Skip to main content

« Gaza en a marre » : une flottille palestinienne part de Gaza pour briser le siège

Selon les organisateurs, la flottille Al-Hurriyeh (Liberté), qui aura à son bord des personnes ayant besoin de soins médicaux, envoie le message selon lequel les Palestiniens n’accepteront jamais le blocus israélien
Des Palestiniens expriment leur solidarité avec le « bateau des femmes pour Gaza » en 2016 (AFP)

GAZA, Territoires palestiniens – Les Gazaouis s’apprêtent, ce mardi matin, à faire partir de l’enclave côtière deux bateaux visant à briser le blocus israélien.

L’initiative intervient dans le cadre de la Grande marche du retour, qui a vu des dizaines de manifestants pacifiques succomber aux attaques des forces israéliennes à Gaza ces dernières semaines.

La Grande marche du retour a été lancée fin mars pour réclamer le droit au retour des réfugiés palestiniens qui ont dû quitter leurs villes et villages en 1948 dans ce qui est désormais Israël.

« Je suis là pour m’inscrire afin de poursuivre ma thérapie à l’étranger », a déclaré Mohammed Abu Eida, un Palestinien blessé lors des manifestations, à Middle East Eye. « J’exige le droit de recevoir mon traitement à l’étranger en raison d’un manque de médicaments et de soins de santé à Gaza. »

Israël impose un siège à la bande de Gaza depuis onze ans, limitant sévèrement le flux de marchandises, notamment la nourriture et les fournitures médicales. Les personnes ayant besoin de soins médicaux à l’extérieur de Gaza ne peuvent quitter le territoire à cause du blocus.

« Il est temps que l’occupation israélienne se rende compte que Gaza en a marre de vivre sans électricité, avec une eau polluée, des taux de pauvreté élevés, des taux de chômage élevés, la perte de tout espoir et la dépression »

- Salah Abd El Ati, activiste gazaoui

La flottille, surnommée Al-Hurriyeh (Liberté), coïncide avec le huitième anniversaire, le 31 mai 2010, d’un assaut israélien meurtrier contre une « flottille de la paix » dirigée par le navire turc Mavi Marmara pour tenter de ravitailler le territoire palestinien.

À cette occasion, neuf militants turcs avaient été tués par des commandos israéliens qui avaient arraisonné le bateau. Un dixième mourra plus tard de ses blessures.

En 2013, Israël a présenté ses excuses à la Turquie afin de mettre fin au gel des relations diplomatiques qui avait suivi l’incident.

La flottille Al-Hurreyyah aura à son bord des Palestiniens blessés qui ont besoin de soins médicaux urgents, des étudiants qui ne peuvent quitter Gaza pour suivre leurs études à l’étranger, des chômeurs ainsi que des personnes ayant une double nationalité qui ne peuvent rendre visite à leurs proches à l’étranger.

« Nous annonçons le lancement de la première ligne maritime entre Gaza et le reste du monde et la mise en application des normes relatives aux droits de l’homme qui assurent la liberté de mouvement », a déclaré dimanche le militant des droits de l’homme et membre du comité d’organisation de la Grande marche du retour, Salah Abd al-Ati.

Mohammed Abu Eida a quant à lui déclaré que cette nouvelle tentative de briser le siège envoyait un message clair à Israël et aux États-Unis : les Palestiniens ne resteront pas silencieux face aux mesures visant à étouffer la bande de Gaza.

« Les Palestiniens de Gaza continueront à protester par terre et par mer jusqu’à ce que leurs droits soient respectés et que leurs revendications soient satisfaites », a-t-il insisté.

Plus de 1,9 million de Palestiniens vivent dans des conditions humanitaires difficiles à Gaza, où le taux de chômage dépasse les 43 %. Outre Al Hurriyeh, une flottille danoise se dirige vers la bande côtière pour également briser le blocus israélien.

En 2016, Israël a détenu et déporté treize activistes qui avaient quitté l’Europe sur le « bateau des femmes pour Gaza » afin de défier le siège.

Traduction : « Des bateaux pour briser le siège ! »

« Al-Hurriyeh fait partie des événements de la Grande marche du retour », a souligné Adham Abu Selmeyeh, un porte-parole du comité « Breaking the Siege », ajoutant que les organisateurs n’avaient pas annoncé l’événement à l’avance parce que les forces israéliennes avaient déjà pris pour cible deux bateaux en cours de préparation.

Les organisateurs n’ont pas révélé non plus la première destination des bateaux.

À LIRE ► Sans travail, sans leader et sans espoir, les jeunes Palestiniens refusent de capituler

Salah Abd al-Ati a indiqué à MEE que les protestations se poursuivraient. « Il est temps que l’occupation israélienne se rende compte que Gaza en a marre de vivre sans électricité, avec une eau polluée, des taux de pauvreté élevés, des taux de chômage élevés, la perte de tout espoir et la dépression ».

Un autre mur

Ce lundi, le gouvernement israélien a pour sa part annoncé qu’il avait débuté la construction d’une barrière sous-marine au large de la plage de Zikim, à quelques kilomètres au nord de Gaza, afin de renforcer le siège.

La construction de la barrière, qui devrait coûter 833 millions de dollars, devrait être achevée cette année.

Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a déclaré sur Twitter que la barrière était « unique en son genre ».

Traduction : « Aujourd’hui, nous avons commencé à construire une barrière maritime unique au monde qui bloquera toute possibilité d’entrer en Israël par la mer. Cela fait également obstacle au Hamas, qui perd maintenant un autre atout stratégique après avoir investi des sommes considérables dans son développement. Nous continuerons à protéger les citoyens d’Israël avec force et sophistication. »

Selon Haaretz, la barrière sera composée de trois couches : la première sous l’eau, la seconde en pierre et la troisième en fil de fer barbelé. Une clôture supplémentaire entourera la barrière.

À LIRE ► À Gaza, Israël fait des expérimentations sur des humains en situation de stress et de privations

Dans la bande de Gaza, Israël contraint les bateaux à évoluer dans un périmètre limité à six milles marins ; les forces navales israéliennes tirent régulièrement sur les pêcheurs palestiniens qui naviguent à l’intérieur de la zone autorisée.

Une barrière souterraine est également en construction autour de la frontière terrestre de Gaza. Elle comprendra un mur en béton équipé de capteurs allant de plusieurs dizaines de mètres sous terre à six mètres au-dessus du sol.

Traduit de l’anglais (original).