Décapitations, crucifixions et pénuries alimentaires : la vie sous l’État islamique à Syrte

Décapitations, crucifixions et pénuries alimentaires : la vie sous l’État islamique à Syrte

#ÉtatIslamique

Un rapport accablant publié par Human Rights Watch a permis de découvrir que des dizaines de personnes avaient été exécutées, et que des dizaines d’autres étaient portées disparues

Une image publiée par l’agence de presse de propagande islamiste Welayat Tarablos le 18 février 2015 montre l’EI en train de défiler à Syrte (AFP)
18 mai 2016
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Wednesday 18 May 2016 13:26 UTC
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18 mai 2016

Le groupe État islamique (EI) a procédé à des dizaines d’exécutions par décapitation et fusillade de prisonniers dans la ville côtière de Syrte, en Libye, depuis qu’il s’est emparé du pouvoir en février dernier, a déclaré Human Rights Watch ce mercredi.

Les militants de l’EI ont exécuté des opposants politiques, des combattants adverses ainsi que de très nombreuses personnes accusées d’espionnage, de sorcellerie et de mécréance, a affirmé le rapport libyen intitulé « We Feel We Are Cursed: Life under ISIS in Sirte » (« Nous avons l’impression d’être maudits : la vie sous l’EI à Syrte »).

Interviewés par Human Rights Watch, des Syrtois ont expliqué que leur ville était souvent remplie de cadavres vêtus de combinaisons orange suspendus à des bâtiments dans le cadre de ce que l’EI appelle des « crucifixions ».

Les militants de l’État islamique ont également réduit drastiquement l’accès à la nourriture, aux soins médicaux et au carburant, et ils ont confisqué les propriétés de personnes ayant fui la ville, tout en s’appropriant l’argent des habitants.

« Comme s’il n’était pas déjà suffisant de décapiter et de fusiller ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis, les membres de l’État islamique sont à l’origine de terribles souffrances pour la population de Syrte, y compris pour les musulmans qui suivent leurs règles, a décrit Letta Tayler, chercheuse spécialiste du terrorisme et du contreterrorisme. Tandis que le monde reste focalisé sur les atrocités qui se déroulent en Syrie et en Irak, Daech pratique également des meurtres en Libye en toute impunité. »

Human Rights Watch a été en mesure de prouver 49 exécutions à Syrte, mais l’association affirme que des dizaines de disparitions d’opposants ont été orchestrées et qu’on suppose que ces personnes sont mortes. De plus, Human Rights Watch estime que les exécutions hors de tout cadre légal pourraient constituer des crimes contre l’humanité.

Le groupe État islamique contrôle une bande littorale qui s’étend sur 200 km, et il a profité du vide politique qui règne dans le pays – divisé depuis longtemps entre deux Parlements rivaux, l’un à l’Est et l’autre à Tripoli, la capitale – pour gagner du terrain.

Cependant, on constate ces derniers jours une légère progression de l’opposition au groupe, avec la reprise à l’EI ce mardi de carrefours stratégiques à proximité de Misrata par des forces loyales au nouveau gouvernement d’unité nationale libyenne, le gouvernement Fayez el-Sarraj.

Ce gouvernement d’entente nationale a été instauré suite à un accord pris en décembre de l’année dernière, et il est entré à Tripoli au mois de mars. Jusqu’à présent, il a échoué dans ses démarches visant à unir dans son sillage les factions libyennes en guerre ; mais, ce lundi, les États-Unis, l’Italie et les voisins et alliés de la Libye ont déclaré vouloir mettre un terme à l’embargo de l’ONU sur les armes pour pouvoir permettre au gouvernement d’entente nationale d’intensifier ses efforts contre l’EI.

Cependant, cet entrain à combattre l’État islamique intervient peut-être un peu trop tard au goût de nombreux Libyens.

« La vie à Syrte est insoutenable. Tout le monde vit dans la peur », a relaté à Human Rights Watch une Syrtoise de 30 ans dans la ville de Misrata, où elle a réussi à se rendre pour obtenir des soins médicaux.

« Ils tuent des innocents. Il n’y a pas de commerces de proximité, l’hôpital a été vidé de ses médecins et infirmières, il n’y a plus de médicaments… Il y a des espions dans toutes les rues. La plupart des gens sont partis, mais nous sommes pris au piège. Nous n’avons pas assez d’argent pour partir. »

La ville, peuplée de près de 80 000 personnes en 2013, est surtout connue comme la ville natale de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui a été renversé lors d’une révolution sanglante appuyée par l’OTAN en 2011.

Le rapport de l’association Human Rights Watch appelle également les protagonistes internationaux à faire plus d’efforts pour traîner devant la justice ceux qui bafouent les droits de l’homme.

« Au lieu de proférer des menaces en l’air, les acteurs internationaux devraient tenir leur promesse d’identifier et de punir les responsables de crimes graves en Libye, a réclamé Letta Tayler. Leur manque d’action aura pour seule conséquence une augmentation du nombre de victimes des crimes horribles perpétrés par des groupes comme l’État islamique contre des civils. »

 

Traduit de l’anglais (original) par Mathieu Vigouroux.