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Vif débat en Arabie saoudite sur la vidéo du passage à tabac d’une femme en public

Des témoins oculaires affirment que la police religieuse du royaume a attaqué la femme, tandis que ses défenseurs disent que les policiers la protégeaient
L’incident est survenu dans une rue animée à l’extérieur d’un centre commercial de la capitale, Riyad (AFP)
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Une séquence vidéo montrant une femme battue publiquement dans la rue est devenue virale en Arabie saoudite, divisant les commentateurs entre partisans et détracteurs de la police religieuse du royaume.

La vidéo, qui a commencé à se répandre sur Internet en début de semaine dernière, montre une femme qui pleure tandis qu’un homme la jette violemment au sol devant le centre commercial Nakheel, dans le centre de Riyad.

L’homme semble alors lui donner un coup de pied avant d’être tiré en arrière par un autre homme.

À la fin de cette courte vidéo, qui ne dure que 25 secondes et semble avoir été filmée avec un téléphone portable, on voit la femme se lever et fuir alors qu’un homme tenant un bâton essaie apparemment de la retenir.


Une femme a déclaré mardi au site d’informations panarabe al-Hayat – lequel appartient à un membre de la famille royale saoudienne mais a été interdit à plusieurs reprises dans le royaume – que cette vidéo avait saisi en partie l’agression perpétrée par la police religieuse saoudienne dont une de ses amies et elle avaient été victimes.

Cette femme, qui n’a pas été identifiée, a déclaré qu’elles étaient à la recherche d’un taxi à l’extérieur du centre commercial lorsqu’elles ont été arrêtées par la police qui leur a demandé de se couvrir le visage.

Quand elles ont refusé, a-t-elle rapporté, les policiers ont « essayé de nous faire monter de force dans leur voiture – mais nous avons refusé tant que nous n’avions pas contacté nos familles. Puis l’officier et ceux qui se trouvaient avec lui ont alors essayé de nous entraîner par la force. »

La femme qui a parlé à al-Hayat a expliqué que, si elle avait pu s’échapper à l’intérieur du centre commercial, son amie avait quant à elle tenté de fuir dans la direction opposée, vers la rue – « c’est là que se sont produits les événements que tout le monde a vus dans la vidéo ».

La branche locale de la police religieuse a indiqué qu’elle enquêtait sur l’incident et qu’elle « prendra[it] toutes les mesures nécessaires en fonction des conclusions ».

Les partisans de la police religieuse, un organisme gouvernemental chargé de faire respecter une interprétation stricte de la loi islamique, ont suggéré que la vidéo montrait en fait des agents intervenir pour protéger une femme agressée par son frère.

Cependant, un agent de sécurité du centre commercial étant intervenu pour mettre fin à l’agression a plus tard témoigné devant la caméra que les agents de la police religieuse n’avaient pas aidé cette femme.

« L’homme qui l’a battue n’était pas son frère », a déclaré Moubarak al-Dowsari dans une autre interview d’al-Hayat.

« La police religieuse est la première responsable de cet incident. »

Dowsari a allégué qu’il s’agissait, en fait, des membres de la police religieuse qui avaient exposé le corps de la femme, un acte choquant à Riyad, l’une des villes les plus conservatrices d’Arabie saoudite.

Des militants ont lancé mardi un hashtag Twitter pour soutenir Dowsari, demandant à ce qu’il soit protégé au cas où il serait agressé pour avoir critiqué la police.

Une source du contre commercial a confirmé mardi que Dowsari avait été relevé de ses fonctions jusqu’à ce qu’un travail lui soit trouvé dans un autre endroit.

La vidéo et les déclarations des témoins ont suscité de vifs débats en Arabie saoudite la semaine dernière, les commentaires opposant partisans et détracteurs de la police religieuse.

Une célèbre militante pour les droits des femmes, Souad al-Shammari, a dit sur Twitter que le royaume devait changer son système juridique pour « protéger les plus faibles ».

« Qu’importe la façon dont on le voit, c’est un incident honteux et grotesque qui brise le cœur. Il est clair qu’il faut une série de lois qui protègent les plus faibles et préservent la dignité [des personnes], laquelle a été piétinée sur ce trottoir. »

Le prédicateur populaire Mohammed al-Badiri a quant à lui déclaré que la police religieuse avait protégé la femme contre une attaque de son frère.

« Est-ce que ceux qui ont maudit et insulté la police religieuse, laquelle a protégé une femme de son frère après qu’il l’a découverte avec un jeune homme, vont se rétracter et présenter des excuses à la police ? »

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.