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INTERVIEW : Dr Jamal Zahalka, leader du parti Balad

Middle East Eye s'est entretenu avec Jamal Zahalka, leader du parti Balad et architecte de la Liste unifiée pour les élections israéliennes
Jamal Zahalka, Ayman Odeh et Ahmed Tibi répondent aux questions des journalistes lors d'une conférence de presse donnée par les membres de la Liste unifiée (AFP)

Pour la première fois dans l'histoire du monde arabe, les nationalistes arabes, les communistes et les islamistes ont uni leurs forces pour faire campagne sous une seule et même liste dans le but de remporter des sièges à la Knesset à l'issue des élections législatives israéliennes.

Cette unité entre les partis arabes a été forcée par les circonstances, les règles électorales ayant été modifiées afin d’augmenter le pourcentage de voix nécessaire pour entrer à la Knesset.

Cette unité pourrait toutefois permettre une augmentation du nombre de membres non-sionistes à la Knesset, qui pourrait passer de onze à quinze. Architecte et principal moteur de cet accord, le Dr Jamal Zahalka, leader du parti Balad, explique à Middle East Eye l'importance de cette unité et les forces qui entrent en jeu dans sa communauté.

MEE : Comment la Liste unifiée influencera-t-elle l'équilibre des forces à la Knesset ?

Jamal Zahalka : Bien entendu, nous attendons les élections, mais je peux d'ores et déjà vous dire que notre poids politique sera plus important et que nous aurons plus de membres à la Knesset. Je viens de rencontrer les ambassadeurs européens à Tel Aviv et chacun d'eux est venu nous écouter ; ils ne s'adressent pas à nous comme à des partis, mais comme à des représentants de la minorité nationale. Désormais, les membres de notre communauté soutiennent vivement la nouvelle Liste unifiée.

MEE : Combien de sièges pensez-vous remporter ?

JZ : Nous visons quinze sièges. Cela dépend du taux de participation des électeurs. En effet, dans tous les cas, nous n'aurons pas plus de 80 % des électeurs de notre communauté. Je base ce chiffre de quinze sièges sur l'hypothèse que les Arabes voteront dans les mêmes proportions que la communauté juive. Pour le moment, nous pâtissons d'une sous-représentation due à une différence importante entre le taux de participation des Arabes et celui des juifs. Lors des dernières élections, seulement 56 % des Arabes ont voté, contre 70 % des juifs. Si les deux communautés ont le même taux de participation, nous remporterons quinze sièges.

MEE : Quel effet aura la Liste unifiée sur l'équilibre des forces à la Knesset ?

JZ : Celle liste s'appelle la Liste unifiée, et non la Liste arabe unifiée, car elle contient également des juifs. Nous avons M. Dov Khanin, huitième candidat sur la liste du Hadash, et Mme Leah Tsemel, vingtième candidate sur la liste du Balad. Obtenir quinze sièges à la Knesset pourrait faire une grande différence en Israël. L'aile droite a regroupé soixante-et-un membres à l'issue des dernières élections. S'il y en avait eu cinquante-neuf, cette différence de deux sièges aurait pu tout changer, et compromettre en particulier les espoirs d'un troisième mandat pour Netanyahou. Nous pourrions avoir une influence à ce niveau.

MEE : Etes-vous consterné par Isaac Herzog, qui attaque Netanyahou au sujet de l'argent dépensé dans les colonies plutôt qu’au sujet des colonies elles-mêmes ?

JZ : Non, parce qu'il n'y a pas d'énorme différence entre lui et Netanyahou. Le Parti travailliste est le Likoud bis. On ne trouve pas de différence significative entre eux et M. Netanyahou. Ils sont en faveur de la judaïsation de Jérusalem-Est. Ils sont les ingénieurs du système de discrimination raciale à l'encontre des citoyens palestiniens d'Israël. Ils ont soutenu la guerre à Gaza. Ainsi, au lieu d'apporter une alternative à M. Netanyahou, ils l'attaquent en l'accusant de corruption. Vous n'êtes pas sans savoir que la dernière accusation contre M. Netanyahou concerne ses dépenses domestiques. C'est comme si Al Capone était poursuivi pour évasion fiscale. M. Netanyahou devrait être accusé d'avoir tué 2 200 personnes à Gaza, dont 400 enfants, d'avoir détruit 93 familles et attaqué les Palestiniens encore et toujours. C'est à cette accusation-là qu'il doit répondre devant un tribunal. La question de l'argent est marginale. Le simple fait d'évoquer les antécédents de corruption de Netanyahou est une tragédie.

MEE : Le Dr Mohammed Shtayyeh, de l'Autorité palestinienne, a déclaré que la Palestine de 1948 jouera un rôle beaucoup plus important dans le conflit israélo-palestinien. Comment réagissez-vous à cette déclaration ?

JZ : Remettons notre unité dans son contexte. C'est la première fois dans l'histoire de la nation arabe que le courant communiste avance main dans la main avec le courant nationaliste et le courant islamiste. Cette unité est sans précédent. Cela n'est jamais arrivé par le passé. Le Moyen-Orient dans lequel nous vivons est fou. Il existe une polarisation dans tout le monde arabe et toutes les communautés arabes, et même au Royaume-Uni, les communautés arabes sont polarisées. Nous sommes cernés par la polarisation, les guerres et le sectarisme, et nous avons décidé de protéger notre communauté de tout cela. Bien sûr, nous voyons aussi que les Palestiniens connaissent un clivage entre le Hamas et le Fatah, entre Gaza et la Cisjordanie. Nous espérons que notre unité apportera un message d'unité au peuple palestinien. Nous voulons bien entendu jouer un rôle plus important dans la politique palestinienne et essayer de pousser les partis vers une sorte d'unité. C'est un message très important à l'attention des partis palestiniens, indiquant qu'une partie de notre peuple, une partie importante de la Palestine de 1948, est unie ; c'est donc un message d'unité pour notre peuple.

Trois facteurs ont contribué à la formation de la Liste unifiée : premièrement, le soutien massif apporté à l'unité par notre communauté. 90 % des membres de notre communauté sont en faveur de celle-ci. La deuxième raison est la montée du racisme et du fascisme en Israël. Le XXe siècle nous a appris que la lutte contre le racisme et le fascisme nécessite l'union de toutes les forces qui les combattent. Nous devrions ainsi commencer par notre communauté pour nous baser sur cette stratégie avec les autres forces en Israël afin d'isoler le racisme. C'est une stratégie politique que nous devrions adopter, et nous ne pouvons pas l'adopter si nous sommes divisés. La troisième raison est que la Knesset a relevé le seuil électoral à 3,5 %, ce qui équivaut à environ quatre sièges au parlement. Toutes les listes arabes étaient proches de ce seuil ; en élaborant cette règle, [le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor] Lieberman et la droite israélienne ont estimé que les nationalistes ne se seraient jamais réunis avec les communistes. Ils ont eu tort, et nous pouvons transformer notre unité en une arme contre Lieberman.

MEE : Quelle est votre réaction à la victoire de Haneen Zoabi à la Cour suprême ?

JZ : L'affaire pour laquelle Haneen s'est présentée devant la Cour suprême a souligné le fossé qui existe entre les chefs d'accusation concrets et l'incitation à la haine contre elle, la diabolisation de son personnage et les affirmations politiques quant à son soutien présumé au terrorisme contre les juifs. Lorsque la Cour a entendu les faits, le tableau a complètement changé. Huit juges sur neuf se sont prononcés en faveur de son droit de briguer un siège à la Knesset. En tout cas, dans sa déclaration à la cour, Haneen Zoabi a insisté sur le fait qu'elle n'est pas prête à qualifier de terrorisme la lutte des Palestiniens, quel que soit le prix qu'elle devra payer pour cette position, car il s'agit d'une lutte légitime pour la libération de la nation. Haneen a souligné l'importance de sa présence à la Knesset. Si elle avait dit ce qu'elle a dit sans être membre de la Knesset, personne n'y aurait porté une quelconque attention. Il y avait quatre dirigeants de notre communauté sur le Mavi Marmara, mais l'actualité a porté intégralement sur elle. Ce qui a rendu furieux l'Etat d'Israël, c'était sa présence sur ce navire en tant que membre de la Knesset. La contestation est d'autant plus efficace en étant membre de la Knesset.

MEE : A quoi ressemble l'atmosphère dans la Palestine de 1948 ?

JZ : Israël vire toujours plus à droite. La compétition à la Knesset se joue entre des partis capables de proposer des lois encore plus draconiennes contre la liberté d'expression et contre nos droits. A la Knesset, le racisme est célébré. C'est une route à sens unique. A l'heure actuelle, on dénombre plus de cinquante lois discriminatoires et racistes, pas dans leur texte, mais dans leur mise en œuvre. Toutes les lois sur la confiscation de terres ont pour effet pratique la prise de terres aux Arabes, qui sont ensuite remises aux juifs.

Les lois les plus racistes portent sur le logement et les terres. La loi relative aux communautés de village donne aux comités d'admission de chaque village le droit de refuser un candidat souhaitant y vivre si ce dernier est jugé comme n'étant pas socialement acceptable. De ce fait, un candidat doit accepter les valeurs coloniales sionistes, ce qu'aucun Palestinien ne fera, assurément. Et si vous dites que vous acceptez ces valeurs, c'est que vous mentez. Ainsi, ils ont adopté une loi après que la Cour suprême d'Israël a accordé à une famille israélo-palestinienne le droit de vivre dans un village juif. On a donc désormais une loi qui permet de refuser un candidat sous prétexte qu'il est arabe. L'intention est là. Les villages contrôlent environ 70 % du territoire.

Il y a une autre loi, le forum d'administration des terres, qui vend les terres des réfugiés. Ces terres ont jusqu'à maintenant appartenu à l'Etat, mais lorsqu'elles sont détenues par des acteurs privés, on ne peut exiger leur restitution. En vertu du droit international, l'Etat n'est pas autorisé à céder les terres des réfugiés, de ceux qui ont été dépossédés par la guerre. Cette réglementation ne s'applique pas si la terre est entre les mains d'acteurs privés. La vente des terres des réfugiés palestiniens a une dimension politique pour l'avenir. A la Knesset, j'ai déclaré : « Vous, les Israéliens, vous n'achetez pas des terres de bonne foi car ce ne sont pas vos terres, ce sont des terres volées. » Et je suis également allé voir les dirigeants palestiniens pour dire cela. Parce que j'ai imaginé les négociations après vingt ans de discussions au sujet de ces terres, qu’on ne pourra pas les exiger puisque les citoyens israéliens diront qu'ils viennent de les acheter. Ou qu’ils ne savaient pas qu'elles appartenaient à quelqu'un d'autre.

Je vis à Kafr Qari. Avant 1948, nous avions 28 000 dounams [28 000 km2]. Aujourd'hui, nous avons 7 500 dounams [7 500 km2]. Et toutes les terres qui ont été confisquées à des fins de développement ne sont en aucun cas exploitées pour le développement, donc il nous est possible d'exiger leur restitution. Cependant, un autre point dans la loi stipule que si vos terres ont été confisquées il y a plus de vingt-cinq ans, vous ne pouvez pas exiger leur restitution. J'ai évoqué cette la loi à la Knesset et j'ai déclaré : « Vous nous trompez, ce n'est pas légal. » Le président de la Knesset [qui était à l'époque Reuven Rivlin] a rétorqué : « Dr Zahalka, vous êtes dans un Etat démocratique. Vous pouvez convaincre les membres de la Knesset de votre point de vue, et nous voterons : c’est ça la démocratie. Admettez au moins que vous bénéficiez de la démocratie et de la liberté d'expression, étant donné que vous pouvez protester contre la loi. » J'ai répondu : « Vous me proposez un accord injuste. Vous prenez des terres et vous me donnez la parole. » Rivlin a répliqué : « Donnez-moi vos terres et je vous donne la démocratie. »

Aujourd'hui, il y a beaucoup de colère et de frustration dans notre communauté. Les gens sont en colère, et cela ressort dans des événements comme ceux de Kfar Kana, où il y a eu une grève générale le deuxième jour et des manifestations de masse. Il y a eu des manifestations tout au long de l'offensive contre Gaza. Les gens n'avaient pas peur, des centaines de personnes ont été arrêtées et nous avons été attaqués. Même moi, membre de la Knesset, ils m'ont brisé un os. Les Palestiniens d'Israël s'affirment de plus en plus. Nous insistons davantage sur nos droits. Par exemple, ils ont voulu confisquer des centaines de dounams de terres dans le Néguev et expulser environ 40 000 personnes de leur foyer et de leurs terres dans les villages soi-disant non reconnus. C'était le plan Prawer. Je faisais partie de ceux qui disaient que nous n'avions pas d'autre choix que de gagner cette bataille. Et nous avons gagné suite à des affrontements qui ont vu nos jeunes bloquer les rues dans de nombreuses régions, d'Umm al-Fahm à Nazareth, et partout ailleurs. Il y a eu un mouvement de jeunes, la plupart issus du Balad, mais également d'autres partis ; ces jeunes ont pris part à de grandes manifestations et à des affrontements avec la police. J'étais là, Haneen était là, tout comme beaucoup d'autres dirigeants. A la fin, le gouvernement a finalement décidé de geler cette loi et de la retirer de la Knesset. Maintenant, ils essaient d'employer d'autres moyens.

Autrement dit, il est moins facile pour le gouvernement de nous prendre nos droits. Nous oppresser leur est de plus en plus difficile, car nous gagnons en confiance et en force. Maintenant, je veux créer ce nouveau visage montrant que notre communauté est riche de talents et de personnes. Et je veux l'organiser pour qu'elle soit plus unifiée. Nous faisons d'énormes efforts pour politiser et canaliser la colère populaire.

MEE : Obama et Kerry espèrent manifestement que le départ de Netanyahou pourrait de nouveau débloquer les négociations entre les Palestiniens et les Israéliens. Comment analysez-vous cela ?

JZ : Quels que soient les résultats des élections, la politique israélienne ne changera pas. Israël adopte en effet une stratégie de gestion du conflit et non de résolution du conflit. Le négociateur israélien a travaillé dans le cadre d'une gestion du conflit, tandis que la Palestine avait l'illusion ou le rêve de la résolution du conflit. Je pense que c'est une véritable tragédie. Je ne pense en aucune manière qu'Israël a la force intérieure ou la volonté de procéder aux changements nécessaires. A moins qu'il y ait une pression réelle sur Israël, rien ne changera. Par exemple, Netanyahou est quelqu'un de très extrême, positionné à droite. Je le connais très bien comme je suis tout le temps à la Knesset, mais dans le même temps, il est très faible en tant que Premier ministre. Pas comme Sharon ou les autres dirigeants. Si vous lui mettez la pression, il cède. Si vous négociez avec lui ou si vous employez la méthode douce à son égard, il devient arrogant et vous n'obtiendrez pas de concessions. Il existe une différence entre être extrême et être fort. Ce n'est pas la même chose.

MEE : Quelles pressions avez-vous en tête ?

JZ : En Europe, on s'accorde à dire qu'il faut mettre fin aux colonies et que les constructions devrait au minimum être interrompues. Pourquoi n'y a-t-il donc pas en Europe une campagne en faveur du boycott et des sanctions contre Israël vis-à-vis des colonies ? Je vous dis que les choses changeraient. Netanyahou céderait. Je me souviens lorsque les Européens ont établi de petites conditions sur l'étiquetage des produits provenant des colonies. Cela a rendu furieux l'Etat d'Israël, mais lorsque l'UE a insisté à ce sujet, Ehud Olmert, qui était alors ministre de l'Industrie, a signé l'accord. Le fait est que personne n'a essayé d'exercer de réelles pressions sur Israël ; dès qu'il y a une pression réelle, Israël recule.

MEE : Les accords d'Oslo sont-ils terminés ?

JZ : Les dégâts infligés par les accords d'Oslo au peuple palestinien continuent de se faire sentir. Cela est loin d'être fini, mais la solution à deux Etats est en train de dépérir. Les accords d'Oslo ont permis à Israël de parfaire sa stratégie ultime pour perpétuer l'occupation, celle de la ségrégation du peuple palestinien. Il s'agit là de la stratégie ultime du « diviser pour mieux régner », qui consiste à fractionner les Palestiniens entre Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem, et tous les endroits où il y a des postes de contrôle, et à diviser davantage les Palestiniens entre druzes, musulmans et chrétiens. Israël n'a pas un seul régime, mais plusieurs régimes. Le premier est le régime-mère, sous lequel Israël est démocratique uniquement pour les juifs d'Israël. Il y a beaucoup de problèmes avec ce régime, en particulier pour les juifs orientaux, mais cela reste encore un seul et même régime. Ensuite, il y a un sous-régime pour les Palestiniens d'Israël. C'est un régime sous lequel la discrimination est institutionnalisée. Puis il y a un autre régime pour la Cisjordanie, celui de l'apartheid, au sens sud-africain du terme. Il existe un quatrième régime pour les Arabes de Jérusalem-Est, où les armes de prédilection sont la judaïsation et l'attribution aux Arabes d'un statut à part. Un cinquième régime existe à Gaza, qui est un camp de prisonniers dans lequel Israël joue le rôle du gardien. Enfin, dans le plateau du Golan, un sixième régime est en vigueur, celui de l'occupation. Tous ces états de gouvernance distincts sont source de problèmes pour le régime-mère.

MEE : Quelles conditions pourraient être créées pour que de réelles négociations puissent avoir lieu ?

JZ : Pour éviter de parler de la fin du sionisme, car une des tragédies dont nous sommes victimes est le fait que le monde ne voit pas que le sionisme ne vaut pas mieux que l'apartheid, je préfère parler à la place de la fin de l'hégémonie sioniste. La fin de l'hégémonie sioniste est le début de la paix réelle ou de la reconstitution ; en effet, le principe qui a mis fin à l'apartheid en Afrique du Sud était que le racisme devait être défait sans faire l'objet de compromis. Et ce système est un système raciste, donc il doit être défait. Il ne doit pas y avoir de compromis avec ce système.

Après cela, nous devons prendre en compte la réalité de notre situation, dans laquelle les juifs ont des droits politiques, culturels et religieux, comme n’importe qui au monde. Deux enfants, le premier né de l'amour entre deux parents, le second né suite au viol brutal de sa mère, jouissent du même droit de vivre. Quand je dis que je suis prêt à faire un compromis, cela ne donne pas de la légitimité au viol, et quand je dis que je suis prêt à faire un compromis historique, cela ne signifie pas un compromis sur l'Histoire. Nous devons alors trouver un cadre dans lequel les juifs et les Arabes peuvent vivre ensemble.

Le principe est celui d'un Etat fait pour tous ses citoyens. Le citoyen devrait y jouir de tous ses droits, non seulement des droits individuels, mais également des droits collectifs. Cela comprend le droit d'appartenir à tel groupe national, linguistique ou culturel, ou à tel groupe national, linguistique ou culturel. Avoir des droits culturels, des droits en tant que groupe, fait partie des droits individuels. Mais comme vous pouvez le voir aujourd'hui, les mouvements nationaux palestiniens, même le Hamas, ont adopté l'idée de la création d'un Etat palestinien. Nous n'allons pas à nous opposer à cela : nous disons que les choses changent et que nous devons essayer d'envisager des alternatives. C'est pourquoi par exemple dans notre parti, le Balad, nous avons pris la décision d'ouvrir la discussion sur « la solution à un seul Etat ». Cette discussion a toute sa légitimité et, à mon avis, cela devrait être la solution en fin de compte, pour des raisons géographiques et en raison de la question des réfugiés. Nos problèmes ne pourraient pas être résolus avec une solution à deux Etats, et ce pour de nombreuses raisons.

Et même si nous avons deux Etats, cela devrait être une étape vers la formation d'un seul Etat. Tout le problème est là. Je ne crois guère que notre chemin pour y arriver sera sans embûches. Ce sera un chemin très difficile et cahoteux, dans lequel, malheureusement, rien ne changera dans la société israélienne. Car aussi longtemps que les Israéliens ne paieront pas le prix de la politique de Netanyahou, il continuera de leur dire : « Regardez, j'ai construit les colonies, je peux faire ce que je veux à Jérusalem, l'occupation se poursuit, notre économie est prospère et nos relations avec le monde sont intactes. » Alors pourquoi changer ? Si le monde n'exerce aucune pression, rien ne sera modifié. Je me souviens bien de ce qu'a dit le professeur Yeshayahou Leibowitz en 1967. Il a dit qu'il fallait mettre fin à l'occupation, avec ou sans fin du conflit. Et il a prédit qu'Israël deviendrait un Etat policier, dont le but serait de dominer une population arabe hostile. Ces deux prédictions se sont avérées.



Traduction de l'anglais (original).