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L’Arabie saoudite, le pays le moins performant en matière de lutte contre le changement climatique

Le royaume du Golfe figure tout en bas du classement mondial de la lutte contre le changement climatique depuis sa première parution il y a quatorze ans

Figurer au bas du classement mondial de la lutte contre le changement climatique est un embarras national. Avoir occupé ce poste chaque année depuis la première parution de la liste en 2005 est une humiliation nationale.

L’Arabie saoudite a de nouveau été désignée comme le pays le moins performant concernant un certain nombre d’indicateurs de changement climatique dans l’Indice annuel de performance sur le changement climatique (CCPI).

Les dangers d’un monde qui se réchauffe

L’Indice annuel de performance sur le changement climatique est préparé chaque année par plus de 350 experts du climat et de l’énergie et publié par German Watch et le New Climate Institute, tous deux basés en Allemagne, ainsi que le Climate Action Network, dont le siège est au Liban.

Carte de l’indice de performance sur le changement climatique montrant l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient (capture d’écran)

L’Indice examine les efforts entrepris par plus de 60 pays – responsables collectivement de 90 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre – afin de déjouer les dangers d’un monde qui se réchauffe. L’Indice évalue également les progrès accomplis par divers pays dans la mise en œuvre de l’accord de Paris de 2015 sur le changement climatique.

Il se base sur quatre catégories d’indicateurs : les émissions, les énergies renouvelables, l’utilisation de l’énergie et la politique climatique. Sur la plupart d’entre eux, l’Arabie saoudite est en bas du tableau – et de manière substantielle.

L’Indice se base sur quatre catégories d’indicateurs : les émissions, les énergies renouvelables, l’utilisation de l’énergie et la politique climatique. Sur la plupart d’entre eux, l’Arabie saoudite est en bas du tableau – et de manière substantielle

La Suède a été le pays le plus performant en 2018, avec un score de 76 sur 100 en ce qui concerne la lutte contre le changement climatique. Elle est suivie de près par le Maroc, qui a considérablement accru son pourcentage de capacité en énergie renouvelable au cours des dernières années et, par conséquent, a gravi les échelons dans la lutte contre le réchauffement de la planète.

« Avec la connexion de la plus grande centrale solaire au monde et de plusieurs nouveaux parcs éoliens au réseau électrique, le pays est en passe d’atteindre son objectif de 42 % de capacité renouvelable installée d’ici 2020 et de 52 % d’ici 2030 », indique le rapport CCPI.

L’Égypte, avec un score de 57, est considérée comme faisant partie d’un groupe de pays à performance moyenne, tandis que l’Algérie est dans la catégorie des « mauvais ». En général, les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) obtiennent des résultats médiocres et sont répertoriés dans la section « très mauvais ». La Turquie obtient un score de 40, l’Iran de 24 et l’Arabie saoudite, tout en bas de la liste, de seulement 8.

« Très faibles » performances

Dans le cas de l’Iran, l’étude CCPI indique que les sanctions économiques et commerciales imposées par les États-Unis ralentiront probablement les investissements dans les énergies renouvelables. « Les tensions géopolitiques, qui contribuent à éloigner le climat des priorités politiques, se reflètent également dans la note ‘’très basse’’ attribuée au pays en matière de politique [climatique] internationale. »

Coincés en bas de la liste entre l’Iran et l’Arabie saoudite, se trouvent les États-Unis. « Le refus du président [Donald] Trump de reconnaître que le changement climatique a été provoqué par l’homme et son démantèlement de la réglementation visant à réduire les émissions de carbone ont conduit les États-Unis à se voir attribuer une note ‘’très basse’’ pour leurs performances en matière de politique climatique nationale et internationale. »

Le site de Madain Saleh, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, le 31 mars (AFP)

Les auteurs du rapport critiquent vivement l’Arabie saoudite. « Le pays continue à afficher des performances ‘’très faibles’’ dans toutes les catégories de l’Indice et pour tous les indicateurs émissions, utilisation de l’énergie et énergies renouvelables.

 « En matière de politique climatique, les experts attribuent à l’Arabie saoudite une note ‘’très basse’’. Bien que le gouvernement prenne des mesures pour développer les énergies renouvelables, il n’a pas encore adopté d’objectifs de réduction des émissions.

« Les experts continuent également de critiquer les ‘’très faibles’’performances du pays dans les négociations internationales. »

Un exercice dangereux

Lors de la réunion internationale sur le climat qui s’est tenue récemment à Katowice, en Pologne, l’Arabie saoudite – ainsi que le Koweït, les États-Unis et la Russie – a été accusée d’avoir tenté de faire dérailler la rédaction du compte-rendu et d’avoir refusé de reconnaître les dangers constitués par le changement climatique.

L’ironie réside dans le fait que la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord – en particulier le Golfe – figure, selon les scientifiques, parmi les zones qui seront les plus affectées par les changements climatiques

L’ironie réside dans le fait que la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord – en particulier le Golfe – figure, selon les scientifiques, parmi les zones qui seront les plus affectées par les changements climatiques. On constate déjà que les températures augmentent alors que les précipitations diminuent.

Les recherches indiquent qu’en raison des sécheresses prolongées et du dessèchement des sols, les émissions de poussières ont augmenté de 70 % en Arabie saoudite, en Irak et en Syrie au cours des vingt dernières années. Une combinaison de hausse des températures et d’augmentation de l’humidité rendra probablement toute activité extérieure extrêmement dangereuse durant les mois d’été dans un avenir peu éloigné.

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Les régions sujettes à de telles conditions comprennent les plaines côtières situées des deux côtés du Golfe et des villes telles qu’Abou Dabi, Dubaï, Doha et Bandar Abbas. Selon les chercheurs, dans ces zones, les personnes travaillant à l’extérieur – réparant des systèmes de climatisation ou d’approvisionnement en eau ou supervisant des services d’urgence – seront exposées à un risque grave.

Kieran Cooke, ancien correspondant à l’étranger pour la BBC et le Financial Times, collabore toujours avec la BBC et de nombreux autres journaux internationaux et radios.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : l’Arabie saoudite est le premier producteur mondial de pétrole (AFP).

Traduit de l’anglais (original).