Entre espoirs et désillusions : les Gazaouis réagissent à l’accord entre Israël et la Turquie

Entre espoirs et désillusions : les Gazaouis réagissent à l’accord entre Israël et la Turquie

#SiègeGaza

Avec le nouvel accord visant à normaliser leurs relations, beaucoup dans la bande de Gaza se sentent abandonnés

Certains Gazaouis espèrent que l’accord amènera plus de produits sur les marchés (AFP)
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01 juillet 2016
Last update: 
Friday 1 July 2016 7:26 UTC
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01 juillet 2016

Rafah, Gaza – Dans une rue de Rafah, Abu Ramy est là, à vendre des bonbons avec une charrette tirée par un âne pour gagner sa vie. Et il est en colère en raison de la reprise des relations entre la Turquie et Israël et de la décision turque d’abandonner la demande concernant la levée du siège de Gaza par Israël.

« Ils nous ont abandonnés. Il n’y a pas d’éthique en politique », déplore-t-il. « Mais il y a de l’espoir. Le seul espoir est la réconciliation entre la Turquie et l’Égypte, ce qui peut faire pression sur le Caire pour l’ouverture du poste-frontière de Rafah. »

Lundi, dans une annonce très attendue, la Turquie et Israël ont fait part du dégel de leurs relations après six ans d’animosité au sujet de l’arraisonnement israélien du Mavi Marmara (un navire d’aide humanitaire) dans les eaux internationales au large de la côte de Gaza, au cours duquel dix activistes turcs avaient été tués.

Toutefois, les espoirs de concessions de la part des Israéliens, à savoir l’assouplissement du siège de Gaza et du blocus naval, se sont révélés sans fondement.

Et même l’espoir d’une fin du blocus de Rafah semble lointain. Cependant, si les rapports concernant le fait que le Caire ait rencontré des représentants du parti kurde PKK, l’ennemi juré d’Ankara, se révèlent exacts, cela tendra forcément les relations entre les deux pays.

Le sentiment d’abandon d’Abu Ramy est partagé par beaucoup d’autres dans la bande de Gaza. Beaucoup ont confié à Middle East Eye qu’ils se sentaient abandonnés, tandis que d’autres raillaient le Hamas pour son soutien de la Turquie.

Les responsables du Hamas avaient, dans les jours précédant l’accord, oscillé entre confirmation et démenti du fait que l’accord mettrait fin au siège, tout en répétant qu’ils avaient apprécié « l’appui » de la Turquie envers la population de Gaza.

Une bande dessinée satirique qui circule entre les mains de certains habitants de Gaza dépeint l’accord comme un chariot vide se dirigeant vers la mer.

Néanmoins, Maram Jaber a trouvé une lueur d’espoir dans cet accord.

« Le seul avantage est que les guerres seront moins probables – je ne peux pas croire que la Turquie permettrait à Israël de lancer une guerre de sitôt », a estimé l’étudiante.

Elle ajoute qu’elle espère une augmentation des flux commerciaux suite à l’acceptation par Israël d’une aide fournie par la Turquie via les passages frontaliers.

« Donc ma conclusion, c’est pas de guerre de sitôt et davantage de chocolat turc. »

Renforcer la confiance

L’accord israélo-turc comprendrait un compromis selon lequel Israël autorisera la construction d’un hôpital, bien nécessaire à Gaza, ainsi qu’une nouvelle centrale électrique et une usine de dessalement de l’eau.

Cependant, les espoirs étaient bien plus grands pour les habitants de Gaza concernant les projets de création d’emplois dans un lieu où environ 43 % des 1,9 million d’habitants sont au chômage – le taux de chômage le plus élevé au monde.

La décision de la Turquie de suspendre ses liens avec Israël en 2010 après le raid du Mavi Marmara avait été saluée à Gaza : des magasins avaient été renommés en l’honneur de villes turques et des nouveau-nés avaient été baptisés d’après l’actuel président turc, Recep Tayyip Erdoğan.

Cependant, reste à voir comment ses petits s’en sortiront dans l’enclave après l’accord.

L’analyste politique basé à Gaza Sharhabel al-Gharieb explique que la Turquie est un grand État qui a toujours soutenu le peuple palestinien au fil des ans, mais que l’accord avec les Israéliens se concentre sur les « intérêts de la Turquie ».

Néanmoins, cela ne signifie pas l’abandon de Gaza, ajoute-t-il.

« En signant cet accord, cela ne signifie pas que la Turquie renonce à son soutien au peuple palestinien », a affirmé al-Gharieb.

« La Turquie est en droit de veiller à ses intérêts… l’accord qui a été signé sera une première étape importante vers la levée du blocus. »

Ce n’est pas ce que pense Belal Khair Eldin, un activiste sur les réseaux sociaux, qui estime que l’avenir des habitants de Gaza leur est dicté, que les décisions ont été prises pour eux et que « entre les deux, on reçoit des missiles sur la tête ».

« Les agissements de la Turquie avec Gaza sont semblables à ceux d’un homme qui a longtemps promis d’épouser sa bien-aimée, mais finit par épouser sa cousine à la place », a-t-il déclaré.

 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.