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Un boycott des armes israéliennes serait décisif

Un nouveau rapport sur les transactions d'armes britanniques avec Israël a mis à nu le contrôle inefficace des exportations d'armes du gouvernement britannique

Que faudrait-il à la Grande-Bretagne pour arrêter d’armer d'Israël ? Il semble que ça ne soit pas le carnage de l'été dernier à Gaza, dans lequel 2 205 Palestiniens, dont 521 enfants, ont été tués. Les preuves sont crédibles qu’Israël a commis une série de crimes de guerre, selon une récente enquête de l'ONU.

Le spectacle de ces enfants dans un abri pour réfugiés bombardés dans leur sommeil, des frappes aériennes frappant les écoles et les hôpitaux et des quartiers civils entiers rasés, n’étaient apparemment pas suffisant pour empêcher les ministres d’approuver 4 millions de livres (environ 5,62 millions d’euros) d’exportation d'armes à Israël dans les semaines et les mois qui ont suivi la guerre, comme le montre un rapport publié cette semaine.

Le rapport, dont je suis l'auteur et qui est publié conjointement par War on Want, Campaign Against Arms Trade et la Palestine Solidarity Campaign, met à nu l'inutilité du régime de contrôle des exportations d'armes de Whitehall. Ni le record de l'armée israélienne toujours plus atroce en temps de guerre, ni son rôle dans le renforcement de la colonisation illégale des territoires palestiniens occupés n’ont perturbé son statut de client de l'industrie des armes au Royaume-Uni.

Le gouvernement britannique a clairement l'intention d’approuver les ventes d'armes jusqu’aux limites de ce que l’embarras et la mauvaise publicité internationale lui permettra.

Paroles ambiguës

Les longueurs absurdes que les ministres prennent pour éviter l'arrêt de la circulation des armes est parfois digne d'un sketch des Monty Python, même si elles sont loin de faire rire. Quatre semaines après les violences de l'été dernier, encore sous le feu des critiques après être resté du côté d’Israël alors même que la brutalité de son comportement était devenue claire, David Cameron a annoncé que le gouvernement allait procéder à un examen des licences actuelles d'exportation d'armes.

Une semaine plus tard, lors de l’un des courts cessez-le feu de la fin de la guerre, le gouvernement a déclaré avoir identifié douze autorisations pour des équipements qui auraient potentiellement été utilisées par Israël contre Gaza, et qu'il proposait de suspendre dans le cas d'une reprise d’hostilités « significatives ».

Dans une lettre du 19 août 2014, au président de la commission parlementaire sur le contrôle de l’exportation des armes, le ministre des Affaires étrangères Philip Hammond a admis qu’« il pouvait y avoir un risque que les éléments [couverts par les autorisations] soient utilisés dans la perpétration d'une infraction grave du droit international humanitaire ». Le conflit a repris le lendemain et a continué pendant plusieurs jours, mais le gouvernement n’a pas jugé qu’il s’agissait d’une « reprise des hostilités importantes », de sorte que les licences sont restées en vigueur.

En correspondance avec les avocats de CAAT, Vince Cable, le secrétaire d'État responsable de l'approbation des ventes d'armes, était incapable d’expliquer comment le gouvernement avait tranché que les hostilités n’étaient pas significatives, ou même de fournir une définition d’« hostilités significatives ».

Des manœuvres sordides

La position du gouvernement britannique semble être ambiguë : même s’il reconnaît un risque que les exportations britanniques soient « utilisées lors d’une violation grave du droit international », il ne suspendra pas (et ne révoquera encore moins) les licences d'exportation pertinentes qu'après le début des « hostilités significatives » pendant lesquelles ces crimes seraient commis (ces « hostilités significatives » restant un terme commodément indéfini). C’est avec des manœuvres sordides comme celles-ci que les ministres parviennent à contourner les garanties officielles de contrôle des exportations, en continuant à fournir les Israéliens en armes dès qu’ils en ont besoin.

La Grande-Bretagne est également un client de l'industrie des armes israéliennes, qui étant donné les circonstances, est en mauvaise santé. Après tout, comme Neve Gordon, un professeur de sciences politiques à l'université Ben Gourion a déclaré à Al Jazeera récemment, « Ce qu'ils vendent c’est l'expérience et l'expertise acquise par Israël de l'occupation et des conflits avec ses voisins ».

Le ministère britannique de la Défense a permis à Israël de bénéficier de cette expérience par l'attribution d'un contrat d’un milliard de livres en joint venture pour Thales UK et Israel’s Elbit Systems et pour le développement du programme de surveillance par drone Watchkeeper au Royaume-Uni. Dans l'ensemble, on doute que le gouvernement israélien se sente submergé par la force de la préoccupation de Whitehall sur son traitement des Palestiniens.

Une balle est une balle de trop

Au cours des dernières années, Israël a engagé trois guerres à Gaza , et chaque fois les organisations de défense des droits de renommée mondiale telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch ont enregistré de nombreuses preuves de crimes graves commis. Au cours de ces conflits, 3 762 Palestiniens sont morts. Parmi eux, 887 enfants, chacun d'entre eux n’étant pas différent des petits êtres que vous et moi nous connaissons dans nos propres vies. Un passage terrible du rapport des Nations unies de la semaine dernière, me reste à l’esprit :

«  ...  selon le Fond des Nations unies pour l’enfance à Gaza, plus de 1 500 enfants sont devenus orphelins. Anas "Bader" Qdeih, âgé de 7 ans, a été vu suppliant l'aide de personnes fuyant Khuza'a tout en maintenant ses intestins qui sortaient de son abdomen, " Je ne veux pas mourir. Ne me laissez pas." Il est mort peu de temps après, après que son évacuation médicale ait été retardée. »

Les cols blancs de Whitehall s’imaginent sûrement très intelligents pour concocter des phrases aussi vagues qu’« hostilités significatives », de sorte que le Royaume-Uni puisse continuer à fournir l'armée israélienne, mais ils jouent en réalité avec la vie des personnes réelles.

Les armes britanniques sont une faible proportion du total des importations militaires d'Israël, étant la plupart du temps des composants de haute technologie plutôt que des principaux systèmes d'armes comme celles vendues à l'Arabie saoudite. Mais lorsque nous parlons de crimes comme ceux de l'armée israélienne, pour le dire en termes figuratifs, une balle est une balle de trop. Et peut-être plus important encore, un soutien matériel constitue inévitablement une expression de soutien politique, qui plus est venant de l'une des nations les plus riches du monde et d’un membre permanent du Conseil de sécurité, elle ne peut qu'encourager l'agressivité israélienne et réduire les perspectives de paix.

La campagne de boycott pour désinvestir d’Israël et la sanctionner a fait l'objet de plus en plus de discussions depuis les horreurs de l'été dernier, et surtout à la lumière des commentaires révélateurs du racisme du Premier ministre israélien et de son refus de faire des efforts concernant les droits des Palestiniens dans la perspective de l'élection du mois de mars.

Nous pouvons débattre et discuter de bonne foi si les diverses formes de boycott - qu'elles soient académique, culturelle ou économique - seraient efficaces ou appropriées pour faire avancer la cause de la paix et de l'indépendance palestinienne. Mais la décision d’un boycott des armes dans les deux sens - pas de vente, aucun achat, et aucun projets commun – serait vraiment décisive.

Il est plus que temps que Whitehall arrête d’agir comme un complice de l'État d'Israël, et qu’elle mette la vie des Palestiniens occupés et assiégés avant les bilans des marchands d'armes britanniques.

- David Wearing est un chercheur à l'École des études orientales et africaines à l’université de Londres, où il donne des cours sur la politique du Moyen-Orient et l’économie politique internationale. Il siège au comité directeur de la campagne contre le commerce des armes.

Les opinions exprimées dans cet article appartiennent à l'auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale du Middle East Eye.

Photo : des Palestiniens qui passent devant un signe peint sur un mur dans la ville biblique de Bethléem en Cisjordanie, le 5 Juin 2015.

Traduction de l’anglais (original) par Margaux Pastor.