibilité pour les enseignants n’a pas abouti. Et le ton monte.

Les négociations des enseignants se mêlent aussi à la crise politique entre la centrale syndicale (UGTT) et le gouvernement sur les hausses salariales dans le secteur public. Le 17 janvier, les écoles publiques ont été fermées dans le cadre d’une grève générale.

La peur d’une année blanche

Pour les élèves des lycées publics et leurs parents, les grèves, les absences à répétition mais surtout la rétention des notes de la part des professeurs ont provoqué une colère générale. En toile de fond, la peur d’une année blanche.

« L’année dernière, déjà, les parents n’ont pas pu obtenir les notes et les bulletins de leurs enfants. Cette année, les professeurs ont boycotté des examens ! Il faut que nous fassions entendre notre voix. D’ailleurs, c’est pour cela que lorsque les parents ont manifesté le 24 janvier, ils se sont orientés directement vers le siège de la centrale syndicale », explique Abdelaziz Chouk, l’un des coordinateurs du mouvement la Voix des parents mécontents, qui rassemble plus de 50 000 membres sur Facebook.

Il rapporte à MEE que près de 1 500 plaintes ont été déposées dans tout le pays contre la centrale syndicale au nom du « droit au travail ». « Le syndicat a le droit d’exprimer son droit constitutionnel à la grève mais les enfants aussi ont un droit constitutionnel, celui à l’éducation », ajoute-t-il.

Du côté des élèves, les jeunes se veulent pacifistes, mais ils ne sont plus silencieux. Zied ben Othman et Amine Charki sont scolarisés au lycée de Menzah 9 à Tunis. Ils font partie du nouveau syndicat créé par plusieurs lycéens, le Syndicat national des élèves tunisiens, qui n’a pas encore d’existence juridique.

« Nous voulions vraiment faire entendre notre voix de la même façon que le font les professeurs, et éventuellement prendre part aux discussions actuelles pour aussi montrer notre vision des choses. Les revendications de nos professeurs sont légitimes, mais le problème reste la manière de faire », affirme Zied à MEE. « L’idée n’est pas d’être dans la politiques ou dans le conflit mais vraiment de préserver les droits des élèves à étudier dans de bonnes conditions », ajoute Amine.

Ce lundi, le ministère de l’Éducation négociait une sortie de crise avec le syndicat de l’enseignement secondaire qui, d’après le porte-parole Lassad Yacoubi, se serait soldé par un échec. Il appelle à une nouvelle grève des enseignants le 6 février ainsi qu’à un boycott des examens.

« Si cela se confirme, nous allons devoir faire pression sur les syndicats car ce n’est plus possible ! », s’emporte Mohamed Ayedi, coordinateur de la Voix des parents mécontents à Sfax, la deuxième ville du pays. « La majorité des parents pense que le problème vient des syndicats car les décisions qu’ils prennent sont trop agressives pour les enfants, ils n’ont pas de ligne rouge. »